Comment l’ULEZ et d’autres systèmes de de péage routier transforment Londres

C40 Cities Climate Leadership Group, Nordic Sustainability, février 2019

C40 Knowledge Hub

La lutte menée par Londres contre la pollution atmosphérique et les embouteillages est devenue une référence mondiale. Avant 2003, les embouteillages coûtaient à l’économie 4 millions de livres sterling par semaine, tandis que les niveaux de dioxyde d’azote (NO₂) devaient, selon les prévisions, dépasser les limites légales pendant près de deux siècles.

Grâce au péage urbain (2003), à la zone à faibles émissions (2008) et à la zone à très faibles émissions (ULEZ), la ville a réduit les concentrations de NO₂ en bordure de route de 65 % dans le centre de Londres et de 50 % dans les arrondissements périphériques.

Dès 2024, Londres respectait les limites légales britanniques en matière de NO₂ — avec sept ans d’avance sur le calendrier prévu. L’ULEZ, qui est aujourd’hui la plus grande zone à air pur au monde, a également permis de réduire les émissions de CO₂ de 6 % à l’échelle de la ville et a financé 336 millions de livres sterling de modernisations des transports pour la seule année 2025. Un modèle de durabilité urbaine.

Cette fiche résume le rapport complet de l’expérience, disponible ici

De la crise au leadership : une ville qui reprend son souffle

À la fin du XXe siècle, Londres était une ville assiégée. Les véhicules particuliers engorgeaient ses artères historiques, ce qui coûtait à l’économie environ 4 millions de livres sterling par semaine en perte de productivité. L’air était chargé de dioxyde d’azote (NO₂) et de particules fines, et selon les projections, il faudrait attendre 2200 pour respecter les limites légales de pollution. La solution ? Une refonte radicale de la mobilité urbaine grâce à une tarification routière ciblée.

La « Congestion Charge », introduite en 2003, a été le premier domino à tomber. Malgré une opposition farouche — le Guardian l’avait qualifiée de «  folle  », tandis que le Daily Mail prédisait le chaos —, l’administration du maire Ken Livingstone a poursuivi son projet. Cette redevance, appliquée à tous les véhicules entrant dans le centre de Londres, a réduit le trafic de 15 % en l’espace de quelques mois. Les bus sont devenus plus fiables, les temps de trajet se sont raccourcis et la ville a commencé à respirer. Le succès du dispositif a été rapide et indéniable, réduisant les critiques au silence et ancrant la tarification routière dans l’ADN de Londres.

Mais la congestion n’était qu’une partie du problème. La pollution atmosphérique, notamment celle causée par les véhicules diesel, provoquait 4 000 décès prématurés chaque année, dont le fardeau pesait de manière disproportionnée sur les communautés à faibles revenus. La zone à faibles émissions (LEZ), lancée en 2008, visait les poids lourds les plus polluants, tandis que la zone à très faibles émissions (ULEZ), mise en place progressivement à partir de 2019, a étendu les normes d’émissions aux voitures, aux camionnettes et aux motos. Aujourd’hui, l’ULEZ couvre la quasi-totalité du Grand Londres, ce qui en fait la plus grande zone de qualité de l’air de ce type au monde.

Les résultats : une ville transformée

L’impact de ces mesures a été tout simplement révolutionnaire.

Gary Fuller, Imperial College London :

« Je mesure la pollution atmosphérique à Londres depuis 30 ans, et il est difficile de citer une autre politique à l’échelle urbaine qui ait été aussi efficace que la zone ULEZ de Londres. »


Les trois zones : une approche ciblée

ProgrammeAnnée de lancementCibleRedevance journalière (véhicules non conformes)Couverture
Péage urbain (Congestion Charge)2003Tous les véhicules18 £Centre de Londres
Zone à faibles émissions (LEZ)2008Véhicules lourds diesel (camions, bus)100–300 £La majeure partie du Grand Londres
Zone à très faibles émissions (ULEZ)2019Tous les véhicules (voitures, fourgonnettes, motos)12,50 £ (voitures)–100 £ (camions)L’ensemble du Grand Londres

Leçons pour le monde : un modèle de réussite

L’expérience de Londres constitue une véritable référence en matière de mise en œuvre de la tarification routière. Voici ce que les autres villes peuvent en retenir :

1. Obtenir un soutien populaire

2. Fonder les décisions sur des données factuelles

3. Communiquer sans relâche

4. Proposer de véritables alternatives

5. Construire une large coalition

6. S’adapter et apprendre

Un modèle à portée mondiale

Le succès de Londres a inspiré des actions dans le monde entier :

Sadiq Khan, maire de Londres

« Le travail de fond est très important. Si nous avions mis en place ces mesures sans ce travail de fond, j’aurais peut-être perdu ma deuxième élection. »

La voie à suivre : consolider le succès

L’ULEZ couvrant désormais la quasi-totalité du Grand Londres, le maire Khan a exclu toute nouvelle extension au cours de son mandat actuel. L’accent est plutôt mis sur :

Conclusion :

Un héritage : un air plus pur et des villes plus justes

Le parcours de Londres — du risque politique à la réussite politique — prouve que la tarification routière peut assainir l’air, réduire les embouteillages et bâtir une ville plus juste.

La clé ? Le courage politique, des politiques fondées sur des données factuelles, une communication claire et un engagement en faveur de l’équité.

Alors que des villes comme Stockholm ou Singapour adoptent des dispositifs similaires, le modèle londonien montre la voie à suivre : oser agir, mais agir avec prudence.

Références

En savoir plus

Site web :www.c40.org/