Station d’épuration Living Lab de l’université Ibn Tofail (Maroc)
Gestion circulaire et résiliente de l’eau en milieu urbain
août 2025
ICLEI-Local Governments for Sustainability
À Kénitra, l’Université Ibn Tofail (UIT) a transformé son campus en un laboratoire vivant de gestion circulaire de l’eau, alliant traitement des eaux usées, réutilisation pour l’irrigation et éducation environnementale.
Lancé en 2019, ce projet pionnier montre comment une institution académique peut devenir un acteur clé de la résilience hydrique locale, tout en formant la prochaine génération d’experts en gestion durable de l’eau.
Porté par une collaboration entre chercheurs, étudiants et professionnels, ce projet illustre l’importance de l’innovation et de la sensibilisation pour répondre aux défis hydriques.
Cette fiche résume une des 12 études de cas du document : Gestion circulaire et résiliente de l’eau en milieu urbain
Kénitra, chef-lieu de la province du même nom, est une ville portuaire située à l’embouchure du fleuve Sebou, près de la zone humide de Marjat Al Fouwarate (inscrite sur la liste RAMSAR). Avec 507 736 habitants (2024) et plus de 50 000 utilisateurs d’eau sur le campus de l’Université Ibn Tofail (UIT), la ville est confrontée à une demande croissante en eau, une pollution des eaux de surface et souterraines, et une pression sur les ressources locales. Son économie mixte, combinant une agriculture intensive, une activité industrielle en expansion et un campus universitaire en pleine croissance, exerce une forte pression sur les ressources en eau. La situation géographique de la ville, dans une zone historiquement marécageuse, la rend particulièrement vulnérable aux inondations saisonnières, un problème exacerbé par l’expansion urbaine et l’insuffisance des infrastructures de gestion des eaux pluviales.
La Station d’épuration Living Lab de l’UIT, lancée en 2019, est un projet pilote visant à renforcer la résilience hydrique du campus tout en servant de plateforme éducative et de recherche. Développée par l’Université Ibn Tofail et son Laboratoire des Procédés de Séparation, cette initiative combine traitement des eaux usées, réutilisation pour l’irrigation, réduction de la pollution et sensibilisation à la gestion durable de l’eau. L’objectif est de créer un système autonome où les eaux usées sont traitées et réutilisées sur place, réduisant ainsi la dépendance aux ressources en eau douce et contribuant à la durabilité environnementale du campus.
Solutions mises en œuvre
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Station d’épuration à bioréacteur à membrane (BAM) : Ce système compact et décentralisé combine un traitement biologique et une filtration membranaire pour traiter efficacement les eaux usées des laboratoires et des bâtiments du campus. La membrane d’ultrafiltration comprend deux types de membranes : une membrane à fibres creuses et une membrane plane.
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Réutilisation des eaux traitées : Environ 500 m³ d’eaux usées sont traités chaque jour, soit un total d’environ 170 000 m³ en 2024. L’eau traitée est utilisée pour irriguer 25 % des espaces verts du campus (environ 5 ha), réduisant ainsi la consommation d’eau potable de 70 %.
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Laboratoire vivant : Le site sert de centre de démonstration et de formation pour les étudiants et les professionnels. Il favorise l’apprentissage pratique, le renforcement des capacités et le transfert de connaissances dans le domaine des technologies durables de traitement de l’eau.
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Réseau d’irrigation souterrain et réservoir de stockage de 40 m³ : Permettent une distribution efficace de l’eau traitée pour l’irrigation.
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Unité de désinfection au chlore : Traite l’eau stockée avant sa redistribution pour garantir une qualité conforme aux normes.
Résultats clés
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Amélioration de la capacité de traitement des eaux usées : L’unité de traitement BAM traite environ 500 m³ d’eaux usées par jour, soit un total d’environ 170 000 m³ d’eau traitée en 2024.
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Réduction de la demande en eau potable : Les 170 000 m³ d’eau traitée produits par l’unité BAM sont utilisés pour irriguer 25 % de la superficie totale des espaces verts de l’université, réduisant ainsi la consommation d’eau potable de 70 %.
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Amélioration de la qualité de l’eau : Le traitement et la réutilisation des eaux usées, conformément aux normes de qualité de l’eau, ont considérablement réduit la pollution des eaux de surface et souterraines.
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Éducation et renforcement des capacités : Le site accueille chaque année plus de 10 ateliers techniques et visites, auxquels participent plus de 90 personnes, notamment des étudiants en ingénierie et en sciences de l’environnement.
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Durabilité et autonomie : L’université a atteint l’autonomie dans le traitement local de ses eaux usées, améliorant ainsi la durabilité opérationnelle et réduisant sa dépendance vis-à-vis des services municipaux.
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Efficacité énergétique : Le système BAM fonctionne avec une consommation d’énergie d’environ 0,2 kWh/m³ d’eau traitée, soit une consommation annuelle de 33 230,87 kWh en 2024, considérablement plus efficace que les systèmes conventionnels (0,3-0,5 kWh/m³).
Impacts climatiques et environnementaux
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Atténuation du changement climatique : Le système BAM, en réduisant la consommation d’énergie par rapport aux systèmes conventionnels, contribue à diminuer l’empreinte carbone de l’université. En traitant localement les eaux usées, le projet évite également le besoin de transporter l’eau sur de longues distances, une opération énergivore.
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Adaptation et résilience climatique : La réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation réduit la pression sur les ressources en eau douce, essentielle dans un contexte de stress hydrique croissant. De plus, l’autonomie en traitement des eaux usées renforce la résilience du campus face aux pénuries d’eau ou aux perturbations des services municipaux.
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Protection des écosystèmes : En réduisant les rejets d’eaux usées non traitées dans le fleuve Sebou et les nappes phréatiques, le projet contribue à préserver la qualité des eaux de surface et souterraines, protégeant ainsi les écosystèmes locaux et la biodiversité.
Facteurs de réussite
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Valeurs :
₋ Approche intégrée combinant traitement des eaux usées, réutilisation, éducation et recherche appliquée.
₋ Reconnaissance de l’importance de la gestion durable de l’eau pour la résilience locale et la protection de l’environnement.
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Connexions :
₋ Connexions physiques : Le système BAM et les infrastructures associées (réservoir, réseau d’irrigation) créent un système intégré où l’eau est traitée, stockée et réutilisée sur place.
₋ Connexions sociales : Collaboration entre l’université, les chercheurs, les étudiants et les professionnels du secteur de l’eau. Le site sert de plateforme d’échange et d’apprentissage, renforçant les liens entre la théorie et la pratique.
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Investissements :
₋ Coût total du projet : 8 millions de dirhams (environ 760 000 euros).
₋ Retour sur investissement : Les économies réalisées sur la consommation d’eau potable et les coûts de traitement permettent un amortissement rapide du projet.
Réplicabilité pour le Maroc
Ce modèle pourrait être reproduit dans d’autres universités ou zones industrielles marocaines, comme à Casablanca, Marrakech ou Fès, où la pression sur les ressources en eau est forte et où les infrastructures de traitement des eaux usées sont souvent insuffisantes. En combinant traitement décentralisé, réutilisation et formation, ce projet montre comment les institutions peuvent devenir des moteurs de la transition vers une économie circulaire de l’eau.
Par exemple, à Marrakech, où les hôtels et les complexes touristiques consomment de grandes quantités d’eau, l’adoption de systèmes similaires permettrait de réduire la demande en eau potable tout en sensibilisant les professionnels du secteur à une gestion plus durable. De même, dans les zones industrielles, comme à Casablanca, ce modèle pourrait aider à traiter et réutiliser les eaux usées pour des processus non potables, réduisant ainsi la pression sur les ressources naturelles et les coûts opérationnels.
Références
Document en ligne, voir de la page 54 à la page 66 : Gestion circulaire et résiliente de l’eau en milieu urbain
En savoir plus
Sites web : iclei.org/ & iclei-europe.org/
Bibliographie :
1. Fanack Water. (n.d.). Water management in Morocco [La gestion de l’eau au Maroc]. water.fanack.com/morocco/water-management-in-morocco/
2. Université Ibn Tofail. (22 mars 2024). Ibn Tofail University’s commitment to water stress challenges: Pioneering solutions for sustainable water management [L’engagement de l’université Ibn Tofail face aux défis liés au stress hydrique : des solutions pionnières pour une gestion durable de l’eau]. sd.uit.ac.ma/ibn-tofail-universitys-commitment-to-water-stress-challengespioneering-solutions-for-sustainable-water-management/
3. Université Ibn Tofail. (n.d.). Économie circulaire de l’eau : Made in Morocco. sd.uit.ac.ma/economie-circulaire-de-leau-made-in-morocco/
4. Université Ibn Tofail. (n.d.). Station de dépuration et de recyclage des eaux usées de l’Université Ibn Tofail. sd.uit.ac.ma/station-depuration-et-de-recyclage-des-eaux-usees-de-luniversite-ibn-tofail/
5. Université Ibn Tofail. (s.d.). Water Technology Platform [Plateforme technologique de l’eau]. sd.uit.ac.ma/watertechnologyplatform/
6. Pays membres de l’OMM. (2023). WMO Climatological Standard Normals for 1991–2020: Kenitra station (CSV) (NCEI Accession 0253808) [Dataset]. National Centers for Environmental Information [Normales climatologiques de l’OMM pour 1991-2020 : station de Kénitra (CSV) (NCEI Accession 0253808) [Ensemble de données]. Centres nationaux d’information environnementale.] water.nature.org/waterblueprint/city/casablanca/
7. Banque mondiale. (2017). Managing Urban Water Scarcity in Morocco. Annexes to sections 2–4 [Gérer la pénurie d’eau en milieu urbain au Maroc. Annexes aux sections 2-4]. documents1.worldbank.org/curated/en/820871516882762722/pdf/122698-WP-v2-PUBLIC-anneces-to-sections-2-to-4.pdf