Systèmes d’information au service de la planification de l’eau au Maroc (bassin du Sébou)

agosto 2021

Agence pour l’Environnement et la Maîtrise de l’Energie (ADEME)

Le bassin du Sebou au Maroc, où vivent 6,2 millions de personnes et qui constitue un pôle agricole majeur, est confronté à de graves pressions climatiques : sécheresses, aridification, désertification et diminution des ressources en eau. L’initiative du Système national d’information sur l’eau (NWIS), lancée en 2013, vise à normaliser et à partager les données sur l’eau entre les différentes institutions afin de soutenir la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) et l’adaptation au changement climatique.

En intégrant des scénarios climatiques dans le Plan directeur du bassin du Sébou (PDAIRE), le projet permet une prise de décision fondée sur des données probantes en matière de répartition de l’eau, de protection contre les inondations et de préservation des aquifères. Sa gouvernance multipartite — impliquant les autorités du bassin hydrographique, les ministères et la société civile — montre comment une planification fondée sur les données peut combler le fossé entre les politiques et l’action locale, malgré des défis tels que les contraintes de financement et la fragmentation institutionnelle.

Para descargar: capitalisation-cc-adaptation-practices-mediterranean-011449b-projectfolio-en.pdf (3,2 MiB)

En quoi cette initiative contribue-t-elle à l’adaptation du territoire au changement climatique ?

Les effets visibles du changement climatique au Maroc et dans le bassin du Sebou

Le Maroc est confronté aux impacts négatifs du changement climatique, notamment :

Le besoin de données pour planifier la gestion de l’eau dans chaque bassin hydrographique

Des scénarios projetant l’offre et la demande futures en eau, et tenant compte des paramètres liés au changement climatique (précipitations, températures), sont nécessaires pour définir comment gérer et adapter les quantités d’eau à de multiples contraintes. Sur la base de ces scénarios, des mesures d’adaptation peuvent ensuite être définies.

Le projet « Mediterranean Water Knowledge Platform » visait à contribuer à l’élaboration de politiques durables en matière de gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) et d’adaptation au changement climatique en produisant un Livre blanc méditerranéen sur l’eau, en complément des systèmes nationaux d’information sur l’eau (SNIE). Bien que des bases de données sur l’eau existent, elles sont très disparates et dispersées entre diverses institutions. Les SNIE devraient permettre de normaliser toutes ces informations et de les partager entre les différentes institutions des pays méditerranéens participants. À ce jour, le Livre blanc et la plateforme ne sont pas encore disponibles.

Les ambitions nationales doivent encore être mises en œuvre au niveau local

Le Plan national de l’eau (PNE) du Maroc comprend des mesures réglementaires et institutionnelles visant à lutter contre la vulnérabilité aux aléas naturels liés au changement climatique (protection contre les inondations, prévention de la sécheresse), ainsi que des mesures d’économie et de préservation de l’eau dans le secteur agricole (suivi de l’utilisation des ressources, irrigation ciblée, système tarifaire incitant à une utilisation rationnelle de l’eau, généralisation des contrats d’aquifère pour les réserves d’eaux souterraines en situation de stress ou surexploitées, etc.). Ces objectifs doivent désormais être mis en œuvre sur chaque territoire.

La planification de l’eau en cours de révision pour le bassin du Sébou

Bien que certains éléments du Système d’information sur l’eau (SIE) destinés à évaluer et à surveiller les ressources en eau soient déjà disponibles pour le bassin du Sébou (par exemple, la disponibilité en eau, la pollution), d’autres informations sur l’utilisation et la pression exercée sur les ressources en eau (y compris les impacts du changement climatique) doivent encore être intégrées. Le Plan directeur d’aménagement intégré des ressources en eau (PDAIRE) du bassin du Sébou, actuellement en cours de révision, vise toutefois à intégrer les impacts du changement climatique sur les ressources en eau et leur utilisation.

Pleins feux sur le projet

Objectif :

Mettre en place un Système d’information sur l’eau (WIS) opérationnel afin de soutenir la planification de la gestion de l’eau dans le bassin du Sebou, qui tienne compte de l’impact du changement climatique sur les ressources en eau et définisse des mesures d’adaptation appropriées au changement climatique.

Contexte

Couvrant environ 40 000 km², le bassin du Sebou est l’un des plus grands bassins fluviaux du Maroc. Il compte actuellement une population totale d’environ 6,2 millions d’habitants (recensement de 2004), ce qui représente environ 20 % de la population totale du pays. 49 % de ces habitants vivent en milieu urbain et 51 % en milieu rural. Son économie, fondée sur l’agriculture et l’industrie, apporte une contribution substantielle à l’économie nationale.

Ce bassin est confronté à d’importants problèmes de qualité de l’eau. La qualité des eaux souterraines est jugée alarmante dans les régions soumises à une agriculture intensive (Gharb, Sais, Maamora) en raison de concentrations croissantes de nitrates, et la qualité des eaux de surface s’est détériorée, en particulier en aval des grandes agglomérations. Sur le plan quantitatif, les apports d’eau du bassin sont répartis de manière inégale sur toute la longueur du fleuve et se produisent à des intervalles irréguliers. Le cours supérieur du Sbou, en amont du barrage d’Allal El Fassi, fait exception, avec un débit continu grâce à des captages sur des sources. Les autres affluents du Sbou, notamment l’Ouergha et l’Inaouène, varient en fonction des précipitations, avec des débits très élevés pendant la saison des pluies. Les ressources en eaux souterraines du bassin fournissent l’eau potable et répondent aux besoins en eau industrielle de la majorité des zones urbaines et rurales.

Elles alimentent également les zones irriguées (petits et moyens systèmes hydrauliques). Ces aquifères productifs sont vulnérables à la sécheresse, à la surexploitation et à la pollution.

Description technique

Le Maroc est l’un des quatre pays pilotes de la Plateforme méditerranéenne de connaissances sur l’eau. L’administration marocaine de l’eau s’est engagée dans cette démarche de partage d’expériences méditerranéenne afin de développer son propre système. Ce projet à long terme a été lancé en 2014 (à titre de comparaison, le SIG français a nécessité 15 ans de travail et fait encore l’objet de modifications aujourd’hui). L’année 2016 marque une étape importante : le SIG a été reconnu dans la loi sur l’eau et une approche décentralisée de la gestion de l’eau a été adoptée (par bassin hydrographique), fondée sur des systèmes d’information par bassin et en étroite collaboration avec les acteurs et les ressources locales.

Le jumelage institutionnel européen entre le Maroc, la France et l’Espagne (2015-2017) sur la gestion intégrée des ressources en eau et la gouvernance au Maroc a permis de réaliser des progrès concernant l’utilisation des données pour la gestion des ressources en eau et la définition du futur SIG de bassin.

Territoire concerné : 4 pays pilotes (Maroc, Tunisie, Liban, Jordanie)

Porteurs de l’initiative : Office international de l’eau, Institut méditerranéen de l’eau

Partenaires :

  • Ministère marocain de l’Énergie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, Système d’information euro-méditerranéen sur le savoir-faire dans le secteur de l’eau (EMWIS),

  • Ligue des États arabes - Centre d’études sur l’eau et la sécurité hydrique arabe (COFWS), Plan Bleu - Méditerranée

  • Réseau des organismes de bassin (MENBO),

  • l’Institut euro-méditerranéen de l’eau (IEA), la Fondation AGBAR.

Calendrier : 2013 - 2017

Ressources financières : Budget total : 9,525 millions d’euros

Quels sont les résultats concrets ?

Reconnaissance de la nécessité d’une information transparente

Plusieurs étapes importantes ont été franchies, notamment :

Adaptation au changement climatique à l’aide des PDAIRE

Dans le bassin du Sébou, le PDAIRE 2015 est en cours d’actualisation, notamment la partie consacrée à l’impact du changement climatique sur les ressources en eau et la demande en eau. Cela a permis de définir des actions d’adaptation au changement climatique, par exemple : la conservation et la réutilisation de l’eau, le recours au reboisement pour contrer les projets de barrages, les infrastructures hydrauliques, les défenses contre les crues, les contrats d’aquifère, etc. Ces mesures, ainsi que leurs objectifs quantifiables, seront bientôt approuvées avec les parties prenantes.

La mise en œuvre des contrats d’aquifère a déjà commencé, par exemple dans la région du Saiss, afin de réduire la pression exercée sur l’aquifère. Des « contrats participatifs de gestion des aquifères », conformément à la loi sur l’eau n° 36/15, sont mis en œuvre pour les aquifères dont le niveau baisse et/ou où les ressources en eaux souterraines sont surexploitées. Cette nouvelle méthode de gouvernance des eaux souterraines repose sur la participation et l’engagement des partenaires locaux et régionaux afin de gérer ces ressources selon une approche concertée et participative. Ce type de contrat réglemente le captage des eaux souterraines et limite le forage de nouveaux puits.

De plus, les besoins en eau de l’environnement naturel sont pris en compte dans la mise à jour du PDAIRE (ce besoin spécifique est pris en compte en aval de chaque barrage), car les écosystèmes aquatiques sont particulièrement vulnérables au changement climatique. Pour répondre à ces besoins, un débit d’eau minimal est garanti. Un texte réglementaire relatif au débit écologique (le décret sur le « débit minimal pour la vie aquatique ») est en cours d’élaboration.

Les canaux d’information doivent être améliorés

L’échange de données doit être automatisé entre, d’une part, les différentes institutions nationales (RBA, ministères – notamment ceux de l’Industrie, du Tourisme, de l’Agriculture, de l’Intérieur, l’Office national de l’électricité et de l’eau potable, etc.) et, d’autre part, l’EMWIS, afin de rationaliser le partage d’informations et d’améliorer les processus de reporting.

Cependant, le fait que le PDAIRE soit actuellement en cours de révision, ce qui implique une concertation avec le Comité de bassin (composé d’un tiers de représentants de l’État et de deux tiers de représentants des collectivités locales et des usagers), limite l’accès aux informations concernant les objectifs quantifiables du document, les mesures proposées et l’ampleur de ses actions.

Pérennité de l’initiative

Le fait qu’un ministère disposant de moyens limités (le ministère de l’Énergie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement), dont le poids politique est moindre que celui d’autres ministères, soutienne la mise en œuvre des systèmes d’information sur l’eau, pourrait affecter leur pérennité, même si l’eau est une question transversale. De plus, si les agences de bassin (RBA) ne fondent pas leurs PDAIRE sur ces systèmes, cela pourrait réduire leur utilisation à long terme au sein de chaque bassin.

Enfin, la pérennité à long terme de ces systèmes dépend du financement de leur mise en œuvre, de leur fonctionnement et de leur évolution future, afin qu’ils puissent fournir les informations requises et se développer au fil du temps.

Quelles sont les conditions de réussite ?

Facteurs clés de réussite

Les facteurs suivants ont facilité la mise en œuvre des systèmes d’information, tant au niveau national que par bassin hydrographique :

Points critiques

Cependant, les facteurs limitants suivants ont été rencontrés :

En particulier, la question centrale est de savoir comment ces systèmes d’information seront financés (y compris leur fonctionnement) dans les pays où les principes du « pollueur-payeur » et de l’« utilisateur-payeur » ne sont pas encore en vigueur. Le défi consistera donc à mettre au point un mécanisme de financement (par exemple basé sur la taxation de la consommation d’eau et/ou des émissions polluantes). Les arguments pour mobiliser des financements en faveur des systèmes d’information pourraient être leur faible coût et leur retour sur investissement généralement très positif.

En effet, par rapport à d’autres investissements dans le secteur de l’eau (infrastructures, stations d’épuration, réseaux de distribution, etc.), les investissements dans la production de données et la gestion de l’information sont bien moins élevés et peuvent avoir un impact très positif sur la prise de décision et l’affectation des investissements.

Enseignements utiles pour des initiatives similaires

Identifier précisément les enjeux, sur la base d’informations fiables et confirmées (grâce à une méthodologie rigoureuse), constitue une première étape essentielle pour définir des mesures opérationnelles et leur allouer des fonds.

Il est particulièrement crucial de prendre en compte les effets actuels et futurs du changement climatique sur les ressources en eau, afin de prévenir la dégradation de ces ressources et des milieux aquatiques, ainsi que les conflits potentiels liés à l’utilisation de l’eau.

À long terme, des systèmes d’information efficaces peuvent également permettre la mise en place de redevances et de taxes sur l’utilisation de l’eau et les émissions polluantes, à l’instar de celles recommandées dans les principes de mise en œuvre de la GIRE.

Referencias

Étude réalisée par Zhor Lebbar, AGROCONCEPT

Document de l’ADEME : Capitalisation on climate change adaptation practices in the mediterranean area. Project portfolio - Capitalisation sur les pratiques d’adaptation au changement climatique dans la région méditerranéenne. Portefeuille de projets

Para ir más allá

Contact

  • Eric Mino, responsable et coordinateur de l’EMWIS (Système d’information euro-méditerranéen sur le savoir-faire dans le secteur de l’eau)