Universités, hôpitaux, mairies : acteurs publics de l’économie

Remi Dormois, mars 2013

Cette fiche présente un autre pan de l’économie non prise en compte dans les documents cadres des politiques urbaines de développement économique : l’économie publique, économie générée par la présence des administrations telles que les hôpitaux, les universités, et les institutions publiques dans leur grande diversité.

Le caractère illégal de la plupart des activités relevant de l’économie informelle peut expliquer pourquoi cette dernière n’est pas mise en avant dans les documents cadres des politiques urbaines de développement économique. Mais, aussi surprenant que cela peut paraître, nous arrivons à la même conclusion concernant l’économie publique définie comme l’activité économique générée de façon directe ou indirecte par la présence des administrations : Université, CHU, administration communale, administration intercommunale, administration départementale, administration régionale, services déconcentrés de l’État départementaux et régionaux,…Pourtant l’économie publique joue un rôle très important dans les économies urbaines et ce à plusieurs titres.

L’économie publique fournit des emplois qui sont relativement stables dans la durée même si les réformes structurelles en cours dans plusieurs états européens se traduisent par une baisse des effectifs des fonctionnaires d’État compensée voir dépassée par une progression du nombre de fonctionnaires territoriaux. L’emploi public peut représenter jusqu’à 25% voire 30% de l’emploi total d’une agglomération notamment dans les villes préfectures de taille intermédiaire. Spatialement, l’emploi public reste concentré dans les villes centres des agglomérations mais il conviendra de suivre l’impact des projets de regroupement des hôpitaux qui peuvent se faire au bénéfice de communes situées en première couronne. Moins soumis aux effets de cycles que l’intérim ou l’emploi salarié privé, l’emploi public joue donc un rôle « d’amortisseur » lors des crises comme celle que connaissent les villes européennes depuis 2009. Les villes où l’emploi public est important semblent avoir mieux contrôlé la crise sur la période 2009-2011 mais elles ne parviennent pas à y échapper1. Les analyses longitudinales montrent qu’inversement, lors de périodes de reprise, les agglomérations où la part d’emploi public est importante ont une dynamique de création d’emplois moins forte.

Les institutions publiques sont donc pourvoyeuses d’emplois mais elles sont aussi pourvoyeuses de richesses à destination de l’économie locale au travers des salaires qu’elles versent. Les recherches d’économistes ont ainsi mis en évidence que les revenus dits publics (salaires des trois fonctions publiques : État, collectivités locales (nets de la part financée sur des ressources fiscales locales), secteur hospitalier) peuvent représenter de 15% à 20% de la richesse totale circulant dans une agglomération. Aux salaires des fonctionnaires s’ajoutent les salaires d’actifs qui dépendent de commandes publiques (cf. supra). Certains économistes ont montré sur des études de cas que 50% des salaires versés par les fournisseurs des administrations dépendaient directement des commandes publiques2.

Mais l’impact économique des administrations dans une ville est loin de se limiter à l’emploi et aux salaires. Chaque administration « consomme » des services et des biens au travers des commandes publiques. Les administrations se distinguent en revanche quant à l’aire géographique de leurs achats : une commune ou une intercommunalité achètent davantage localement qu’un CHU qui a besoin de matériels et de produits spécifiques. De plus, pour tout un ensemble d’achats, les CHU ont recours à des groupements de commande et s’adressent à des fournisseurs d’envergure nationale ou européenne. Chaque administration investit aussi soit directement (en tant que maîtrise d’ouvrage), soit indirectement (en tant que financeur). L’investissement public est relativement bien connu en ce qui concerne les collectivités locales. Elles représentent plus de 70% du total de l’investissement public en France. En revanche, l’investissement des Universités ou des CHU est davantage méconnue3.

1 ADCF. 2010. La crise et nos territoires : premiers impacts.

2 BOUBA‐OLGA Olivier. 2006. « Évaluation de l’impact économique du Parc du Futuroscope : quelques éléments de méthodologie », Document de travail CRIEF n° T2006‐01, Faculté de Sciences économiques de Poitiers.

3 Voir la fiche présentant un rapport de 2003 consacré à l’impact économique de l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne

Références

ADCF. 2010. La crise et nos territoires : premiers impacts, 96 p

AMBROSINI M. 1999. « Travailler dans l’ombre. Les immigrés dans l’économie informelle », In: Revue européenne de migrations internationales, Vol. 15 N°2. Emploi, genre et migration. pp. 95-121.

JAMOULLE P. 2002. « La débrouille des familles », in Le Portique, n°10.

KOKOREFF M. 2000. « Faire du business dans les quartiers. Éléments sur les transformations socio-historiques de l’économie des stupéfiants en milieux populaires. Le cas du département des Hauts-De-Seine », In: Déviance et société, Vol. 24 - N°4. pp. 403-423.

MISSAOUI L. 1995. « Généralisation du commerce transfrontalier : petit ici, notable là-bas », In: Revue européenne de migrations internationales, Vol. 11 N°1. Marseille et ses étrangers. pp. 53-75.

PADIOLEAU J.G., DEMESTEERE R. 1991. « Les démarches de planification stratégique des villes », in Les Annales de la recherche urbaine, n°51, p.28-39.

PERALDI M. 1999. « Marseille : réseaux migrants transfrontaliers, place marchande et économie de bazar », in Cultures & Conflits, n°33-34.

TARRIUS A. 1995. « Naissance d’une colonie : un comptoir commercial à Marseille », In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 11 N°1. Marseille et ses étrangers. pp. 21-52.

SOW A. 2001. « Africains et asiatiques dans l’économie informelle à Marseille », in H & M, n°1233.

Atlas