Participation et valorisation dans un quartier de gecekondus.

Istanbul, TURQUIE

Arthur FRANCOIS, 2014

Centre Sud - Situations Urbaines de Développement

Suite à un atelier étudiant organisé conjointement entre l’ENSA-Paris la Villette et la Faculté d’Urbanisme de l’Université Mimar Sinan dans le district de Sarıyer à Istanbul, il a été décidé de valoriser l’expérience à travers un stage. Celui-ci, organisé en lien avec l’association de quartier et l’Atelier Solidaire porterait sur la concrétisation de projets évoqués lors du workshop. Ces projets seraient portés conjointement par l’association du quartier et par une association militant en faveur des gecekondus (quartiers autoconstruits). Ce partenariat a été élaboré dans un contexte de tension urbaine particulière, alors que le troisième pont sur le Bosphore sera dressé non loin, et qu’un tunnel qui devra relier ce dernier au centre passe d’ores et déjà en dessous du quartier.

Sur un terrain en forte pente, le quartier, assez aéré et boisé, n’est cependant qu’inégalement entretenu.
Photo Thomas CASANOVA et Arthur FRANCOIS

Après l’identification de différents sites, plusieurs esquisses ont été produites, dans l’optique d’un projet urbain à échelle architecturale, avec des micro-interventions, réalisables dans l’immédiat, et ce dans un certain nombre de lieux-clés. Les objectifs étaient multiples :

  1. Relancer le processus de co-construction qui a présidé à la constitution du quartier – comme à celle de nombreux gecekondus – ; mais en allant plus loin, en essayant de mettre en place un processus qui pourrait se révéler prometteur à long terme : replacer les habitants comme moteur des transformations de leur quartier. Car aujourd’hui, au contraire, ils attendent – souvent indéfiniment – des interventions de la mairie ;

Plan des interventions avant/après. Chaque cercle représente un micro-projet réalisable indépendamment des autres.
Réalisation Thomas CASANOVA et Arthur FRANCOIS

  • donner aux habitants un certain nombre de « clés » techniques, afin qu’ils se les approprient et puissent les appliquer à leur propres maisons : faire en sorte qu’un enseignement public s’applique aussi au domaine privé. Ces « clés » consistaient notamment en un travail sur les murs de soutènement et la « fixation » du terrain, dans un contexte de pente générale d’environ 20%, où l’on constate une dégradation récurrente des talus et des murs, un lessivage des sols, etc. ;

  • essayer de montrer que les habitants des gecekondus, sans cesse décriés par les autorités comme des squatters n’ayant aucun sens de l’urbain, sont à même de produire des quartiers agréables à vivre malgré leur déficit en équipements. Souligner comment ces mêmes quartiers font « ville », à l’instar des quartiers légaux, particulièrement lorsque l’on en prend soin et que l’on sait écouter le territoire.

Proposition simple d’intervention sur la fontaine basse, après constat des désordres actuels et probablement futurs.
Réalisation Thomas CASANOVA et Arthur FRANCOIS

  • en cours de route est apparu un nouvel objectif : la mairie s’intéressant de près à notre projet, la rappelant à ses promesses en vue des élections : intégrer tous les acteurs, même institutionnels, dans ce processus. Afin que chacun puisse trouver une place qui lui convienne, en montrant que les rôles qu’occupent chacun ne sont pas nécessairement figés, qu’ils peuvent sans cesse se renégocier, évoluer, et que la mairie peut participer sans pour autant se retrouver moteur principal du projet.

Nous avons donc proposé diverses actions et aménagements peu coûteux, dont un en vue d’une réalisation immédiate, autour d’une fontaine fortement dégradée, et qui représentait un lieu de socialisation important du quartier. Cela a donné lieu à un atelier auquel les habitants ont pris bonne part, et qu’a donc soutenu la mairie de district.

Après ce premier atelier, les habitants se sont de nouveau réunis, seuls, cette fois, afin d’apporter des modifications et améliorations plus substantielles : peu à peu ils s’approprient toujours un peu plus le projet.

Le travail effectué aura rempli une partie conséquente de ses objectifs : la transmission de savoir et d’idées à s’approprier pour mettre en place un processus de transformation dans temps, et redonner confiance en eux à des gens qui avaient peu à peu intériorisé la doctrine qui veut qu’en matière de conception d’espace, leurs propositions ne pouvaient être pertinentes, que seuls les professionnels sont compétents.

Présentation du projet aux habitants.
Thomas CASANOVA

Chantier sur la fontaine après notre départ
Photo Kazimkarabekir Mahallesi Dernegi

Références

Arthur François – Architecte, ancien étudiant ENSAPLV

Travail réalisé avec Thomas Casanova - Architecte, ancien étudiant ENSAPLV

Site du workshop