Comment les villes agissent face aux énergies fossiles

Principes pour l’élaboration de feuilles de route locales visant à sortir des énergies fossiles

2026

C40 Knowledge Hub

Alors que 70 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre proviennent des zones urbaines, les villes deviennent des actrices incontournables pour accélérer la sortie des énergies fossiles.

Face à l’urgence climatique, à la pollution de l’air et à l’instabilité des prix de l’énergie, les municipalités du réseau C40 montrent l’exemple en repensant leurs infrastructures, leurs finances et leurs politiques publiques.

Ce rapport, publié en 2026, propose un cadre d’action concret pour aider les villes à élaborer des feuilles de route locales ambitieuses, alignées sur l’Accord de Paris. Entre innovations technologiques, justice sociale et coopération internationale, les métropoles prouvent que la transition est non seulement nécessaire, mais aussi bénéfique pour la santé, l’emploi et la résilience économique.

À télécharger : how_cities_take_action_on_fossil_fuels_-_principles_for_local_roadmaps_to_transition_away_from_fossil_fuels.pdf (9,6 Mio)

Les villes en première ligne de la transition énergétique : comment sortir des énergies fossiles ?

Un constat urgent : les énergies fossiles, un fléau mondial

La crise climatique est indissociable de notre dépendance aux énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz). Ces dernières représentent la source principale des émissions de CO₂ et des polluants atmosphériques, avec des conséquences dramatiques : millions de morts prématurées, prix de l’énergie volatils et événements météorologiques extrêmes. Pourtant, malgré un consensus politique mondial (illustré par l’engagement historique de la COP28 en 2023 : vers une sortie des énergies fossiles)1, les blocages persistent (voir p. 5 du rapport).

Les villes, qui concentrent 70 % des émissions mondiales, ont un rôle clé à jouer. Leur pouvoir d’action est multiforme : règlements urbains (normes de construction, électrification des transports), finances locales (investissements dans les énergies renouvelables), ou encore programmes de formation pour les emplois verts. Pourtant, elles ne peuvent agir seules : un soutien accru des États est indispensable pour débloquer les financements et moderniser les systèmes énergétiques.

Des principes d’action pour une transition juste et efficace

Pour transformer leurs Plans Climat (CAPs)2 en feuilles de route crédibles de sortie des énergies fossiles, C40 propose trois principes directeurs (voir p. 8-9) :

Ces leviers doivent être mobilisés de concert pour éliminer progressivement le soutien aux énergies fossiles et accélérer l’adoption des énergies renouvelables.

Six axes d’action concrets pour les villes

Le rapport détaille six domaines d’intervention prioritaires (voir p. 11) :

  1. Un dialogue sincère sur les énergies fossiles : sensibiliser les citoyens et les entreprises aux impacts catastrophiques des énergies fossiles et aux bénéfices de la transition (air plus pur, factures réduites, emplois verts). Les villes peuvent s’appuyer sur des données locales (comme le programme Breathe Cities4 à Accra, Bogotá et Bangkok) ou engager des actions en justice (ex. : Londres a soumis des preuves pour contester les plans de qualité de l’air du Royaume-Uni, menant à la création de Zones à Faibles Émissions dans d’autres villes anglaises).

  2. Des carburants abordables, sûrs et fiables : accélérer la transition vers des systèmes électriques et renouvelables dans les bâtiments, les transports et l’industrie. Par exemple, New Delhi a interdit le charbon pour le chauffage domestique, tandis que Seattle offre des audits énergétiques gratuits pour les ménages à faible revenu.

  3. Des approvisionnements énergétiques modernes : développer des réseaux énergétiques locaux basés sur les énergies renouvelables, en collaboration avec les entreprises, les gouvernements régionaux et les travailleurs. Amsterdam a ainsi élaboré une « Vision de Transition Thermique » pour sortir du gaz fossile d’ici 2040 (voir p. 19).

  4. Des infrastructures adaptées à l’avenir : éviter les investissements dans des infrastructures fossiles (centrales, pipelines, terminaux) et reconvertir les sites existants vers des usages renouvelables. New York a ainsi interdit l’extension des infrastructures liées aux énergies fossiles par l’Executive Order 52 (2020)5.

  5. Des actifs et opérations municipaux exemplaires : les villes doivent montrer l’exemple en électrifiant leurs propres bâtiments, véhicules et équipements. Oslo a réduit de 90 % les émissions de ses actifs municipaux depuis 2012, grâce à une budgétisation climatique stricte.

  6. Une indépendance financière vis-à-vis des énergies fossiles : rompre les liens financiers avec les industries fossiles (publicités, partenariats, investissements). Amsterdam a été la première ville à interdire la publicité pour les énergies fossiles en 2020, suivie par Sydney (2022) et Stockholm (2026).

@ C40 Cities

Défis et solutions pour débloquer l’action

Malgré leur volonté d’agir, les villes font face à des obstacles majeurs : manque de budgets, dépendance économique aux fossiles, soutien insuffisant des États, ou encore désinformation (voir p. 27). Pour les surmonter, C40 propose plusieurs pistes :

Conclusion : les villes, fer de lance d’une transition mondiale

Ce rapport de C40 démontre que les villes ont déjà les outils pour accélérer la sortie des énergies fossiles. En combinant leadership local, innovation et coopération internationale, elles peuvent réduire leurs émissions, améliorer la qualité de l’air, créer des emplois verts et renforcer leur résilience économique.

Cependant, pour passer à l’échelle, un soutien renforcé des États est indispensable : financements adaptés, cadre réglementaire favorable et reconnaissance du rôle clé des villes dans la transition énergétique.

Comme le souligne le rapport,  »la transition juste n’est pas un sacrifice, mais une opportunité«  pour construire des villes plus saines, plus équitables et plus prospères.

1 La COP28 s’est tenue du 30 novembre au 12 décembre 2023 à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Elle a marqué un tournant en actant pour la première fois un appel à une transition hors des énergies fossiles dans les systèmes énergétiques, tout en dressant le premier bilan mondial de l’Accord de Paris.

2 Plan Climat (souvent désigné sous l’acronyme PCAET pour Plan Climat-Air-Énergie Territorial) est un projet local de développement durable. Obligatoire en France pour les intercommunalités de plus de 20 000 habitants, il vise à réduire les gaz à effet de serre, adapter la région au changement climatique et améliorer la qualité de l’air.

3) GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

4) Breathe Cities est une initiative mondiale de 45 millions de dollars lancée pour réduire la pollution de l’air et les émissions de carbone dans 16 grandes villes du monde.

5) Signé par le maire de New York, Bill de Blasio, le 6 février 2020, DÉCRET N° 52 engage la ville à mettre fin à l’extension des infrastructures liées aux énergies fossiles, telles que les nouveaux gazoducs, les terminaux de transbordement et les capacités de production d’électricité à partir de combustibles fossiles, afin d’atteindre les objectifs climatiques de l’Accord de Paris.

6) Traité sur la non-prolifération des combustibles fossiles est une initiative internationale lancée en 2019 par des États insulaires du Pacifique. Il vise à compléter l’Accord de Paris en fixant un cadre contraignants pour stopper l’expansion du charbon, du pétrole et du gaz, organiser la sortie de leur production et assurer une transition juste

Références

En savoir plus

C40 Cities : www.c40.org/