L’agroécologie au service de la résilience agricole (Maroc)
agosto 2021
Agence pour l’Environnement et la Maîtrise de l’Energie (ADEME)
Dans la région du Pré-Rif au Maroc, les phénomènes météorologiques extrêmes — sécheresses, vagues de chaleur et pluies torrentielles — menacent la souveraineté alimentaire et la biodiversité, tandis que l’exode rural prive les communautés locales de leur jeunesse.
La ferme pédagogique de Kissane et la coopérative Ariaf Kissane ont été les pionnières de l’agroécologie en tant que solution holistique, alliant savoirs traditionnels et techniques modernes pour restaurer la fertilité des sols, préserver les semences autochtones (comme l’épeautre nain et l’Origanum compactum) et créer des alternatives économiques (apiculture, agrotourisme).
Depuis 2002, cette initiative ascendante a non seulement renforcé la résilience face aux chocs climatiques, mais a également inversé les tendances migratoires en offrant des moyens de subsistance viables dans le secteur agricole. Son succès démontre comment l’agriculture durable peut revitaliser les économies rurales tout en protégeant les écosystèmes.
Para descargar: capitalisation-cc-adaptation-practices-mediterranean-011449b-projectfolio-en.pdf (3,2 MiB)
En quoi cette initiative contribue-t-elle à l’adaptation du territoire au changement climatique ?
Les phénomènes météorologiques extrêmes menacent la souveraineté alimentaire et la sécurité alimentaire
Le Pré-Rif est une région montagneuse très fragile, qui subit les effets de plus en plus marqués du changement climatique. Les averses intenses et de courte durée sont de plus en plus fréquentes, entrecoupées de longues périodes de chaleur excessive et de sécheresse sévère.
Les cycles de vie des plantes sont perturbés par des retards dans les semis, et les cultures souffrent d’un stress hydrique qui menace la sécurité et la souveraineté alimentaires. Il convient également de souligner la dégradation de la biodiversité locale, ainsi que la forte érosion des sols, toutes deux causées par des facteurs anthropiques et climatiques.
Les facteurs économiques, sociaux et environnementaux pèsent également sur le territoire
De nombreux jeunes quittent les zones rurales : ils se détournent de l’agriculture locale et s’installent dans les villes voisines (Meknès, etc.) ou mettent leurs compétences agricoles au service d’exploitations situées ailleurs, car cela leur offre la possibilité de trouver un emploi rémunéré. D’autres quittent le secteur agricole pour travailler dans la confection de caftans (hommes et femmes).
De plus, les savoir-faire agricoles, culinaires et artisanaux se perdent progressivement, tandis que les semences traditionnelles sont remplacées par des semences hybrides, moins résistantes aux conditions climatiques locales. Par ailleurs, l’utilisation d’engrais chimiques a considérablement augmenté. Ces facteurs, combinés aux conséquences du changement climatique, pèsent lourdement sur ce territoire.
L’agroécologie, une forme de résilience locale
Le projet s’est concentré sur l’agriculture durable, sans recours à aucun produit chimique, comme clé de la résilience dans cette région, d’un point de vue écologique (enrichissement des sols, résistance au changement climatique), social et économique (main-d’œuvre nécessaire). Le projet visait également à mettre en œuvre une stratégie visant à impliquer les jeunes de la région, en suscitant leur intérêt et en redonnant aux agriculteurs et aux travailleurs agricoles leur rôle légitime. Dans cette région où l’agriculture prédomine depuis des générations, le rôle et le savoir-faire de l’agriculteur constituent des piliers essentiels du système local, bien que l’utilisation de produits chimiques ait remis en cause ces compétences. Un retour aux techniques agricoles traditionnelles s’impose donc, en recourant à des techniques agroécologiques améliorées.
Coup de projecteur sur le projet
Objectif
Développer le territoire grâce à une agriculture durable et résiliente.
Contexte
La commune rurale de Kissane est située dans la région marocaine du Pré-Rif. Elle fait partie du cercle de Rhafsai, dans la province de Taounate.
La région est principalement consacrée à l’agriculture et à l’oléiculture. La commune est isolée dans les montagnes, et son économie locale souffre des effets de plus en plus marqués du changement climatique. De plus, la région a été touchée par une grave dégradation environnementale et de nombreux jeunes ont quitté la région à la recherche d’opportunités.
Ce projet poursuit plusieurs objectifs, notamment : préserver les terres, mettre en valeur les produits agricoles en voie de disparition et encourager le développement d’activités génératrices de revenus pour les agriculteurs de la région du Pré-Rif. La priorité était de former les agriculteurs à l’agroécologie, afin de leur permettre d’utiliser ces techniques alternatives plutôt que les méthodes de culture actuelles.
Description technique
Cette initiative est un projet de développement intégré, composé de trois sous-projets complémentaires :
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Un projet d’apiculture individuelle ;
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Un projet familial de ferme pédagogique en agroécologie visant à atteindre l’autosuffisance alimentaire et énergétique ;
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Un projet communautaire de coopérative agricole axé sur la production d’huile d’olive de qualité supérieure, équipée d’un pressoir à deux phases permettant d’extraire l’huile d’olive selon un procédé respectueux de l’environnement. Parallèlement, le projet met en œuvre des stratégies visant à :
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Renforcer les capacités de la population (sensibilisation, formation) ;
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Promouvoir l’agrotourisme afin de développer le territoire et de le rendre plus attractif ;
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Fidéliser les jeunes ;
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Créer des coopératives ;
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Préserver les cultures traditionnelles (petit épeautre et Origanum compactum).
Territoire concerné : commune rurale de Kissane, province de Taounate, Pré-Rif marocain
Porteurs de l’initiative :
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Ferme pédagogique d’Ariaf Kissane
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Coopérative agricole
Partenaires :
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Agence de développement du Nord du Maroc
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Initiative nationale
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de développement humain (INDH)
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Agriculteurs locaux
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Slow Food
Calendrier :
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2002 : lancement du projet apicole
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2006 : ferme pédagogique agroécologique - création de la coopérative
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2013 : agrément de la FAO pour la certification biologique
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2017 : acquisition d’une décortiqueuse pour l’épeautre nain
Ressources humaines:
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22 membres de la coopérative
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8 salariés permanents à la ferme, ainsi que du personnel saisonnier
Ressources financières : 920 000 dirhams (INDH, ministère de l’Agriculture, Agence de développement du Nord du Maroc, prêts privés) et fonds propres
Quels sont les résultats concrets ?
Mesures visant à favoriser la biodiversité locale
La formation en agroécologie dispensée à des groupes de femmes, à des agriculteurs, à des apiculteurs et à des sélectionneurs, tant à la ferme qu’au sein de la coopérative, a permis la mise en œuvre de plusieurs types de projets, notamment :
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La plantation, à la ferme, d’une grande variété d’arbres (15 variétés différentes de figuiers, des vergers d’agrumes, des caroubiers), d’herbes aromatiques et de plantes médicinales, bien adaptées au changement climatique. Les échanges de semences ont permis de cultiver des variétés provenant du monde entier ;
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La multiplication, à la ferme, d’Origanum compactum, une plante sauvage endémique qui était en voie de disparition dans la région.
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La plantation de haies pour les abeilles et les petits animaux dans les potagers ;
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La préservation et la mise en valeur des semences agricoles locales, en particulier l’épeautre nain, désormais cultivé par plusieurs semeuses. Cette variété de céréale est cultivée à la ferme et commercialisée par la coopérative.
Promouvoir un secteur qui contribue à la vitalité locale
Le renforcement des capacités de la population locale a permis de réduire l’exode rural et d’encourager les jeunes à travailler sur place et à innover dans des activités respectueuses de l’environnement. Quatre hommes et quatre femmes sont employés à temps plein à la ferme pédagogique, auxquels s’ajoute du personnel saisonnier.
La coopérative Ariaf Kissane, qui regroupe 22 personnes, a contribué à améliorer l’employabilité des jeunes, puisque le bureau de la coopérative est géré par des jeunes ayant suivi une formation en comptabilité, afin d’assurer la viabilité financière de l’organisation.
La coopérative permet également la commercialisation des produits et a amélioré leur qualité. Les membres de la coopérative sont fiers d’en faire partie, et leurs revenus ont augmenté de 30 à 40 % en moyenne depuis leur adhésion. Le pressage des olives nécessite désormais moins d’eau. De plus, l’eau de pressage obtenue n’est pas toxique et est utilisée à la ferme comme biofertilisant (après un processus de dilution contrôlé). La pulpe d’olive est utilisée pour le chauffage ou revendue en cas d’excédent. Cette méthode améliore ainsi la fertilisation des cultures et réduit le gaspillage.
Perspectives : le tourisme, un atout pour l’agriculture
Les acteurs locaux sont favorables au développement de l’agrotourisme dans la région, afin de favoriser le développement rural, mais ils sont pour l’instant confrontés à des contraintes en matière de capacité d’hébergement et d’installations sanitaires. Le tourisme pourrait apporter des revenus supplémentaires aux jeunes et les inciter à s’installer dans la région.
La nécessité de fixer des objectifs de résultats
Une expertise scientifique aurait été utile pour soutenir les initiatives menées, afin de démontrer que l’agroécologie est utile et a un effet positif sur les rendements agricoles, et pour démocratiser ces pratiques.
| Témoignage d’un participant : « J’ai 34 ans, je viens d’une famille d’agriculteurs et je travaille à la ferme depuis deux ans en tant que “maître du compost”. J’ai appris plusieurs techniques d’agroécologie, que je transmets à d’autres, y compris à mon père. » Driss, employé à temps plein à la ferme pédagogique |
Pérennité de l’initiative
L’agroécologie, ainsi que l’intérêt manifesté par la population locale pour ce type d’agriculture, ont incité le ministère de l’Agriculture à cesser de proposer des formations sur les produits chimiques (pesticides) aux agriculteurs de la région de Khartali. Des projets visant à développer l’agrotourisme dans la région (gîtes de montagne) et des activités nautiques de loisirs sur les rives du réservoir du barrage d’Al-Wabda, où se trouve désormais cette ferme, sont actuellement à l’étude.
Quelles sont les conditions de réussite ?
Facteurs clés de réussite
Pour qu’un projet de ce type soit couronné de succès, les conditions suivantes doivent être réunies :
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Bien connaître le territoire,
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Ne pas avoir peur de l’échec, mener des expériences, faire preuve de dynamisme,
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Rechercher en permanence des informations sur les techniques respectueuses de l’environnement,
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Renforcer les capacités et transmettre les connaissances,
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Travailler en réseau,
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Être méticuleux, tenir une comptabilité à jour et gérer efficacement la coopérative.
L’un des atouts du projet réside dans le fait que la porte-parole de l’initiative est originaire de la région, qu’elle possède un diplôme de l’enseignement supérieur et qu’elle a déjà travaillé dans le secteur agroalimentaire. Elle dispose ainsi d’une meilleure connaissance du territoire et de ses difficultés croissantes, ainsi que d’une vision plus précise du potentiel de la région et des projets susceptibles de favoriser le développement local.
De plus, elle jouit d’une légitimité auprès des membres de la communauté locale, qui font appel à elle pour obtenir des conseils. Enfin, son expérience lui a fourni les arguments nécessaires pour mener à bien certaines initiatives de collecte de fonds ou pour remplir des demandes d’autorisations.
Par ailleurs, son implication et son travail au sein d’un réseau de personnes partageant la même vision et les mêmes valeurs (Terre et Humanisme, Slow Food) ont permis :
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L’échange d’expertise, de connaissances et de compétences,
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La communication autour du projet,
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Une rayonnement national et international.
L’isolement géographique du territoire est à la fois une force et une faiblesse : bien qu’il permette de préserver plusieurs cultures locales grâce à l’agroécologie, l’accès à l’éducation, aux soins de santé et aux débouchés commerciaux est limité. Enfin, le soutien apporté à l’agriculture « biologique » par le ministère de l’Agriculture est très limité. Par exemple, contrairement à l’agriculture conventionnelle, ce secteur ne bénéficie d’aucune subvention.
Arguments en faveur de l’adaptation
L’agroécologie est une technique efficace pour lutter contre l’érosion des sols et améliorer l’adaptation aux aléas climatiques. En tant que partie intégrante d’un projet de développement rural, elle renforce les capacités d’adaptation de la population locale grâce à des activités durables et respectueuses de l’environnement.
Enseignements utiles pour des initiatives similaires
Le projet repose sur des initiatives personnelles, ainsi que sur un important travail bénévole.
La population locale a réussi à créer une dynamique dans la région et élabore actuellement des plans d’action pour promouvoir son territoire tant au niveau national qu’international.
Referencias
Document de l’ADEME : Capitalisation on climate change adaptation practices in the mediterranean area. Project portfolio - Capitalisation des pratiques d’adaptation au changement climatique dans la région méditerranéenne. Portefeuille de projets
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Contact
Souhad Azennoud, animatrice en agroécologie et apicultrice Étude réalisée par Zhor Lebbar, AGROCONCEPT