Chhattisgarh - La forêt pour lier adaptation et atténuation

Bilan de l’action climat des territoires

2019

Association Climate Chance (Climate Chance)

Depuis 2015, l’Association Climate Chance participe à la mobilisation dans la lutte contre le dérèglement climatique. Il s’agit de la seule associa¬tion internationale se proposant de réunir à égalité l’ensemble des acteurs non-étatiques reconnus par l’ONU. Dans le but de renforcer leur action et crédibiliser les scénarios de stabilisation du climat, l’Association Climate Chance a lancé en 2018 un Observatoire mondial de l’action climat non-étatique, qui se donne comme objectif d’expliquer les évolutions des émissions de gaz à effet de serre, en croisant les politiques publiques nationales, avec les dynamiques sectorielles, les stratégies des acteurs privés, les politiques publiques locales, et les actions entreprises par les acteurs du territoire. En 2019, pour analyser la mise en cohérence des poli¬tiques publiques locales, Climat Chance propose 13 nouveaux cas d’études de villes et de régions. Ici, celui du jeune état indien de Chhattisgarh (centre - est de l’Inde).

À télécharger : climate-chance-2019.pdf (1,5 Mio)

Gouvernance et intégration des politiques climat

L’économie de l’État de Chhattisgarh repose largement sur des secteurs exposés aux aléas climatiques (agriculture, forêts, élevage, etc.). Les effets du changement climatique pèsent déjà lourdement sur ces secteurs. Les évènements extrêmes augmentent la vulnérabilité des agriculteurs et exacerbent la pauvreté, dans un État oU plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté (2 fois la moyenne nationale).

Chhattisgarh n’a pas encore présenté d’objectif chiffré, mais assure contribuer aux CDN nationaux. Depuis 2017, Chhattisgarh est également signataire du Under2MoU et par conséquent a pris l’engagement non-contraignant d’atteindre la neutralité carbone et/ou de limiter ses émissions à 2 tonnes par tête d’ici 2050.

L’Inde soutient que « il n’y a pas de stratégie unique pour faire face au changement climatique » (CSAPCC, 2014), ce qui appelle à spécifier des State Action Plans for Climate Change (SAPCCs) à l’échelle infranationale. Le SAPCC de Chhattisgarh se concentre sur 8 secteurs : agriculture, forêt & biodiversité, ressources en eau, développement urbain, transport, énergie, industries & extractions, santé humaine. Le CSAPCC a aussi la particularité d’intégrer une dimension de genre.

Énergie – Développer et adapter les renouvelables au territoire

Économie la plus carbonée d’Inde, un basculement vers les énergies renouvelables pourrait toutefois permettre à Chhattisgarh d’entamer une décarbonation, alors qu’elle n’est qu’à 2,4 % de son potentiel d’énergie renouvelable (potentiel estimé à 20 000 MW).

Le surplus de production d’énergie de Chhattisgarh est supérieur à la moyenne des autres États, en dépit d’une demande annuelle croissante en énergie. Cependant, l’État est si densément boisé que l’extension de son réseau est difficile. La faible fiabilité du réseau électrique devient critique : 36 % des centres de santé primaire déclarent des besoins en électrification insatisfaits, avec de graves conséquence pour la santé. Dans le cadre de sa Politique Énergie Solaire, Chhattisgarh a donc installé 2kWp de photovoltaïque hors-réseau à travers 570 centres de santé primaire entre 2012 et 2016 (CEEW, 2018). En 2016-2017, 159 écoles publiques de l’État étaient alimentées par énergie solaire.

Au travers des Solar Cities Master Plans, les villes de Raipur et Bilaspur visent une baisse de 10 % au moins de leur demande prévisionnelle en énergie conventionnelle en 5 ans, en combinant efficacité énergétique et renforcement de l’offre en renouvelables. Le gouvernement de Chhattisgarh doit aussi créer dans les cinq ans 2 000 « Suryamitras », des programmes d’acquisition de compétence à destination des jeunes sans emploi dans le secteur de l’énergie solaire.

L’essentiel de l’électricité de Chhattisgarh est produit en centrale thermique, impactant lourdement les ressources en eau douce. La cendre et les effluents industriels déversés par les centrales contaminent les sources d’eau, jusqu’aux cultures : la perte de qualité de l’eau se répercute sur la qualité et la quantité de la production de riz. Pour atténuer ces impacts, les centrales ont l’ordre d’utiliser de l’eau recyclée, Chhattisgarh investir dans le traitement des eaux usées pour distribuer de l’eau non-potable à moindre coUt aux circuits de refroidissement des centrales thermiques, et décentralise le traitement des eaux hors des lieux de vie.

Usage des sols – La perte de puits de carbone

En 2017, 41 % de la surface de Chhattisgarh était couverte par la forêt, son plus important puits de carbone : les sols avaient toujours absorbé davantage qu’ils n’émettaient jusqu’en 2011, quand de nombreux hectares forestiers furent ouverts à l’exploitation minière. La subsistance des résidents dépend des revenus et denrées tirés des produits forestiers non-ligneux (PFNL), de plus en plus menacés par le changement climatique. Avec Action on Climate Today (ACT), la Banque Mondiale vient donc en aide à ces populations vulnérables en créant des opportunités d’emploi notamment via des activités de conservations.

Adaptation – L’agroforesterie pour réunir l’atténuation et l’adaptation

Le CSAPCC stipule que « L’adaptation doit être la stratégie de réponse prédominante de Chhattisgarh », et se concentre sur la conciliation de stratégies d’adaptation matérielles et immatérielles des « infrastructures naturelles » pour améliorer leur résilience, assurer les synergies avec l’atténuation et « reconnaître et soutenir davantage le rôle des femmes dans l’adaptation ». L’adaptation de Chhattisburgh repose essentiellement sur la forêt. La stratégie est double : l’adaptation des forêts et les forêts pour l’adaptation. Le Joint Forest Management supervise 55,52 % des forêts de Chhattisgarh : ce programme travaille à l’amélioration de la gestion de l’eau, à la régénération du bambou, à des pratiques de récoltes soutenables des PFNL, au développement de pépinières, à l’afforestation, sur la biodiversité et la conservation des zones humides.

De la session technique sur la résilience de l’agriculture au Chhattisgarh organisée par ACT, il ressort que « les systèmes agro-forestiers associent facilement adaptation et atténuation. » L’une de ses études sur l’agriculture climato-intelligente identifie des stratégies locales d’adaptation : adopter des variétés hybrides à courte durée de vie pour faire face à l’altération de la saisonnalité, planter ou mélanger des variétés à haut rendement avec des variétés locales, et choisir des variétés traditionnelles de millets plus résilientes. Le gouvernement du Chhattisgarh a adopté des stratégies de renforcement de la résilience, tel que des systèmes d’assurance des récoltes fondés sur un indice météorologique et des formations à l’agriculture climato-intelligente. En moyenne le bétail contribue à 55 % des émissions totales de l’usage des sols ; la riziculture avec 38 %, est le second plus grand émetteur. L’agriculture est une source de revenus pour environ 80 % de la population rurale du Chhattisgarh. 46 % d’entre eux dépendent de monocultures pluviales, accroissant leur vulnérabilité au changement climatique et réduisant leur capacité d’adaptation. Les cultures de riz (Chhattisgarh est le « bol de riz de l’Inde », avec 19 000 espèces indigènes) et de blé devraient perdre en productivité. En 2016, le gouvernement a lancé un projet d’irrigation solaire communautaire, visant l’irrigation de 50 000 ha par 51 000 pompes solaires, et subventionnées entre 95 et 98 %.

Déchets – La collecte innovante des déchets à Ambikapur

Alors qu’en 2015, pas un déchet dans l’État n’était traité, en 2018 84 % des 601,885 millions de tonnes annuelles de déchets solides l’ont été, plus que n’importe quel autre État indien ! C’est aussi le premier État indien a avoir introduit les E-rickshaws pour collecter les déchets : avec force de succès, ils ont grandement renforcer les performance de gestion de déchets de Raipur.

La ville d’Ambikapur a mis en place un « café ordures », où les collecteurs échangent le plastique collecté contre des repas. Le plastique est ensuite mélangé à de l’asphalte et utilisé pour construire des routes. Ambikapur a ainsi transformé son ancien centre d’enfouissement de 6 hectares en un Parc de Sensibilisation Sanitaire, arboré et avec un étang. 447 femmes de groupes d’entraide (self-help groups, SHG), entreprennent une collecte porte-à-porte des déchets – les SHG assurent ensuite des programmes de formation en gestion des ressources solides et liquides (SLRM). Un impôt est prélevé pour la gestion des opérations et la maintenance du projet : maisons, boutiques, hôtels, auberges et ashram contribuent tous en proportion de leur activité.

Références

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