Conditions à réunir pour optimiser l’effet attendu d’une monnaie locale

Séquence 5.3 du MOOC

juin 2018

Dans cette séquence, certaines conditions à réunir pour optimiser l’effet attendu des monnaies locales sont abordés : Y’a-t-il une échelle territoriale minimale ? Un profil socio-économique du territoire propice ? Une diversité et un nombre d’adhérents minimaux ? Un capital immatériel pré-existant comme par exemple le patrimoine culturel basque avec la monnaie Eusko ?

Pour Eric Dewaele, 3 conditions sont nécessaires pour mener à bien un projet de monnaie locale.

Un sentiment d’appartenance à un territoire aide le projet de monnaie locale. Par exemple, le Val’heureux autour de Liège s’appuie sur ce sentiment d’appartenance à un territoire. Mais ce n’est pas la seule « recette » pour développer ce type de projet. Par exemple, la monnaie locale l’Ardoise dans la région Semois Lesse, territoire rural du sud de la Belgique, est issue d’une dynamique citoyenne qui s’est posée un certain nombre de questions. Ces questions leur ont permis de prendre conscience de la richesse de leur région, et ainsi de construire un sentiment de fierté d’être sur ce territoire. Ce sentiment d’appartenance s’est caractérisé enfin par la création d’une monnaie locale. Les questions à se poser sont :

  • Où dépense-t-on ?

  • Qu’achète-t-on ?

  • A qui achète-t-on ?

  • Quels sont les commerces qui correspondent à nos valeurs ?

La deuxième condition est la notion de plaisir de se retrouver, plaisir d’échanger. Cela se traduit par exemple par les apéros du Val’heureux une fois par mois dans un des commerces du réseau.

La dernière condition est d’amorcer la discussion autour du prix des choses. C’est finalement le cœur du projet socio-économique des monnaies locales. C’est un effet palpable difficilement mesurable mais qui nous renvoie à une économie réelle proche de notre quotidien.

Philipe Derudder souligne que l’on revient toujours à la question de l’humain. Une monnaie locale va d’abord s’appuyer sur le dynamisme des réseaux (de commerçants, de citoyens) sur lesquels elle va s’appuyer localement. Deux conditions sont alors nécessaires pour mener un projet de monnaie locale :

  • la notion de territoire est importante en termes de capacité de circulation de la monnaie, c’est-à-dire que les activités doivent être complémentaires les unes avec les autres afin de permettre la circulation et l’échange de la monnaie entre elles.

  • pour faire comprendre l’intérêt d’un tel projet, il faut pouvoir s’appuyer sur des réseaux qu’on va pouvoir mobiliser. Il faut sortir de l’isolement et être capable de mobiliser des réseaux de personnes, d’entreprises…

Une difficulté est toutefois soulevée : le positionnement des gens à mobiliser en amont vis-à-vis de la monnaie et de ce qu’elle implique. Il y a deux types de personnes :

  • des citoyens déjà engagés dans une action de transition. Ils achètent déjà responsable et local et ne voit donc pas l’intérêt d’utiliser une monnaie locale

  • des citoyens peu sensibilisés à ces questions et qui considèrent la monnaie locale comme inutile car représentant une « goutte d’eau dans la mer ».

Les acteurs d’une monnaie locale ont une vision à long terme et ont pour objectif d’entreprendre la transformation des comportements individuels et collectifs. La monnaie est dans ce cas un outil fédérateur de transformation.

Pour répondre aux citoyens déjà engagés mais peu enclin à participer à un projet de monnaie locale, Éric Dewaele leur répond que le fait de payer en monnaie locale oblige celui à qui on la donne de jouer le même jeu. On transforme ainsi un acte individuel en construction systémique.

Miguel Iturra confirme qu’il est difficile de convaincre les gens du bien-fondé de la monnaie locale. Mais cela fait partie de l’aventure d’un projet : mobiliser les citoyens. Il est aussi parfois difficile de maintenir la dynamique de départ. Pour que cette dynamique se maintienne, il est indispensable que les citoyens ne soient pas que de simples utilisateurs mais qu’ils soient partie prenante du projet et participent à sa gouvernance. Le projet de monnaie locale doit s’appuyer sur une gouvernance la plus participative possible. Cela permet d’éviter que les acteurs ne se replient sur eux-mêmes et oublient l’intérêt collectif.

Il est important d’être de vrais acteurs et non de simples utilisateurs d’une monnaie locale.

En savoir plus

La conférence Solution Monnaie-terre est accessible en intégralité ici

Philippe Derudder, Une monnaie au service du bien commun : Libérer l’intérêt collectif du carcan de l’économie marchande, Yves Michel éditions, 2017. 133p

ADEME, Vertigo Lab, Les Monnaies Locales Complémentaires Environnementales - État des lieux, impacts environnementaux et efficacité économique, novembre 2016. 175 p.

RTES, Nord-Pas de Calais : 5 films de 5 minutes pour comprendre les Monnaies locales complémentaires, 2015

Réseau belge Financité

Réseau des Monnaies Locales Complémentaires Citoyennes

Monnaies locales présentées dans la séance :

  • Monnaie Locale Bou’Sol (Boulogne-sur-Mer, France)

  • Monnaie Locale Abeille (Villeneuve-sur-Lot, France)

  • Monnaie Locale le Val’heureux (Liège, Belgique)

  • Monnaie Locale Eusko (Pays Basque Français)

  • Monnaie Locale l’Ardoise (Région Semois Lesse, Belgique)

  • Monnaie Locale Orno (Région de Namur, Belgique)

Reportage sur l’Ardoise

Eric Dewaele, Pauline Cosyns, Willy Tadjudje, Annika Cayrol, Monnaies citoyennes : Comment développer des outils d’évaluation interne ?, Réseau Financité, 62p.