Nouvelle étape de décentralisation : les principes fondamentaux

Pierre Calame, décembre 2025

Cette note interroge la pertinence des réformes de décentralisation en France, encore prisonnières de croyances héritées de la Révolution française et des lois de 1982-1983. Ces réformes, fondées sur la clarification des compétences et le recentrage de l’État sur ses fonctions régaliennes, n’ont pas résolu les problèmes de superposition des rôles, de multiplication des normes, ni de distance entre les citoyens et les lieux de pouvoir. L’auteur propose une refonte profonde, articulée autour de huit principes de gouvernance, pour une décentralisation adaptée aux défis du XXIe siècle : gestion des interdépendances, coconstruction du bien public, subsidiarité active, et coopération entre échelons territoriaux. La réforme doit rompre avec une vision féodale du pouvoir et inaugurer une « seconde modernité », où les territoires (bassins de vie et d’emploi) deviennent les acteurs centraux de la gouvernance, en lien avec les citoyens et les filières mondiales.

À télécharger : decentralisation__quelques_principes_fondamentaux_decembre_2025.pdf (230 Kio)

Les réformes successives de décentralisation et d’organisation de l’État, depuis les premières lois de 1982-1983 sont restées ancrées dans un certain nombre de « croyances » françaises en matière de gouvernance, héritées de la Révolution française pour l’essentiel, et dont certaines ont été inscrites dans la Constitution. La lettre de mission du Premier Ministre, Sébastien Lecornu, définissant les deux principes de la réforme qu’il souhaitait engager rapidement, reste enfermée dans ce cadre et ne répond pas aux défis essentiels de notre temps. Ces deux principes, clarification des compétences et repli de l’État sur ses fonctions régaliennes, sont un coupé collé de ceux qui ont fondé les premières lois de décentralisation de 1982-1983 puis les tentatives de réformer l’État dans les années 90, avec les résultats que l’on connaît : superposition et confusion des rôles, État qui gère de loin, par la multiplication de normes et de directives plus ou moins contradictoires entre elles, une société qu’il connaît de moins en moins.

La profonde réforme de décentralisation dont le pays a besoin suppose des débats publics approfondis et une mise en cause de ces croyances, qui demanderont du temps. Elle ne pourra avoir lieu pendant la présente législature mais, en affirmant la nécessité d’une réforme, le Premier Ministre invite néanmoins dès à présent à ouvrir le débat. Cette note est une contribution à ce débat. Elle met en exergue huit principes de gouvernance sur lesquels je me baserai pour dégager les grandes lignes d’une vraie loi de décentralisation. Ces principes sont les suivants :

1. Les fondements d’une décentralisation repensée

La décentralisation ne peut plus se limiter à une redistribution de compétences entre échelons administratifs. Elle doit s’appuyer sur :

2. Les ruptures nécessaires

3. Les leviers concrets de la réforme

4. Le rôle stratégique de l’État et de l’Europe

L’État ne doit pas se replier sur le régalien, mais animer la réflexion collective, arbitrer en cas de désaccord, et garantir la cohérence des politiques (ex : lutte contre le réchauffement climatique). L’Europe, quant à elle, doit appliquer le principe de subsidiarité active pour renforcer sa légitimité et son efficacité, en s’appuyant sur les territoires comme niveaux de base de la gouvernance.

5. Perspectives : vers des États généraux de la société française

La réforme ne peut être décidée entre experts ou élus. Elle nécessite un large débat public, intégrant les enjeux concrets (éducation, santé, transition écologique) et associant l’ensemble de la société. Ce débat pourrait s’inscrire dans des États généraux, articulant réforme de la gouvernance et transformation des politiques publiques.

Conclusion

La décentralisation du XXIe siècle doit être une révolution de la gouvernance : moins une redistribution de pouvoirs qu’une nouvelle manière de produire le bien commun, en partant des réalités vécues et en coopérant entre échelons. Les territoires, acteurs de la transition, sont la clé pour concilier proximité, efficacité et justice sociale. La réforme suppose une remise en cause des croyances françaises en matière de pouvoir, et l’adoption d’une Constitution adaptée à ces nouveaux principes.

 

Ouvrir le document complet : Nouvelle étape de décentralisation : les principes fondamentaux