Réussir la transition énergétique, manifeste Négawatt

2013

Cette fiche rend compte du manifeste de l’association Négawatt, exercice de prospective largement commenté en France depuis sa parution.

I. Généralités tous secteurs

Constats et enjeux

Les points de départ de ce manifeste sont assez classiques désormais : la fin prévisible des énergies non renouvelables (aujourd’hui 90% de l’approvisionnement mondial : pétrole 37%, charbon 27%, gaz 23%, uranium 5%), les risques nucléaires et le changement climatique. Face à ces défis majeurs pour une humanité qui pourrait atteindre 9,5 milliard d’hommes en 2050, les énergies renouvelables ont trois qualités majeures : elles sont quasi inépuisables (le soleil c’est 10 000 fois les besoins actuels), assez bien réparties sur les territoires et leurs impacts environnementaux sont faibles. Par ailleurs et pour ce qui est de la France, elle est très bien dotée sur ce plan : soleil, vent, géothermie, forêts).

Méthode

La démarche Négawatt se développe sur trois axes : sobriété, efficacité, développement des énergies renouvelables. Le scénario énergétique est couplé avec son homologue sur l’usage des sols (Afterres 2050, compétitions entre les usages et pour la biomasse). Une modélisation fine équilibre heure par heure la production et la consommation d’électricité.

Les besoins énergétiques (les usages finaux, 1 900 tétrawatt/h en 2010) sont classés en trois domaines : chaleur (50%), mobilité (33%), usages spécifiques de l’électricité (15%) auxquelles s’ajoute la transformation des matières premières (sidérurgie, 3%).

Pour assurer ces besoins, la France a recours à quatorze sources d’énergie primaire (total 2010 : 2 996 TWh) : charbon, pétrole, gaz naturel, uranium, solaire thermique, hydraulique, énergies marines, éolien, solaire photovoltaïque, géothermie, biomasse solide, biomasse liquide, biogaz, déchets.

Le scénario examine d’abord les gisements d’économies d’énergie liés à la sobriété, puis à l’efficacité des méthodes et procédés de consommation. Puis il s’attache à la production de l’énergie en maximisant la place des renouvelables. Le scénario tient évidemment compte des pertes aux différents stades : production, transformation, stockage et distribution.

II. Le scénario 2050

Les chiffres clés

  • consommation réduite de 65% : usages finaux 851 TWh contre 1 904 en 2010

  • 91% par énergies renouvelables ; les énergies fossiles sont réservés à quelques usages spécifiques : pétrochimie, matières premières, aviation

  • l’évolution des sources primaires (1051 TWh en 2050 contre 2996 en 2010) est un bouleversement radical des hiérarchies en donnant la première place à la biomasse :

  • biomasse solide (bois et résidus agricoles) : 274 TWh (136)

  • éolien (terrestre et maritime) : 194 (10)

  • biogaz 179 (4) : solaire photovoltaïque 90 (0,6)

  • hydraulique 77 (61) : géothermie 50 (2)

  • biomasse liquide : 44 (30)

  • pétrole : 44 (868)

  • solaire thermique : 39 (0,7)

  • gaz naturel : 36 (490)

  • charbon : 21 (143)

  • énergies marines : 7 (1)

  • déchets : 6 (13)

  • uranium : 0 (1239).

  • les émissions de CO2 sont divisées par 2 en 2030, par 16 en 2050 et les émissions cumulées sont de 7 milliards de tonnes, conformes au poids démographique de la France dans le monde (0,85% en 2050).

Changement climatique et équité (recherche de l’Université de Potsdam, publication Nature 458, mars 2009 : « Greenhouse gas emission targets for limiting global warming to 2 degres C»).

Pour limiter l’augmentation de température à 2 degré C en 2100, il ne faut pas libérer plus de 1 milliard de tonnes de CO2 entre 2000 et 2050. Comme il en a déjà été libéré 285 milliards, reste 715 soit 18 par an en moyenne pour 29 actuellement. Dans ce laps de temps la population mondiale va passer de 7 à 9,5 milliards d’habitants. Si l’effort est également réparti, la France ne doit pas dépasser 6 à 7 milliards de tonnes CO2 d’ici 2050. Au rythme actuel cette limite aura été atteinte en 2030.

10 propositions générales pour la transition énergétique :

  • Une haute autorité de la transition énergétique

  • Une gouvernance territoriale de l’énergie

  • Un urbanisme ancré dans les territoires

  • Vers des bâtiments énergétiquement sobres

  • Vers des bâtiments énergétiquement efficaces

  • Vers des bâtiments optimisant l’usage de l’électricité

  • Instituer une redevance à la prestation sur le transport

  • Pour une fin maîtrisée de la production nucléaire

  • Faciliter l’essor des renouvelables

  • Pour une contribution environnementale sur les énergies primaires

III. Les propositions pour le secteur des transports

La mobilité des biens et des personnes représente 33% de notre énergie finale en 2010 ; cette proportion est ramenée à 29% en 2050.

Mobilité des personnes

La sobriété s’exprime par une réduction des distances parcourues : - 14% sous 200 km, - 15% entre 200 et 800 et - 45% au-delà de 800, en agissant sur l’urbanisme, sur les déplacements non contraints, en développement les échanges non physiques, en réduisant le tourisme de masse à longue distance.

L’efficacité se traduit dans la répartition modale : part de la voiture ramenée de 87% à 61% au profit des transports collectifs, des modes doux et du covoiturage. Elle se traduit aussi par une réduction des vitesses : 80 km/h sur les routes, 110 km/h sur autoroutes. Elle passe enfin par une évolution forte des motorisations : généralisation de l’hybridation (90% des motorisations thermiques en 2050), pénétration de l’électrique à hauteur de 16% des km.voyageurs pour les usages adaptés et fort développement du GNV (66% des trajets individuels en 2050, 75% pour les bus et autocars).

Transport de marchandises

Rappel de la situation de départ (2009) : routier 87% des t.km, ferroviaire moins de 10%, fluvial 2%

Le scénario Négawatt 2050 reste modérément ambitieux quant à la réduction à la source : -3,5% des t.km, mais il l’est beaucoup plus sur la répartition modale : routier 54%, ferroviaire 40% (multiplié par 4), fluvial 5%. Ce qui permet la crédibilité de ce scénario c’est la mesure 7 : une redevance à la prestation (comme en Suisse depuis 2001) assise sur le remplissage, les distances et l’efficacité des motorisations.

Pour ce qui est des motorisations, le gaz renouvelable assure l’essentiel 85% pour les véhicules de plus de 3,5t, pour les livraisons : 69% et 13% d’électrique.

Analyse de Citego

L’association Négawatt a été créée en 2001. Elle a produit un premier scénario énergétique 2050 pour la France en 2003, un second en 2006 et le 3e en 2011. Elle réunissait fin 2011 environ mille adhérents, personnes physiques agissant en leur nom propre. Sa cheville ouvrière est un collège de 25 experts. Elle a créé en 2009 un institut de formation d’études et de recherche, l’Institut Négawatt. Le manifeste Négawatt présente le scénario 2011 pour la France et les voies pour le réaliser.

Références

  • Manifeste Négawatt. Réussir la transition énergétique. Association Négawatt. Actes sud, collection Domaine du possible, janvier 2012