La gestion de l’eau dans la commune de Menjez (Liban)

agosto 2021

Agence pour l’Environnement et la Maîtrise de l’Energie (ADEME)

À Menjez, un village rural du nord du Liban, le changement climatique aggrave la pénurie d’eau : on prévoit une baisse des précipitations de 4 à 11 % d’ici 2100, tandis que la hausse des températures menace l’agriculture et l’approvisionnement en eau potable. Depuis 2012, la municipalité a mis en place une approche progressive et pilotée par la communauté visant à passer d’une dépendance aux eaux souterraines à l’utilisation des eaux de surface, abordant ainsi à la fois l’accès à l’eau et l’efficacité énergétique.

Grâce à six projets interdépendants — notamment un lac de collecte des eaux de pluie d’une capacité de 60 000 m³, des réseaux d’irrigation et des systèmes d’osmose inverse —, Menjez a diversifié ses ressources en eau, réduit l’exploitation des nappes phréatiques et créé de nouvelles opportunités économiques (culture de l’avocat, écotourisme). Ce modèle ascendant montre comment l’ingéniosité locale et les financements internationaux peuvent transformer la gestion de l’eau en un catalyseur de développement circulaire.

Para descargar: capitalisation-cc-adaptation-practices-mediterranean-011449b-projectfolio-en.pdf (3,2 MiB)

En quoi cette initiative contribue-t-elle à l’adaptation du territoire au changement climatique ?

Au Liban, une baisse massive des niveaux d’eau se profile à l’horizon

Avec une hausse des températures prévue de 1,5 °C d’ici 2050 et de +3,2 °C d’ici la fin du siècle, les précipitations au Liban devraient diminuer respectivement de -4 % et -11 %. Il convient de noter que, dès aujourd’hui, les ressources en eau par habitant du Liban le placent juste au-dessus du seuil de stress hydrique. La baisse des précipitations aura de graves répercussions tant sur la recharge des nappes phréatiques que sur le débit des sources, des rivières et des ruisseaux. Cette situation sera aggravée par des périodes de sécheresse plus longues (+9 jours en 2050, +18 jours en 2100).

Un défi pour l’agriculture

Ces changements climatiques auront des répercussions sur l’eau : non seulement ils pèseront sur l’approvisionnement en eau potable de la population, mais ils affecteront aussi très gravement les activités agricoles. L’agriculture subira d’ores et déjà les effets de la hausse des températures, qui entraînera l’apparition de nouvelles maladies, de champignons et d’insectes, ainsi qu’une baisse des rendements agricoles. Cependant, une diminution des précipitations aura également d’autres conséquences : la teneur en humidité des sols baissera, les rendant moins fertiles, et il y aura moins d’eau disponible pour l’irrigation. À l’heure actuelle, l’irrigation est le principal consommateur d’eau au Liban (61 %). De plus, 70 % des canaux d’irrigation sont à ciel ouvert, ce qui les rend inefficaces.

Des défis institutionnels et opérationnels importants

Dans les zones rurales, où les activités agricoles constituent encore la principale source de revenus de la population, il est essentiel de rendre les pratiques agricoles plus durables en termes d’eau et mieux adaptées au changement climatique. Cependant, cela implique de relever un nombre important de défis :

Ce n’est pas une perspective facile au Liban, où les infrastructures sont obsolètes et où la priorité est accordée aux réseaux d’approvisionnement en eau des grandes villes. De plus, les institutions publiques chargées de l’eau potable et de l’irrigation – les autorités régionales de l’eau – sont trop faibles, tant sur le plan institutionnel que financier, pour s’attaquer aux problèmes d’irrigation dans les zones rurales périphériques comme Menjez. La définition des prérogatives institutionnelles, entre les autorités de l’eau et les collectivités locales, entrave également l’action municipale sur les questions liées à l’eau au Liban.

Derrière l’eau et l’irrigation se cache un défi énergétique

Outre la disponibilité de l’eau, l’irrigation reposant sur le captage des eaux souterraines à l’aide de forages se heurte également à des problèmes énergétiques. À mesure que le niveau de la nappe phréatique baisse, les pompes ont besoin de plus d’électricité pour extraire l’eau, ce qui entraîne des coûts financiers et de la pollution. C’est pourquoi il est nécessaire de développer un système d’utilisation durable de l’eau basé sur les eaux de surface.

Pleins feux sur le projet

Objectif

Utiliser les eaux de surface plutôt que les eaux souterraines pour répondre aux besoins du village en eau potable et en irrigation

Contexte

Menjez est un village rural d’une superficie de 6 km², comptant 800 habitants. Il est situé dans le gouvernorat d’Akkar, au nord du Liban, à la frontière syrienne. La culture des oliviers constitue la principale activité agricole de la région, à laquelle se sont ajoutées plus récemment la culture des avocats, des caroubes, etc.

Menjez dispose d’abondantes ressources naturelles, notamment des zones boisées, ainsi que d’un riche patrimoine archéologique : 80 monuments funéraires mégalithiques de l’âge du bronze, un temple romain et un fort des croisés. Menjez compte deux cours d’eau principaux. D’un côté, le fleuve Nahr Al-Kabir marque la frontière avec la Syrie, et de l’autre, la rivière Menjez traverse le village. La source de cette rivière a toujours alimenté le village en eau et permis l’irrigation des terres agricoles. Cependant, la rivière et sa source sont polluées depuis des années par la formation, en amont de la source, d’un étang boueux aux eaux insalubres. Cela a affecté à la fois l’accès à l’eau de la population et les activités agricoles du village. De nombreux foyers et agriculteurs ont donc eu recours à des forages illégaux et non officiels pour pomper directement l’eau des nappes phréatiques afin de subvenir à leurs besoins.

La commune de Menjez a été créée en 2012. En peu de temps, elle a réussi à mettre en place un nombre impressionnant de projets couvrant les domaines de l’énergie, de la sylviculture, du tourisme, de la protection contre les incendies et de l’agriculture. Elle a toutefois accordé une attention particulière aux questions liées à l’eau, avec le développement de six projets en huit ans.

Description technique

Bien qu’ils n’aient pas été initialement conçus comme un projet global unique, ces six projets progressifs forment désormais un ensemble structuré que la commune appelle son « plan d’action » :

Territoire concerné  : village de Menjez (zone rurale frontalière au nord du Liban)

Porteurs de l’initiative  : municipalité de Menjez

Calendrier  : six projets depuis 2012

Partenaires  : Partenaires financiers internationaux (UE, USAid, FIDA, GIZ, JICA, Fondation Coca-Cola, etc.), organisations internationales (PNUD, UNICEF, etc.), universités et ONG locales

Ressources humaines  : La municipalité compte 7 employés, dont un employé à temps plein chargé des questions liées à l’eau. Des experts techniques sont sollicités lors de la mise en œuvre des projets. De plus, le maire joue un rôle très actif.

Ressources financières

  • Coût total : près de 800 000 dollars, financé principalement par des fonds internationaux de développement, avec un soutien partiel de l’

  • État et de la commune elle-même

Quels sont les résultats concrets ?

Diversification des ressources en eau

Les résultats des actions menées par la commune en matière d’eau sont clairement visibles. Pour la première fois depuis des décennies, le village peut compter sur un réseau fiable qui alimente les foyers en eau 24 heures sur 24, ainsi que sur un système d’irrigation qui satisfait les agriculteurs titulaires de droits sur la source de Menjez et s’étend à de nouvelles zones qui n’étaient pas irriguées auparavant. Tout cela a été réalisé parallèlement à une réduction de la dépendance vis-à-vis des eaux souterraines.

Vers plus de complémentarité et un développement circulaire

Les projets hydrauliques à Menjez, ainsi que les interactions entre le système de gestion de l’eau et d’autres secteurs (énergie, protection contre les incendies, tourisme, agriculture, sylviculture, etc.), contribuent à une approche transversale et circulaire du développement.

De nouvelles opportunités économiques

Ces projets ont eu un impact significatif sur l’économie locale. Suite au développement de ces projets hydrauliques, notamment en matière d’irrigation, on observe désormais à Menjez de nouvelles cultures irriguées, en particulier des avocats et des caroubes. L’irrigation de nouvelles terres permet une exploitation plus intensive de celles-ci. De plus, le lac de collecte des eaux de pluie est considéré comme une opportunité, car il a permis le développement de certaines activités touristiques au bord du lac ; en effet, il existe déjà un petit musée consacré aux monuments funéraires mégalithiques.

Moins de pression sur les réserves d’eau souterraines

Ces projets offrent à la population une alternative à l’utilisation des eaux souterraines, ce qui permet de préserver ces réserves en prévision de périodes où les pénuries d’eau pourraient être plus graves.

Renforcement des autorités locales

Ces projets ont contribué au succès du modèle de gestion « en interne » mis en place par les autorités municipales de Menjez. La gestion de l’eau n’est plus un problème, mais constitue au contraire une source de ressources financières que la commune investit dans les secteurs de l’éducation, de la culture et du social. On constate également une nette amélioration des compétences locales en matière de gestion des questions liées à l’eau.

Des problèmes techniques entraînent des retards dans les projets

Au cours de la mise en œuvre des projets hydrauliques, la commune a été confrontée à des lacunes dans la planification technique, ce qui a entraîné des retards et des dépenses supplémentaires. Ce fut le cas pour la station d’épuration du premier projet, qui ne fonctionnait pas correctement, ainsi que pour la conduite d’irrigation en surface, qui a été endommagée et vandalisée. En conséquence, ce manque de planification initiale a entraîné une fragmentation du financement et des retards.

Risque de mauvaise adaptation dû à des méthodes d’irrigation très gourmandes en eau

Bien que les mesures prises par la municipalité aient permis de protéger les réserves d’eau souterraines, elles n’ont eu qu’un effet limité sur la réduction de la consommation d’eau (distribution d’aérateurs, création d’un lac de 60 000 m³). En effet, l’irrigation est l’activité la plus gourmande en eau dans les zones rurales, et ces projets ont accru la superficie des terres irriguées. Les projets mis en œuvre ne permettent qu’à 20 agriculteurs de Menjez d’utiliser des techniques d’irrigation goutte-à-goutte, sur un total de 200.

Quelle durabilité ?

La municipalité nourrit d’autres ambitions pour de nouveaux projets à Menjez. Ces projets porteront sur l’eau présente dans le sol et dans l’air.

Le maire admet que les eaux souterraines constituent l’élément manquant dans l’action de la municipalité en matière d’eau à Menjez, malgré leur importance.

La municipalité ne pourra pas envisager une gestion durable de l’eau si elle ne dispose pas d’une vision claire des ressources souterraines et de leur mode de recharge. Elle souhaite donc approfondir ses connaissances sur les eaux souterraines, ainsi que mener des projets visant à acheminer les eaux de surface vers le sous-sol afin de recharger la nappe phréatique. En ce qui concerne l’eau présente dans l’air, le maire prévoit de développer prochainement un projet de récupération de l’eau par condensation de l’humidité atmosphérique.

Quelles conditions de réussite ?

Facteurs clés de réussite

Domaines critiques

Deux aspects détermineront si l’approche de la municipalité sera couronnée de succès à long terme :

Arguments en faveur de l’adaptation

Le principal lien entre les projets hydrauliques de la commune de Menjez et l’adaptation au changement climatique réside dans l’idée que l’utilisation des eaux de surface peut réduire l’exploitation des nappes phréatiques. Cependant, l’argument clé avancé auprès des acteurs locaux est d’ordre financier (une eau moins chère, fiable et plus abondante), afin de les convaincre de cesser d’utiliser des forages non officiels.

Enseignements utiles pour des initiatives similaires

Il est important de ne pas considérer la gestion de l’eau comme un problème (demande, pollution, etc.), mais plutôt comme une opportunité pour l’entité municipale en charge de la gestion. La gestion de l’eau contribue non seulement au développement économique et à l’amélioration du niveau de vie, mais peut également fournir des ressources financières à la commune.

Le maire insiste sur le fait que ce service ne doit pas être gratuit. Son prix doit être raisonnable et proportionnel à la consommation d’eau, mais il ne doit pas être gratuit. C’est important, tant sur le plan symbolique que financier. Pour assurer la pérennité du service, la municipalité doit concevoir un modèle économique qui soit lui aussi viable à long terme.

Parallèlement à la stratégie sous-tendant l’accès aux ressources en eau, il faut également mettre en place une approche visant à réduire ou à limiter les besoins en eau, afin d’éviter à l’avenir une impasse ou des tensions entre la demande en eaux de surface et en eaux souterraines, et les effets du changement climatique.

Referencias

Étude réalisée par Jihad Farah, UPLoAD

Document de l’ADEME : Capitalisation on climate change adaptation practices in the mediterranean area. Project portfolio - Tirer parti des pratiques d’adaptation au changement climatique dans la région méditerranéenne. Portefeuille de projets

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