Quand des habitants auto-gèrent leur espace de vie et de travail

La Fondation De Refter

Pascale Thys, September 2001

Habitat et Participation ASBL

Cette fiche présente un groupe d’habitants, qui, au travers d’une fondation, a mis en place une nouvelle façon d’habiter. L’objectif de ce projet est de vivre ensemble de façon autonome en pratiquant l’autogestion et en ayant une influence directe sur la vie sociale.

Elle a été réalisée avec le concours de la Fondation De Refter et d’un habitant, Manfred Hammel.

Contexte

Aux Pays Bas, à la fin des années 1960, de nouvelles façons d’habiter sont expérimentées. De nombreux groupes d’habitants1 se créent. Début des années 1980, on comptait plus de 6.600 de ces groupes.

Le contexte légal leur est d’ailleurs favorable. Par exemple, en 1976, une circulaire du Secrétaire d’État au logement reconnaît le logement comme un droit fondamental à tout citoyen hollandais d’au moins 18 ans et garantit un logement minimum légal défini par des normes.

Les formes d’habitats et le nombre de participants sont très diversifiés. Cela varie d’un groupe à l’autre. Concernant le nombre, certains groupes peuvent compter jusqu’à 160 habitants. Concernant les formes, il y a par exemple les « centraal wonen » (habitat collectif) qui se définissent comme une forme d’habitat commun où les occupants choisissent consciemment d’habiter ensemble et où ils disposent à la fois d’un habitat indépendant et des espaces partagés. Cette forme d’habitat, entre autre, favorise plus de justice sociale et solidaire, permet l’émancipation et donne sa chance à chaque individu.

« A l’approche quantitative du bien être, à une société où on parque les 3e âge et les handicapés, l’idéal « centraal wonen » oppose sa vision qualitative rendant à chacun sa place et son rôle ». En 1971 fut fondée la Landelijke Vereniging Centraal Wonen et en 1972, la première réalisation du mouvement « centraal wonen », démarra à Hilversum aux Pays-Bas. En 1991, environ 5.000 personnes habitaient de cette façon.

Origines du projet

En 1880, la famille van der Meer construisit la villa ter Meer sur le site des anciens jardins du château d’Ubbergen. Début XXe, la maison fut rachetée par les religieuses de l’ordre Augustin. Elles y ont fondé un pensionnat pour les filles de bonnes familles. Une chapelle, une aile Ouest et une aile Nord furent ajoutées au bâtiment originel.

Confrontées à la chute de l’engouement pour les pensionnats, les nonnes vendirent, en 1970, le complexe à un fabricant de textiles. N’ayant pas pu y installer un centre de ski, de mariages et de fêtes, ce dernier loua des chambres dans une partie des bâtiments à des étudiants.

En 1978, le complexe changea encore de propriétaire. Le nouveau propriétaire souhaitait transformer le site, qu’il baptisa De Refter, en appartements de luxe. Pour ce faire il essaya de déloger les locataires des chambres.

Mais les locataires résistèrent et fondèrent, en 1982, une fondation pour la préservation de De Refter. Ils firent part de leur plan au principal créancier (une banque) du propriétaire failli. La banque racheta le complexe et le vendit à la Fondation De Refter.

La Maison du peuple et la Province octroyèrent un subside (subvention) à la Fondation et la commune d’Ubbergen se porta garante après négociation. L’édifice fut modifié en un peu plus de 70 unités d’habitat et de nombreux espaces de travail.

L’édifice se trouve dans un ancien couvent sur la crête d’une colline à la lisière de Nijmegen. Il se compose : d’une villa de style néo-renaissance (1880) ; d’une aile Ouest, d’une aile Nord, d’une chapelle, de bas-côtés et de la maison des sœurs de style néo-gothique (1903-1926).

Objectifs du projet

Un des objectifs de départ était de sauver le site des promoteurs immobiliers et autres spéculateurs.

Objectifs actuels

Population concernée

Toute personne intéressée par la vie en communauté et l’autogestion. Tous les habitants et occupants sont locataires de la Fondation De Refter, qui est gérée par eux-mêmes. Chaque habitant collabore minimum 6 heures/semaine à l’autogestion.

Il y a environ 95 personnes qui occupent les lieux dans des formes d’habitat différents : unités d’habitat pour personnes isolées - unités pour famille – unités pour personnes handicapées – unités pour personnes âgées – unités pour groupes. Les âges vont de 0 à 85 ans.

Montage financier

Un prêt à long terme pour l’achat a été souscrit par la Fondation.

Les montants récoltés pour les locations et par les différentes activités, le travail bénévole des habitants et une subvention de l’État permettent de « faire tourner » la Fondation.

Montage légal

De Refter est une Fondation et doit donc répondre à certaines exigences légales.

Tous les habitants sont locataires de la Fondation. Ils doivent participer aux groupes de gestion (administration, aspect financier, location, accueil, …) de la Fondation, à raison de 6 heures par semaine.

Partenaires du projet

Les habitants gèrent eux-mêmes la Fondation.

Déroulement du projet

Chaque habitant participe à la gestion -au sens large- de De Refter. Ce qui implique la participation :

Les voisins deviennent alors des collègues de travail. C’est essentiel pour la vie dans un édifice d’habitat et de travail. On créée et on détermine ensemble sa façon de vivre. On vit ensemble dans l’édifice avec les personnes qui ont refait le toit, s’occupent de l’administration ou cuisent votre pain.

Chaque groupe s’occupe d’une partie déterminée du travail et prend des décisions. Toutes les réunions où sont prises des décisions importantes sont accessibles à tous.

Le groupe De Elegast loue des espaces pour des cours, séminaires, et autres réunions. Outre cela, beaucoup d’autres espaces sont loués pour diverses activités : travail du métal, massages…

La Fondation Memuku, le groupe culture de De Refter, gère la bibliothèque (cours, concert,…), la chapelle (expositions, brocante, concert, …), les espaces de répétition musicale, …

Un café De Raaf est tenu par un petit collectif et ouvre ses portes durant les activités et sert de point de rencontre pour les habitants et leurs connaissances ou encore avec le monde extérieur via l’internet-café.

Chaque premier dimanche du mois une réunion d’information/visite guidée est organisée pour ceux qui sont intéressés par ce genre de vie et/ou pour habiter à De Refter. La liste d’attente pour les unités individuelles est fermée. On peut encore s’inscrire pour l’habitat en groupe.

De nombreuses activités sont organisées auxquelles les personnes extérieures peuvent participer.

Vous pouvez consulter la fiche proposition qui analyse la situation en région Wallonne en tirant les apprentissages du cas de la Fondation de Refter

1 Il y a plusieurs définitions de ce qu’est un groupe d’habitants. Un chercheur en a trouvé jusqu’à 29 (voir le site de Roland Kums). Ici nous nous basons sur la plus générale, à savoir un groupe d’au moins 3 adultes qui occupent ensemble une habitation et qui, au minimum, partagent leurs repas.

Sources

Cannat N., L’emploi à domicile à Ubbergen, Pays-Bas, fiche DPH.V200

Kums R. 1998. Tussen individualiteit & collectiviteit, Leuven

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