Gestion circulaire et résiliente de l’eau en milieu urbain : recueil de solutions pour les gouvernements locaux et régionaux

Initiative pour la résilience circulaire de l’eau en milieu urbain au Maroc

août 2025

ICLEI-Local Governments for Sustainability

Dans un monde où les villes étouffent sous le poids de la rareté des ressources et des bouleversements climatiques, l’eau s’impose comme l’un des défis les plus pressants du XXIe siècle.

Entre sécheresses prolongées, inondations dévastatrices et pollution galopante, les métropoles, en première ligne, doivent repenser leur rapport à cette ressource vitale. Ce recueil, fruit d’une collaboration internationale pilotée par ICLEI - Local Governments for Sustainability, explore 12 études de cas à travers le globe, révélant comment des approches circulaires et résilientes peuvent transformer la gestion de l’eau en milieu urbain. De Tokyo à Safi, en passant par Mexico ou Durban, ces initiatives illustrent une même conviction : l’eau n’est pas seulement une ressource à consommer, mais un cycle à préserver, une opportunité à réinventer, et un levier de développement durable pour les générations futures.

Ces études de cas offrent des enseignements précieux pour les villes marocaines, confrontées à des défis similaires en matière de stress hydrique, d’urbanisation rapide et de vulnérabilité climatique.

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Contexte et enjeux mondiaux : une crise hydrique aux multiples visages

L’eau, source de vie, est aujourd’hui au cœur d’une crise multidimensionnelle qui menace l’équilibre des sociétés modernes. Selon les Nations Unies, la moitié de la population mondiale subit une pénurie d’eau sévère au moins un mois par an, tandis qu’un quart vit dans des pays où les ressources en eau sont structurellement insuffisantes. Cette pression, particulièrement aiguë en Afrique et en Asie, s’aggrave sous l’effet conjugué du changement climatique, de l’urbanisation non maîtrisée et de pratiques de gestion non durables.

Les conséquences sont tangibles : surexploitation des nappes phréatiques, pollution industrielle des cours d’eau, infrastructures de traitement obsolètes, et vulnérabilité accrue des populations les plus pauvres, souvent privées d’accès à une eau salubre. Les événements extrêmes – sécheresses prolongées ou pluies diluviennes – deviennent la norme, révélant l’urgence d’agir. Dans ce contexte, les villes, qui concentrent désormais plus de la moitié de la population mondiale, doivent repenser leur modèle de développement pour intégrer la résilience hydrique comme pilier de leur survie et de leur prospérité.

Le Maroc, pays emblématique de ces défis, incarne à lui seul les tensions entre croissance démographique, expansion urbaine et ressources limitées. Avec une disponibilité en eau douce renouvelable de 606 m³ par habitant et par an – un chiffre appelé à chuter à 510 m³ d’ici 2050 –, le royaume se situe bien en deçà du seuil de stress hydrique fixé à 1 700 m³. Les villes marocaines, comme Casablanca ou Rabat, sont confrontées à des risques accrus de pénuries, de pollution des aquifères et de déséquilibres entre offre et demande, exacerbés par une gestion fragmentée et des infrastructures vieillissantes.

Face à cette réalité, le Maroc a fait de la gestion durable de l’eau une priorité nationale. Le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI 2020-2027), première phase du Plan national de l’eau (PNE 2020-2050), trace une feuille de route ambitieuse pour moderniser les infrastructures, promouvoir la réutilisation des eaux usées, et protéger les ressources naturelles. Parallèlement, l’élaboration en 2025 d’une feuille de route nationale pour l’économie circulaire marque une volonté de transition vers des modèles plus durables, où l’eau n’est plus un déchet, mais une ressource à valoriser.

Les principes de la gestion circulaire de l’eau : une révolution en marche

La gestion circulaire de l’eau repose sur une philosophie simple mais révolutionnaire : fermer le cycle de l’eau pour en maximiser l’efficacité et minimiser son gaspillage. Ce modèle s’articule autour de cinq piliers fondamentaux :

Les bénéfices de cette approche sont multiples : résilience accrue face aux aléas climatiques, réduction des coûts liés à l’approvisionnement en eau, amélioration de la qualité de l’environnement urbain, et création de nouvelles opportunités économiques grâce à des modèles innovants de financement et de partenariat.

Les 12 études de cas : un tour d’horizon des solutions innovantes

Les études de cas1 présentées dans ce recueil sont organisées en trois chapitres thématiques, chacun illustrant une facette distincte de la gestion circulaire et résiliente de l’eau.

(voir les 12 fiches en lien)

Lieux des études de cas

Chapitre 1 : Systèmes décentralisés, locaux et participatifs

Des solutions à petite échelle, ancrées dans les communautés, qui démontrent comment la décentralisation peut favoriser la circularité tout en renforçant l’inclusion sociale. Parmi les exemples marquants :

Chapitre 2 : Intégration urbaine et planification régénérative

Ce chapitre met en lumière des projets où l’eau devient un élément structurant de l’aménagement urbain, contribuant à la régénération écologique et à la création d’espaces publics durables. Parmi les initiatives phares :

Chapitre 3 : Systèmes circulaires centralisés et valorisation des ressources

Ce chapitre explore des solutions à grande échelle, où la réutilisation de l’eau et la valorisation des ressources deviennent des leviers de développement industriel et urbain. Parmi les exemples :

Enseignements pour les villes marocaines : des pistes concrètes pour l’action

Les études de cas présentées dans ce recueil offrent des leçons précieuses pour les villes marocaines, confrontées à des défis similaires en matière de stress hydrique, d’urbanisation rapide et de vulnérabilité climatique. Voici les principaux enseignements à retenir :


Ensemble, ces enseignements montrent que les systèmes urbains circulaires de gestion de l’eau ne sont pas seulement techniquement réalisables, mais peuvent également être économiquement viables et socialement acceptés, à condition d’être soutenus par une planification rigoureuse, une gouvernance inclusive et des cadres de financement adaptés. Pour les villes marocaines, en particulier celles en cours de développement ou de densification, ce recueil constitue une ressource pratique pour orienter leurs futurs investissements en matière de résilience hydrique.

Recommandations pour les décideurs marocains: vers une gestion durable de l’eau

Pour concrétiser ces enseignements, les décideurs marocains – qu’ils soient élus locaux, responsables de services publics ou acteurs du secteur privé – peuvent s’appuyer sur les pistes d’action suivantes :

  • Renforcer les cadres légaux et réglementaires : Adopter des ordonnances locales pour encourager la collecte des eaux pluviales, comme l’a fait la ville de Sumida au Japon, ou imposer des normes de construction vertes pour les nouveaux projets urbains. Ces mesures permettront de créer un environnement favorable à l’innovation et à l’investissement dans les infrastructures circulaires.

  • Investir dans les infrastructures vertes et bleues : Intégrer systématiquement des corridors verts, des bassins de rétention et des toitures végétalisées dans les projets d’aménagement urbain. Les exemples de Malmö (Suède) et Shenzhen (Chine) montrent comment ces infrastructures peuvent à la fois atténuer les risques d’inondation, recharger les nappes phréatiques et améliorer le cadre de vie.

  • Promouvoir les partenariats public-privé (PPP) : Encourager les collaborations entre acteurs publics et privés pour financer et exploiter des projets de gestion circulaire de l’eau. Les modèles mis en place à Safi (Maroc) ou Surat (Inde) démontrent que ces partenariats peuvent réduire les coûts, accélérer la mise en œuvre et garantir une gestion durable des infrastructures.

  • Sensibiliser et éduquer les citoyens : Organiser des campagnes de sensibilisation, des ateliers participatifs et des visites de sites pour impliquer les habitants dans la gestion de l’eau. Les initiatives menées à Sumida (Japon) ou La Quebradora (Mexique) montrent que l’acceptation sociale est un facteur clé de succès.

  • Former les acteurs locaux et renforcer les capacités institutionnelles : Investir dans la formation des techniciens, des ingénieurs et des gestionnaires pour assurer l’exploitation et la maintenance des infrastructures circulaires. Les exemples de eThekwini (Afrique du Sud) et Kénitra (Maroc) soulignent l’importance de disposer de compétences locales pour garantir la pérennité des projets.

  • Encourager l’innovation et la recherche : Soutenir les laboratoires vivants, comme celui de l’Université Ibn Tofail à Kénitra, où les étudiants, les chercheurs et les professionnels peuvent tester de nouvelles technologies et partager leurs connaissances. Ces plateformes favorisent l’émergence de solutions adaptées aux contextes locaux.

1 Les données des études de cas ont été collectées à partir de recherches documentaires et grâce au réseau mondial de partenaires, de collectivités locales et d’experts d’ICLEI, avec des consultations directes réalisées pour certains cas sélectionnés. La recherche documentaire a consisté en un examen et une analyse systématiques de la littérature grise, d’articles universitaires, de rapports et documents officiels et des documents relatifs aux projets. Pour certains cas, cette recherche a été complétée par des consultations directes avec les parties prenantes activement impliquées dans les initiatives. Pour d’autres cas, les bureaux locaux d’ICLEI travaillant avec les municipalités concernées ont été consultés afin de garantir l’exactitude, la pertinence contextuelle et l’exhaustivité des informations. Dans les cas où la littérature était abondante et où ICLEI n’avait pas de contacts directs avec le projet ou les autorités locales, la recherche documentaire seule a été jugée suffisante.

Références

En savoir plus

Sites web : iclei.org/ & iclei-europe.org/

 

 

Bibliographie

1. Banque africaine de développement. (2024). Maroc – Projet de digitalisation, de renforcement de la production et d’amélioration de la performance de l’eau potable (PDRAP) – Rapport d’évaluation du projet. www.afdb.org/sites/default/files/documents/projects-and-operations/morocco_-_drinking_water_digitisation_pdrap_par_final_-_eng1.pdf

2. Akhannouch, A. (2023). Le chef du gouvernement préside la cérémonie de signature d’un protocole d’accord et d’un contrat de concession entre le gouvernement et OCP sur la production d’eau potable par dessalement de l’eau de mer à Safi et El Jadida. Chef du gouvernement - Royaume du Maroc.www.cg.gov.ma/en/node/11313

3. Atalayar. (28 août 2023). La station de dessalement de Safi entre en service. www.atalayar.com/en/articulo/society/the-safi-desalination-plant-comes-into-operation/20230828132658190036.html

4. Climates to Travel. (s.d.). Safi, Morocco climate. Climates to Travel.www.climatestotravel.com/climate/morocco/safi

5. Elair, C., Chaham, K. R., & Hadri, A. (2023). Évaluation de la variabilité de la sécheresse dans la région de Marrakech-Safi (Maroc) à différentes échelles de temps à l’aide de SIG et de la télédétection. Science et technologie de l’eau : approvisionnement en eau. IWA Publishing. doi.org/10.2166/ws.2023.283

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7. GMT MAROC. (21 décembre 2023). The start of production for the desalination plant in the city of Safi [Début de la production de l’usine de dessalement de la ville de Safi]. gmtmaroc.com/en/the-start-of-production-for-the-desalination-plant-in-the-city-of-safi/

8. Minoubi, A., Mejjad, N., El Khalidi, K., Bouchkara, M., Fadili, A., Chaibi, M., & Zourarah, B. (2023). Répartition spatiale et évaluation du niveau de contamination des sédiments marins de la baie de Safi (côte atlantique marocaine). Oceans, 4(4), 347–361. www.mdpi.com/2673-1924/4/4/239. Novo, C. (26 mars 2024). Le dessalement au Maroc : répondre aux besoins en eau dans une région où l’eau est rare. Smart Water Magazine. smartwatermagazine.com/news/smart-water-magazine/desalination-morocco-meeting-water-demands-a-water-scarce-region

10. Pumps Africa. (17 décembre 2021). Début de la construction de la station d’épuration des eaux usées de Safi au Maroc. pumps-africa.com/construction-of-safi-wastewater-treatment-in-morocco-begins/

11. Rahhou, J. (26 août 2024). Safi, au Maroc, tire 100 % de son eau potable d’une usine de dessalement. Barlaman Today. barlamantoday.com/2024/08/26/safi-in-morocco-sources-100-of-drinking-water-from-desalination-plant/

12. Société d’Aménagement de Zenata (2014). Étude d’impact sur l’environnement naturel, humain et socio-économique. Projet d’aménagement de la ville nouvelle de ZENATA. Résumé non technique. www.ebrd.com/home/work-with-us/projects/psd/54662.html