La valeur des délaissés

2000

Les politiques de renouvellement urbain s’appuient en particulier sur la réintégration dans la ville d’un ensemble de terrains qui avaient été délaissés et qui retrouvent de nouvelles valeurs urbaines.

La persistance des délaissés urbains, en particulier des friches - industrielles ou autres - peut-elle être comprise comme la manifestation d’un désintérêt complet des propriétaires et de la collectivité pour ces sols en déshérence ? S’ils sont, ou si on les laisse, à l’abandon, est-ce parce qu’ils ont perdu tout attrait ? La question ne saurait être uniquement envisagée sous l’angle de l’opportunité fonctionnelle : les besoins collectifs et privés existent, exprimables sous la forme de programmes et de projets architecturaux et urbains, et avec eux des sols tout prêts à accueillir équipements publics, logements ou locaux d’entreprises. Les délaissés, au même titre que les réserves foncières constituées ou envisageables en périphérie des villes, s’inscrivent dans un gisement foncier global pléthorique. Il ne s’agit pas seulement de les investir et d’y investir parce qu’ils sont là, mais parce que l’on y a intérêt.

Aussi faut-il se résoudre à traiter les motivations économiques de l’abandon. Elles font la spécificité des délaissés, dans leur origine comme dans leur traitement à venir. Si bon nombre de ces terrains ne sont pas exploités, c’est, évidemment, comme partout ailleurs, parce que le marché de l’immobilier est capricieux, que l’investissement est risqué. C’est peut-être aussi parce que la nature de ces terrains les rend peu viables, soit qu’ils sont mal situés, soit qu’ils sont tellement pollués que leur remise en état leur confère une valeur négative. Enfin, c’est surtout parce que l’on ne sait pas les valoriser : les procédures d’action dont disposent les aménageurs privilégient l’extension plutôt que l’intensification, la périurbanisation plutôt que la fabrique de la ville sur elle-même. Le manque de rentabilité de ces terrains dans les cycles courts de l’aménagement semble avoir justifié leur état. Le projet Forêt des délaissés pourrait inverser ce constat : parce que les délaissés sont économiquement non rentables, parce qu’ils ne valent réellement plus rien, il faut les extraire de ces cycles et leur donner une autre rentabilité, écologique, sociale, symbolique. Laquelle restaurera l’utilité économique.

La problématique de la valeur est donc au cœur du projet. Selon les principes de l’économie de marché, de la juste allocation des lieux et des capitaux, si ces terrains sont abandonnés, « c’est qu’ils ne valent pas le coup ». A partir d’une mesure du phénomène, ou si l’on veut, d’une mesure de l’héritage (nature des délaissés, quantification, origines), on démontrera :

  • que les délaissés ont un coût difficilement acceptable, à la fois pour les propriétaires et pour la collectivité ;

  • qu’une prise en charge peu onéreuse et porteuse de valeur est aussi nécessaire que possible ;

  • que cette action participe d’une attitude ambitieuse et incontournable par rapport à l’avenir de nos villes.

Références

In : L’Atelier. La forêt des délaissés. Catalogue de l’exposition à l’Institut Français d’Architecture, 2000, p. 19-29.