Explorer nos mondes en chiffres avec un regard de citoyens

Hervé PARIS et Florence LE NULZEC, 2018

Altercarto - Les Mondes de la Terre est une association loi 1901, de type mutuelle, basée à Lyon, rassemblant des membres aussi différents que des associations, des citoyens, des entreprises, des institutions, des collectivités locales, dans le but de contribuer à la fabrique démocratique de politiques publiques efficientes et durables en développant des formes collaboratives d’expertise et de délibération basées sur l’usage des statistiques publiques localisées.

Ce retour d’expérience vise à montrer, qu’avec un groupe de personnes et d’acteurs d’un territoire, il est possible de construire un dispositif de cartes, techniquement appropriable, facilitant l’accès aux données et permettant à chacun de se construire une expertise, de définir leur stratégie en s’appuyant sur les usages.

Nous verrons qu’il est possible, avec différentes approches d’enquête exploratoires, outils de cartographie et de données statistiques, de se forger collectivement un point de vue expert citoyen. Nous montrerons que construire un raisonnement, choisir ce qu’on explore, chercher des données, enquêter auprès des territoires comme des participants, permet d’éclairer un groupe et que se construise une analyse argumentée de ses questionnements, contribuant à discuter avec les pouvoirs publics.

Né en 2004 au sein du collectif niçois mobilisé sur la lutte des chômeurs, précaires, intermittents et chercheurs, le projet a nécessité deux années de gestation pour prendre forme. Son objectif était de sortir d’une dynamique de lutte et de se projeter sur des alternatives au chômage sur le territoire. En 2006, nous avons commencé à collecter et rassembler des données sur le chômage : combien de chômeurs, quelle forme et quelle ampleur de la précarité, quelles alternatives à l’exclusion du marché du travail, etc.

Équiper les acteurs pour construire leurs objectifs

Nous avions une certaine expertise du domaine, par expérience directe ou par savoir transmis. Mais nous manquions de données, à une échelle fine en particulier. Il nous fallait aussi un outil permettant d’intégrer, de partager, de « fouiller » et de visualiser les données avec agilité et simplicité, d’animer des réunions en changeant « à la volée » les données en fonction des questions discutées, de consigner les raisonnements collectifs dans des textes publiables sur le web articulés avec les cartes. Ainsi le premier chantier a-t-il été technique. Nous avons initié le projet GaïaMundi, application de cartographie statistique commentée interactive, prolongé jusqu’à aujourd’hui dans la suite d’application copyleft GNU GPL Suitecairo (http://suitecairo.fr). Nous nous engagions simultanément sur la longue route de la recherche, négociation, collecte et mise en forme de données statistiques publiques.

Nous nous sommes alors définis comme des cultivateurs de données. Les données statistiques, ce sont un peu comme des graines que nous plantons dans des champs d’expérience, dans des collectifs, des localités, des milieux, des terreaux de connaissance sur le monde, sur ce qu’il y a derrière les données statistiques et leurs catégories systématiques. Nous croyions et nous croyons toujours qu’en cultivant ainsi ces données, on identifie, désenclave, met au jour, des objets d’action à saisir, donnant ainsi prise à l’initiative de la société civile, augmentant son autonomie de pensée et d’action, et contribuant peut-être aussi aux conditions d’une action publique plus soucieuse d’équité et de démocratie.

Notre but premier était d’équiper les acteurs de la société civile en France et à l’étranger, pour construire leurs propres objectifs et réduire le déséquilibre d’expertise, de moyens et de capacités d’analyse et de prospective, entre les pouvoirs publics et la société civile.

De ce fait, Altercarto a d’abord participé au circuit de retour des données à leur origine, c’est-à-dire dans le segment dit de « réutilisation des données » selon le vocabulaire officiel, dans le cycle de production, centralisation, valorisation comme outil de gouvernement, redistribution, réutilisation marchande ou gratuite « en bout de ligne ».

Dans une forme de société démocratique et organique, c’est-à-dire avec des politiques de solidarité, de répartition, de redistribution sociale, les pouvoirs publics « produisent » des données à partir des mécanismes d’exercice de leurs droits par les individus (droits civiques, droit à la sécurité, à la protection, à la santé, au travail, etc.). S’il y a des droits à la protection sociale, il y a des données sur celle-ci ; s’il y a un droit de l’urbanisme, il y a là aussi des données. Du fait même de leur fonction d’instrument d’évaluation du plein exercice des droits, ces données concernent tout le monde. Non seulement parce qu’elles parlent de « nous » et de nos droits, de « notre » environnement, mais aussi parce que « nous » les produisons.

L’exemple du dénombrement des emplois par le biais des Déclarations sociales des entreprises et établissements (DADS) est parlant. Pour saisir les données des 26 millions d’emplois, il faut grosso modo 26 millions de fois 1/2 heure de saisie par mois réalisée par des secrétaires, des artisans, des comptables, des agriculteurs, des indépendants, des auto-entrepreneurs, etc., c’est-à-dire, à raison de 15 euros par heure, un coût total de 3,5 milliards d’euros.

On le voit, l’accaparement des données par les pouvoirs publics nationaux et locaux pose la question du contrôle de la valeur de celles-ci. C’est d’ailleurs cet enjeu qui explique le calcul économique qui sous-tend les politiques d’OpenData dans l’UE, tout autant que les enjeux de transparence et de démocratie. Ainsi l’Union Européenne attendait-elle en 2006, sans doute par excès, que les politiques d’OpenData engendrent entre 27 et 47 milliards d’euros (1) de nouveaux marchés par la production (innovation) de nouveaux services à partir de la réutilisation des données statistiques si chèrement payées par une entreprise. Entre, d’un côté, la perspective de nouveaux marchés, et, de l’autre, l’investissement d’un minimum de moyens dans la réutilisation des données au service de la démocratie et de l’intelligence collective, c’est la voix du marché qui a été privilégiée en Europe et en France, où l’on ne recense aucune politique publique de formation des citoyens à l’accès ni à l’usage de ces données, pas plus d’ailleurs à destination des agents de l’administration ou des acteurs du développement local.

Cependant, comme la plupart des utilisateurs de la société civile, pour poursuivre ses objectifs de réutilisation citoyenne des données publiques, Altercarto a dû aussi s’engager sur le terrain de l’accessibilité.

En effet, en dehors des questions de formats et d’accessibilité technique, qui sont déterminantes, il existe en France de nombreux domaines où la « fermeture » reste la règle même si l’on peut disposer de quelques jeux de données. Le domaine de la santé au travail par exemple. Si l’on dispose facilement de données au niveau national et en partie au niveau régional ou départemental, sur les accidents du travail et les maladies professionnelles des salariés, (données détenues par la CNAM-TS (2) et en dépôt aussi à la DARES- Ministère du travail (3), les données désagrégées, croisées et/ou hyper localisées (cantons, communes, quartiers IRIS (4)) ne sont pas accessibles au public ni même aux autres administrations ou agences publiques qui pourraient pourtant en faire un usage préventif utile. Le domaine du logement est un autre exemple marquant, concernant le tarif des loyers en particulier, qui est pourtant une variable décisive pour des politiques d’équité sociale, et pour la démocratie urbaine. Si la mise en œuvre progressive de l’OpenData en France et la loi ALUR1 ont concouru à plus d’ouverture dans ce domaine avec la publication des données et cartographies des zonages des observatoires locaux des loyers par agglomération, les sources originales utilisées, publiques et privées (FNAIM, Fédération Nationale de l’Immobilier), restent inaccessibles au public et il est pratiquement impossible d’avoir une lecture détaillée par quartiers IRIS ou sous quartier comme le demandent nombre d’associations de locataires, notamment dans les quartiers HLM lors des rénovations, afin de comparer avec d’autres contextes locaux.

Comme beaucoup d’autres acteurs engagés sur des terrains concrets, nous défendons aussi la nécessité de productions publiques de données ou de formats de données inexistants aujourd’hui. Dans le domaine de l’environnement par exemple, Altercarto plaide pour la production d’indicateurs environnementaux surfaciques (par exemple, les taux moyen de gaz automobiles et industriels dans les quartiers IRIS (5) selon différentes périodicités, à proximité des sources de pollutions intensives). Aucun dispositif adapté n’existe aujourd’hui pour réaliser cela, privant la société de moyens de débat sur la prévention et l’équité. Dans ce cas précis, nous travaillons actuellement avec des développeurs en logiciels et machines libres pour construire des jeux de capteurs afin d’équiper des associations de quartiers exposés à de fortes pollutions, en France (Saint Fons) et en Tunisie (collectif Stop Pollution et associations de protection de l’environnement à Gabès dans le cadre du projet Carto Citoyenne). Il s’agit de contribuer à répondre à leurs besoins, par la production citoyenne de données cartographiées, mais il s’agit aussi, par ce biais, de contribuer à produire des outils, méthodes et savoirs-faire facilement mobilisables et, in fine, de promouvoir la mise en œuvre et la publicisation systématique de ce genre de mesures par les pouvoirs publics locaux et nationaux.

Une démarche calée sur les usages, un accompagnement formateur

Cependant, sur ces aspects de l’OpenData, notre démarche est avant tout basée sur les usages. Altercarto ne s’engage dans la collecte de données qu’en fonction de besoins situés ou alors en participant à des démarches collectives avec d’autres acteurs.

Le savoir-faire que nous avons élaboré pas à pas est avant tout celui d’une démarche d’enquête suivant un déroulement relativement classique. Ce qui est spécifique tient plutôt à deux aspects. Le premier est que nous pratiquons ces démarches d’enquête de manière collective, en accordant autant d’importance aux apports de l’expérience vécue qu’à l’expertise instruite basée sur des savoirs transmis, techniques ou théoriques. Le second est que nous assurons une ingénierie technique et technologique visant à rendre les collectifs agiles, même s’ils ne maîtrisent pas tout de suite eux-mêmes tout le savoir-faire et les techniques. Le premier but recherché est qu’ils acquièrent la capacité à incorporer dans le collectif un usage fluide des compétences et des outils disponibles. Dans certains cas, comme dans le projet Carto Citoyenne en Tunisie, par exemple, mais aussi avec le Conseil citoyen de Saint-Fons, ou dans les services de la Ville de Lyon, certains participants se forment aux techniques de cartographie statistique et aux méthodes d’animation d’enquête.

Le cycle du travail d’enquête suit autant que possible le chemin suivant :

  • Il y a des questions qui se posent ;

  • Un collectif s’en saisit ;

  • On travaille à la reformulation des questions initiales du point de vue du collectif de participants à l’enquête avec en visée le souci de partager notre travail, et donc de documenter ce que l’on fait ;

  • Vient ensuite le moment des questions qu’on va poser et le choix de « à qui » on va les poser : c’est-à-dire les découpages géographiques pertinents pour ce que l’on étudie et les périmètres de la cartographie (pour pouvoir comparer à d’autres contextes). On traduit les questions en indicateurs supposés apporter des éléments d’éclairage à ce niveau géographique. Pour cela on va chercher les données nécessaires à la construction de ces indicateurs, puis on met en scène ces indicateurs dans la carte choisie. D’un point de vue pratique, afficher un indicateur sur une carte revient à demander à chaque découpage de la carte : « comment as-tu répondu à la question “indicateur x” ? », « comment as-tu répondu à l’enquête Insee sur le revenu médian, sur le taux de bénéficiaires de telle allocation, sur la répartition des âges » ? ;

  • On en discute, en formulant des hypothèses qui nous conduisent à étudier d’autres indicateurs, et ainsi de suite. On consigne les étapes de notre exploration dans un texte interactif. On invite d’autres participants qui peuvent apporter des éléments plus pointus ou proposer de nouvelles manières d’appréhender les problèmes rencontrés, ou on va les interroger. On collecte également des documents en ligne, des rapports d’études, etc. À la fin on peut aussi produire des articles de synthèse ;

  • On s’arrête lorsqu’on a atteint un niveau d’apprentissage collectif suffisant pour se sentir capables de partager nos questionnements et les résultats de nos recherches, y compris lorsqu’elles débouchent surtout sur des questions.

Pour amorcer le travail, dans le moment de formulation des questions qu’on se pose en tant que collectif, on recourt souvent à une méthode d’inscription manuelle sur des couches de papier calque apposées sur un plan générique ou sur une trame vidéo projetée (OpenStreetMap, carte satellite, etc.) Cette méthode est en effet très dynamique et très facilitante, parce qu’elle mobilise dans une ambiance foisonnante l’expertise et l’expérience des participants en minimisant les distinctions savantes.

L’accompagnement du Conseil citoyen de Saint-Fons

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Calque d’une séance de cartographie manuelle au conseil Citoyen de St Fons

La « carte papier » photographiée ci-dessus au Conseil Citoyen de Saint-Fons a conduit à poursuivre deux pistes de travail, l’une par la voie d’une cartographie statistique, l’autre par la voie d’une cartographie interactive dessinée avec l’outil umap basé sur OpenStreetMap.

La première piste est celle de l’environnement et du risque technologique. Saint-Fons est en effet située au cœur de la « vallée de la Chimie », zone à haute densité de risques technologiques majeurs. Alors qu’elle est généralement occultée dans la vie quotidienne des habitants et des associations, la menace que représente la proximité des installations industrielles à risque majeur s’est rappelée à la vie publique locale depuis 2015 à travers les contraintes induites par la révision du Plan de prévention des risques technologiques (PPRT) : interdit de réunion collective dans un parc exposé où les familles avaient l’habitude de célébrer les fêtes traditionnelles ou religieuses, report et déplacement de la construction d‘une école en raison de la pollution des sols et de l’exposition aux déflagrations potentielles, pratiques de concertation et d’information controversées, etc.

C’est ainsi que nous avons produit ensemble la carte umap suivante en agrégeant de nombreuses informations disponibles sur Internet mais dispersées dans de nombreux sites et documents de différents formats et statuts.

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Carte des risques majeurs dans l’environnement de Saint Fons – Vallée de la Chimie au sud de Lyon. Pour voir la version interactive. La sélection de chaque cercle de couleur ouvre une fiche descriptive du risque majeur correspondant.

Au cours de la discussion, un participant a résumé le chemin parcouru entre la carte papier et son inscription numérique : « On est passé des espaces verts dans les quartiers, des jardins et des parcs, aux mesures de restriction du PPRT, au manque de concertation et d’information de la part de la Ville et de la Préfecture, et puis au bout on a ça ! En fait, on habite Pompei ! C’est dingue qu’on finisse par l’oublier, par banaliser ça. » Au-delà de la surprise, cette mise en forme a soulevé une question difficile, comme en témoignent les verbatim suivants, issus des échanges : « Si on s’empare de ça, qu’est-ce qu’on va en faire en tant que Conseil citoyen ? » ; « On vient juste de démarrer, on nous attend sur la politique de la ville, comment les gens vont-ils faire le lien ? Comment on va s’y prendre ? Qu’est-ce qu’on peut faire de concret ? » La discussion, vraiment riche, trop longue à relater ici, n’a pas été sans issue. Elle a débouché sur une ébauche de stratégie pour revenir sur ce sujet et le mettre en débat de manière maîtrisée, évitant les effets de dramatisation. C’est là qu’a alors émergé l’idée d’une exposition sur les travaux du Conseil citoyen, ouverte à tous les habitants : « On pourrait alors présenter des panneaux ou des projections de cartes en proposant un atelier, en invitant des associations qui travaillent sur ce sujet, des personnes expertes, ça nous laisserait aussi le temps de voir ce qui se fait ailleurs dans des situations comme ça. »

Un élargissement du questionnement

L’autre piste de travail dégagée à partir du dessin collectif sur les cartes papier concerne la situation sociale dans les quartiers et en particulier les questions scolaires. Nous avons pour cela utilisé une carte interactive de Saint-Fons et de son voisinage, découpée en quartiers IRIS, en préparant une série d’indicateurs recouvrant les questions abordées dans l’atelier carte Papier : scolarisation, revenus et pauvreté, ancienneté, profil d’activité chômage, âges, transport, etc.

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Carte Saint Fons : Sélection de données sociales en bas de la page, puis choisir l’indicateur n°15 : moins de 95% de 11-17 ans scolarisés.

C’est là un exemple de ce que nous appelons dans notre jargon des « cartes stock » dans lesquelles on prépare des jeux d’indicateurs permettant de disposer « à la volée » de ressources utiles à la réalisation d’un parcours de questionnement inductif dans un domaine donné, comme cet exemple sur le décrochage scolaire des 11-17 ans mesuré par le pourcentage des non-scolarisés dans cette tranche d’âge. Les participants connaissent bien les quartiers et s’étonnent ainsi que « le décrochage ne soit pas seulement dans les quartiers pauvres, il y a en a aussi dans les quartiers du centre-ville ». D’autres ajoutent : « Mais c’est quoi un quartier pauvre ? Comment on peut voir ça ? Par le taux de chômage ? Par les revenus ? Par la part des ménages qui vivent seulement les prestations sociales ? Par la présence de nombreuses familles monoparentales ? »

En réalité, la plupart des participants n’imagine pas, avant de se poser la question concrètement, qu’il existe des indicateurs pour toutes ces questions. Ou plutôt, ils n’ont pas l’habitude de traduire en indicateurs des situations vécues, et vice versa. Ce qui fait qu’à chaque indicateur, la première chose que l’on fait est de décrire comment il est fabriqué, ce que ça veut dire en termes de conditions d’existence des gens. Si le langage des catégories est abstrait, en revanche les conditions sociales qu’elles recouvrent ne le sont pas. C’est ainsi, par exemple, que s’exprime assez tôt une réflexion critique sur l’usage stigmatisant de la catégorie « famille monoparentale » et, en même temps, sur les procédés d’attribution de logement social pour ces familles. Ce travail de traduction réciproque de la catégorie au vécu et vice versa constitue une étape cruciale dans la construction d’une capacité d’enquête collaborative. Cette étape est celle de l’apprentissage collectif de la grammaire comme « système de signes qui codent notre rapport au monde (6)», couvrant non seulement les catégories mais aussi la sémiologie utilisée, à laquelle on s’est familiarisé en changeant les palettes de couleurs, les distributions en différents nombres de quantiles, ou encore, en explicitant cette notion de quantile par des exercices de classification du groupe selon les âges.

Deux discussions ont révélé l’importance de cette étape d’exploration et d’apprentissage qui a mobilisé deux séances de travail. La première discussion a porté sur les représentations des quartiers et l’invisibilité des écarts de conditions sociales aussi bien dans les quartiers « riches », qui ont aussi leurs « pauvres », que dans les quartiers « pauvres », qui présentent des écarts de conditions sociales et de revenus considérables, et « qui ont encore plus pauvre que pauvre ». A également été abordé le fait que l’on n’entre pas nécessairement pauvre dans les logements HLM, mais que l’on peut y devenir pauvre et ne plus pouvoir en sortir. Pour observer ce type de situations, nous nous sommes déplacés dans une autre carte sur le site de la Ville de Lyon. Cette carte, elle aussi découpée en quartiers IRIS, montre comment, dans la seconde phase de la crise de 2007 à 2011, les écarts de pauvreté se sont radicalement accentués dans les principaux quartiers populaires – où l’on remarque une baisse du 1er décile de revenus (ronds jaunes avec un moins sur la carte) –, alors que, simultanément, les quartiers à revenus intermédiaires voyaient leurs revenus les plus bas (1er décile) augmenter.

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[a(http://urlz.fr/69ow choisir la carte n°32 - LYON_RFUC2009) Carte]~: Variation du 1er décile de revenus par quartier IRIS à Lyon au cours de la période 2000-2011. Dans la liste déroulante au milieu de la page, puis l’indicateur n°1. Voir aussi les indicateurs n° 9 et 24 pour observer l’impact de la crise de 20017 à 2011 sur les écarts de revenus dans les quartiers populaires les plus fragilisés).

La seconde discussion a, quant à elle, été déclenchée par la remarque, entre plaisanterie et véritable étonnement, d’une militante d’une association s’occupant de parentalité : « Mais alors puisqu’il y a des pauvres dispersés un peu partout, QPV (7) ça ne veut pas dire pauvre ! » Cela a souligné à quel point, dans le monde des acteurs de la banlieue, les catégories administratives de l’action publique territoriale ont peu à peu forgé les cadres de représentation.

Avec le Conseil citoyen de Saint-Fons, l’étape suivante du travail d’exploration portera sur la petite enfance en mixant carte statistique et carte de localisation physique des lieux scolaires, de loisir, des associations travaillant sur la parentalité, les transports, etc., et en réalisant une enquête par questionnaire ouvert avec les associations auprès d’un échantillon de familles, avec l’appui d’un.e étudiant.e en stage de Master.

Dans ce type démarche, lorsque cela réussit, il y a un mélange entre notre expertise et l’expérience des participants. En réalité on ne peut pas faire grand-chose des données si on ne peut pas les circonstancier et les « charger de densité sociale » au regard de ce que disent les gens concernés. Notre « job » est de contextualiser les données pour que les gens se les approprient et les investissent de signification, les accompagnant ainsi dans le choix des indicateurs utiles pour instruire les questions qu’ils se posent.

Si la méthode est reproductible, ce n’est pas le cas de tous les contenus produits. Avec l’expérience on peut faciliter l’animation, mais il n’y a pas deux endroits identiques, deux collectifs équivalents dans leur façon de s’engager dans l’exploration de leur monde. Chaque exploration crée quelque chose de nouveau dans le contexte concerné, et c’est sans doute cela qui a de l’importance.

Le projet Carto Citoyenne en Tunisie

La proximité d’Altercarto avec les milieux associatifs issus de l’immigration en France a largement contribué à l’émergence de l’initiative Carto Citoyenne en Tunisie, initiée avec la Fédération des Tunisiens (FTCR) pour une Citoyenneté des Deux Rives. Créée en 1974 à Paris, la FTCR fédère un vaste réseau d’associations de migrants tunisiens. Elle s’est investie depuis ses origines dans l’entraide et la solidarité avec les migrants et pour la défense de leurs droits, qu’ils soient Tunisiens ou non. Elle a aussi joué un rôle actif dans la défense des droits humains, et dans le soutien à la résistance intérieure durant les 30 années des deux régimes de dictatures.

Alercarto et la FTCR ont uni leurs forces pour initier ensemble le projet Carto Citoyenne en Tunisie, en lien avec des acteurs clés de la société civile et le mouvement associatif émergeant, avec de nombreux jeunes aussi, très motivés par l’utilité de ce type d’initiative dans la nouvelle Tunisie. Après deux années de rencontres, de premières initiatives « d’ateliers carto » dans différents contextes, le projet a pris forme en juillet 2015 avec l’ambition de se déployer pas à pas dans les différentes régions et de s’autonomiser à l’horizon de trois ans.

Si les méthodes et les outils mobilisés sont les mêmes, les enjeux et la dynamique du projet Carto Citoyenne se sont vite révélés d’une toute autre ampleur que dans notre expérience en France. Tout y était en train de se construire, en matière d’OpenData, en matière d’expérience de la société civile et des associations, en matière de libertés publiques. Cependant, l’un des traits les plus marquants, avec l’énergie de l’engagement des participants et le désir de débat public, a été la défiance des Tunisiens à l’égard des données publiques. Trente années de régimes autoritaires laissent des traces : « Les chiffres sont manipulés, les enquêtes sont bâclées, les données sont inaccessibles, jamais on n’aura accès aux vrais chiffres. » En même temps, malgré les difficultés politiques et économiques, l’utopie d’une société ouverte ne s’est pas limitée aux seuls droits politiques. La loi tunisienne sur l’accès à l’information (2014) est l’une des plus ouvertes qui ont été adoptées ces dernières années dans le monde. Malgré les reports successifs des élections municipales, le code des collectivités, en cours de discussion à l’ARP (Assemblée de représentants du peuple), est lui aussi certainement l’un des plus ouverts à l’innovation démocratique. On trouve aussi sur différents sites internet des ministères, notamment de l’Intérieur, des sections OpenData très avancées sur le plan technologique et des facilités d’accès, même s’il n’y a aujourd’hui pratiquement aucune donnée statistique détaillée effectivement diffusée. Ce sont là autant de signes qui montrent que même si le chemin de la réalisation pratique de l’ouverture des données, de leur consolidation et de leur diffusion publique raisonnée est sans doute encore long, le principal est acquis, peut-être même plus qu’il ne l’est en France. Reste donc à construire des usages civiques et des pratiques de démocratie ouverte et de soutien à l’action solidaire de la société civile, de partage de connaissances sur les droits économiques, sociaux, environnementaux, culturels et politiques, pour développer les usages et soutenir ainsi l’effort des forces favorables dans les organismes publics. C’est là l’un des fils conducteurs les plus importants du projet Carto Citoyenne.

Les questions à traiter sont d’une toute autre dimension que celles qui se posent en France ou en Europe : l’économie informelle (plus d’un quart des actifs y sont assignés, et sans doute plus si l’on tient compte du travail « invisible » qui concerne nombre de femmes, parfois des enfants), la protection sociale, la santé, l’éducation, la déscolarisation, la pollution, les disparités territoriales abyssales comparativement à la France. Malgré l’ampleur des problèmes et une déception certaine dans les années de l’après révolution, l’énergie est là, parmi les jeunes générations, mais aussi parmi les plus âgés, les gardiens du temple des droits humains et des droits économiques, sociaux, culturels, environnementaux et politiques, mais aussi parmi les agents publics, les enseignants, les acteurs économiques.

Le projet Carto Citoyenne a été porté par cette énergie. Il s’est organisé autour de quatre axes stratégiques :

1. Contribuer à l’émergence d’une pratique concrète de l’ouverture des données statistiques publiques détaillées et spatialisées au niveau le plus fin possible. En combinant pour cela des expériences concrètes d’usage des données et des relations de coopération avec les interlocuteurs mobilisés dans les services publics. Une « mission médiation de données » a ainsi été constituée avec 5 expert(e)s tunisien(ne)s de haut niveau, connaissant bien les administrations publiques, dans le but d’établir, à travers un cycle de séminaires communs, des « Cahiers de données » retenues comme le minimum nécessaire à diffuser en « OpenData » pour la connaissance des citoyens et la redevabilité publique.

2. Déployer une pratique d’accompagnement du débat public avec cartographie de données sur des thématiques choisies avec des réseaux de la société civile dans toutes les régions tunisiennes (des ateliers et « semaines Carto » ont ainsi été réalisées à Bizerte, Ras Djebel, Tunis dans différents quartiers et délégations, Sidi Bouzid, en ville et à la campagne alentour, à Sfax, Mahres, Gabes, Kasserine, etc.). Des débats publics importants ont été organisés à Tunis à l’appui de cartes, sur les thèmes de « la Tunisie, terre de migration », « femmes et politique », « protection sociale et travail informel », « économie sociale et solidaire », « accès à l’eau », et se poursuivent aujourd’hui par une série sur « la conduite démocratique des aménagements urbains », en préfiguration de la décentralisation. Ces activités d’ateliers et débats ont donné lieu à l’édition du journal Carto Citoyenne distribué à 1 200 exemplaires en format tabloïd et mis en ligne sur le site du projet.

3. Équiper en cartes et en données des initiatives concrètes de réseaux de la société civile sur les enjeux tels que l’accès à l’eau, l’aménagement urbain, la solidarité sociale, l’insertion, l’éducation, l’environnement, le développement local (exemple de Ras Djebel), dans les villes mais aussi en milieu rural.

4 Développer des pratiques d’enquête et de partage de l’information en tentant d’inventer une nouvelle forme de media citoyen qui permette de socialiser les enjeux des droits économiques, sociaux, culturels, environnementaux et politiques, à travers l’usage raisonné des données statistiques. Carto Citoyenne a pour cela constitué un réseau d’une quinzaine de correspondants régionaux, qui travaillent en lien avec l’équipe du projet en cherchant à combiner rédaction, vidéos, cartes. Le but est de produire des formats informatifs et interactifs accessibles à un public qu’il s’agit de « construire » pas à pas, comme, par exemple, le travail entrepris avec les jeunes générations mobilisées dans le réseau Stop Pollution à Gabès, avec l’appui de syndicalistes, médecins, etc.

À situation exceptionnelle, tentative de réponse utopique et pragmatique en même temps. Il est impossible de résumer ici le parcours réalisé depuis juillet 2015. Il est à la fois considérable et, en même temps, les acquis restent fragiles, sur tous les plans. Sauf peut-être le fait que le projet a trouvé son ancrage, de nombreux(ses) tunisien(ne)s lui trouvent une utilité et cherchent à en faire usage, ou y contribuer, dans différents milieux et contextes.

Un exemple emblématique de réalisation du projet est la carte statistique des secteurs (imadats) du Grand Tunis, avec une série d’indicateurs des évolutions démographiques et du logement. Classique en France, une telle cartographie n’avait jamais été rendue publique en Tunisie avant celle-ci, la cartographie des secteurs, plus petit découpage administratif tunisien, étant jusque-là sous embargo du ministère de la Défense. Le dessin de la carte a été le fruit d’une coopération féconde entre l’équipe du projet Carto Citoyenne et l’équipe d’OpensStreetMap Tunisie, qui a dessiné une grande partie à la main à partir d’un tirage pdf du futur découpage des municipalités basé sur des regroupements de secteurs (voir la page spéciale sur le partage de la géographie nationale tunisienne sur le site du projet).

Altercarto

Voir la version interactive et commentée de la carte sur le site.

Des institutions qui s’approprient la démarche

L’un des partis pris fondateurs d’Altercarto consiste à considérer que la redevabilité envers le citoyen et son usage des données publiques ne sont pas incompatibles avec des pratiques de coopération avancées entre les structures de la société civile et les structures publiques, même quand elles ont de nombreuses raisons d’être en conflit. L’ambition est donc de faire cohabiter dans le même espace de mutualisation de savoir-faire, outils et données, aussi bien des organisations citoyennes formelles ou informelles avec des institutions et collectivités publiques, aucune des parties ne tirant de son statut une position supérieure à une autre. La ville de Lyon a saisi ce principe et a adhéré à Altercarto en 2012 (8). Elle s’était familiarisée avec nos outils et nos méthodes, notamment lors d’une importante concertation publique sur la géographie prioritaire de la Politique de la Ville en 2009. La médiation cartographique y a joué un rôle important dans la discussion entre les élu.es, les habitant.es et les organisations de la société civile locale. La Ville de Lyon a incorporé les outils et les méthodes dans son périmètre d’action, a formé ses agents, et a même proposé aux associations partenaires de la ville de les équiper. Un vaste travail de publication et de négociation de données jusque-là fermées, notamment sur la santé (voir la page santé du site d’observation cartographique de la Ville de Lyon), a été entrepris, qui ne s’est pas contentée de s’approprier les données pour son propre usage, mais a aussi défendu et obtenu qu’elles soient publiées par l’ARS (Agence régionale de santé) régulièrement et sous licence ouverte, ce qui était encore le cas jusqu’en 2015.

Le cas de ces données de santé est intéressant d’un autre point de vue. En effet, ces données, rares parce que réputées politiquement sensibles et trop complexes à interpréter pour être diffusées à des non spécialistes, ont été publiées intégralement, au niveau géographique le plus fin sur le site de la ville de Lyon dédié aux cartes. Elles ont fait l’objet de nombreuses présentations devant des publics avertis ou profanes. Des associations, dont Altercarto, ont largement communiqué sur les situations révélées par ces cartographies, en particulier les problèmes d’inégalités d’accès aux dispositifs de prévention bucco-dentaire, du cancer du sein, le cumul des pathologies de longue durée, affections graves, accidents du travail, asthme, diabète, dans les quartiers populaires.

Cela n’a suscité aucune réaction. Ni des milieux spécialisés, professionnels ou politiques. Ni des associations d’usagers de santé. Ni des associations des quartiers populaires, ni de la presse. Le seul espace d’usage opérant a été l’Observatoire de la santé des Lyonnais, animé par la Ville de Lyon, ce qui est déjà considérable mais qui ne peut par lui-même déclencher une dynamique de débat public sur l’inégalité flagrante de l’état de santé dans la population, qui se cumule avec les inégalités économiques, sociales et éducatives presque exactement selon la même géographie.

Des questions en suspens

Lorsqu’on présente ces données en dehors de cadres spécialisés, la violence du cumul d’inégalités est si frappante que les lecteurs des cartes semblent n’y voir que la reproduction de ce qu’ils savent déjà et/ou regardent ces cartes comme des présentations powerpoint, de la même nature que ce qu’on leur présente d’habitude. L’évidence apparaît comme une norme, c’est-à-dire une non-information. Et comme toute norme, elle produit de la distance autant que de la familiarité, c’est-à-dire une mise à distance simultanée du raisonnement empathique et du raisonnement critique rationnel.

Comment susciter le débat dans ce genre de situation ? Peut-on espérer que ces données soient encore régulièrement publiées de façon accessible au public si très peu d’usage en est fait ? C’est là une question en suspens, car elle pose un problème d’une échelle incommensurable à nos régimes d’action courants.

Puisque nous en sommes aux questions complexes. Il en est une autre à laquelle nous sommes régulièrement confrontés et que nous avons qualifiée, à défaut de mieux, de conflit de culture militante. Nous n’avons pas de difficulté entre expertise et expérience. On va dans des endroits où nous sommes attendus, en général par le biais de militants qui assurent la médiation de notre présence.

Il se manifeste cependant parfois des « gap » dans le déroulement des cycles de travail collectif : une fois les connaissances produites et la dynamique de production de connaissance collective avancée, se pose alors la question : et après, so what ? La question est moins une question de débouché opérationnel qu’une question d’étayage du discours militant. Cela a pu se traduire par des questions explicites, du type : « Ok, c’est bien ce qu’on a appris, mais c’est quoi le discours ? » Le gap prend alors une autre dimension, entre leadership du discours militant et attente d’opérationnalité des participants. Mais sans doute ne s’agit-il que d’une contrainte de situation et non pas d’un trait endémique du leadership militant en milieu populaire. Il nous semble que le monde de la banlieue et de la précarité est peut-être avant tout construit par un cycle répétitif de surenchère de l’action officielle, qu’elle soit réalisée par des organismes publics ou déléguée à des opérateurs associatifs. À chaque nouvelle couche de précarité (comme après la crise de 2007-2011 évoquée dans une carte précédente) se déploient de nouvelles mesures des dispositifs, sans lien avec les capacités et buts des associations ou collectifs émergents animés par des militants. Ces derniers se trouvent constamment placés dans une impasse du discours mobilisateur. Un exemple particulièrement parlant est celui de l’aide alimentaire sur laquelle nous avons travaillé en cartographiant des parcours de familles précaires.

À Vaulx-en-Velin ou à Vénissieux, des initiatives citoyennes ont porté la création d’épiceries solidaires indépendantes qui pratiquaient de l’aide directe aux populations « hors dispositifs », par exemple aux populations roms non affiliées aux services sociaux. L’injonction qui leur est faite de rejoindre le dispositif des banques alimentaires et les dispositifs de prescription des travailleurs sociaux, placent ces pratiques de l’aide directe sous l’opprobre publique et des acteurs du travail social. De même que leurs pratiques de collecte de dons alimentaires directs par des commerces privés apparaissent comme des attitudes communautaires ou illégales quand elles ne sont pas rapidement frappées du soupçon sectaire. Et avec le risque d’être privés de l’accès à la banque alimentaire. Comment construire un cadre fécond de lecture partagée des données, tourné vers l’action dans un tel contexte ? Les tentatives d’échapper rationnellement à ce type de piège se heurtent à la clôture des dispositifs, réservés aux seuls opérateurs réputés n’avoir pas d’intérêt à agir dans la population ou le territoire. Ainsi voit-on fleurir des épiceries sociales financées par des fonds publics ou par des offices HLM comme de nouveaux services apposés sur le territoire, qui apparaît dès lors comme une place de marché de la pauvreté. Au cours des années 2013 à 2015, avec plusieurs de ces associations ou collectifs, nous avons tenté de dépasser cette situation en proposant a des élus régionaux et à différents services publics l’idée d’élaborer un PTCE (Projet territorial de coopération économique), formule inscrite dans les dispositifs publics qui aurait permis de reconfigurer le jeu d’acteurs habituel, trop clivant. Sans écho du côté des pouvoirs publics. Difficile alors pour les militants médiateurs de tenir leur position militante et de fournir un discours performatif.

1 Pour une compréhension des enjeux de marché et de redevance, voir le rapport Trojette. La documentation française – 2013.

2 Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés.

3 Direction de l’animation de la recherche et des études statistiques – Ministère du travail.

4 Îlots Regroupés pour l’Information Statistique - découpage utilisé par l’INSEE pour les recensements.

5 La loi no 2014-366 du 24 mars 2014 pour l’accès au logement et un urbanisme rénové, dite aussi loi Duflot II.

6 Jean-Marc Ferry – les grammaires de l’intelligence – Voir l’interview sur France Culture du 21 octobre 2017.

7 Quartier Prioritaire de la Politique de la Ville.

8 À part la Ville de Lyon, une autre institution s’est appropriée cette démarche : l’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail (organisme tripartite : syndicat de salariés, syndicat patronaux, État) qui dépend du ministère du Travail, a adhéré à Altercarto pendant trois années jusqu’à ce que son usage de la cartographie soit externalisé. L’Anact était intéressée par la recherche des formes de médiation sur le territoire (maillon faible des politiques du travail et de l’emploi) pour pouvoir contextualiser les dispositifs publics de prévention des accidents et maladies professionnelles notamment. Ce partenariat a donné lieu à un autre partenariat de longue durée, en Lorraine, avec la Maison territoriale de l’emploi et de la formation du Val de Lorraine, avec laquelle Altercarto a contribué à l’équipement des acteurs du territoire, en particulier à l’accompagnement méthodologique d’une enquête menée conjointement par cinq organisations syndicales de salariés et quatre organisations patronales, autour de la manière de repenser le rapport entre travail, carrière et développement économique, dans un contexte de déploiement de Nancy comme métropole régionale, et ses effets en terme de structuration du territoire de travail comme d’habitat.

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