Se représenter la complexité

La transition des territoires vers des sociétés durables suppose des transformations dans la manière de se les représenter et de les gérer (savoir se représenter la complexité et gérer les relations). Pour mettre en œuvre ces transformations, des outils opérationnels sont nécessaires. L’atlas relationnel en est un.

L’atlas est un outil numérique de cartographie sémantique qui permet de « tirer les fils » des acteurs, des thèmes, des moyens d’action : il établit les liens entre des descripteurs, permettant ainsi la navigation d’une question à l’autre.

Comme dans un atlas géographique, on part d’une cartographie très générale du système territorial et de sa gouvernance pour aller ensuite vers des « cartes locales », beaucoup plus détaillées.

Pourquoi ce choix d’une approche relationnelle ?

En raison même de ce qu’est un territoire et sa gouvernance. Si le territoire local est appelé à jouer un rôle si fondamental dans la transition vers des sociétés durables c’est parce que c’est le lieu par excellence de gestion des relations. Mais une potentialité n’est pas nécessairement réalisée. Ce n’est pas parce qu’un territoire a cet avantage comparatif de traiter les relations qu’il le fait effectivement. Par exemple, dans beaucoup de collectivités territoriales, l’organisation « arborescente » des services techniques et administratifs, chacun placé sous l’autorité d’un élu jaloux de son pouvoir, conduit à une sectorisation des politiques. La même question se pose pour d’autres acteurs à leurs propres échelles : praticiens, chercheurs, étudiants, ….

Mais de quelles relations parlons-nous ?

Le territoire est un réseau d’acteurs qui agissent et interagissent. Cependant, chaque acteur n’a qu’une perception partielle, tronquée du territoire et de la problématique qui est la sienne, il ne perçoit qu’une partie des relations qui font le territoire, ce qui freine la mise en action.

L’atlas propose de s’intéresser à la description des relations plutôt qu’aux objets reliés : qu’est-ce qui relie ces deux idées ? Ces deux politiques ? Ces deux acteurs ? C’est pourquoi, la construction technique de l’atlas ne repose pas sur une arborescence mais sur un treillis : chaque item est relié à deux autres items minimum. La caractérisation de la relation par la description de plus en plus fine de ces items permet de définir des ensembles de lecture d’une problématique (tous les items reliés par cette relation).

L’atlas est donc un outil d’aide à la compréhension de l’écosystème territorial, non figé et soumis à débat et à discussion.

Les descripteurs sont donc de plus en plus détaillés, spécialisés, à mesure que se combinent les descripteurs de base. Plus on entre dans le détail et plus ils peuvent être longs, former un membre de phrase qui rappelle la combinaison à laquelle on a procédé.

Un système matriciel : les composantes des territoires croisent les angles d’approche

L’atlas vise à répondre aux limites des thesaurus documentaires qui ne permettent pas de traiter la transversalité. Dans sa construction, l’atlas n’adopte pas une approche en arborescence mais en treillis, en triant dans les combinaisons possibles, celles qui sont pertinentes pour l’action (= quels sont les bons repères ?).

Il est fondé sur le croisement de deux questions fondatrices de CITEGO :

  • De quoi est constitué un territoire ?
  • De quoi est faite la gouvernance, c’est-à-dire comment fonctionnent et sont gérées les relations au sein d’un territoire ?

Pour construire la matrice, ont donc été déterminées les dimensions fondamentales à partir desquelles on crée les relations. Ces dimensions sont les grandes catégories rendant compte de ce qu’est un territoire (= ses composantes) et une gouvernance (= les angles d’approche).

Composantes (une couleur par composante)

  • Société et territoire : Un territoire est l’espace concret de vie d’une société. Cette catégorie s’intéresse donc aux groupes sociaux, démographiques, etc.
  • Economie et territoire : Un territoire organise des facteurs de production et se caractérise par des structures économiques et commerciales, des marchés fonciers, des bassins d’emploi...
  • Ecosystèmes territoriaux : Les sociétés et les économies s’inscrivent dans leur environnement naturel (air, eau, sols, climat, biodiversité...)
  • Equipements et réseaux : Un territoire n’est pas qu’une surface mais un ensemble physique de bureaux, logements, usines, équipements collectifs...
  • Capital culturel et immatériel des territoires : Un territoire a une histoire et une culture spécifiques qui sont le fruits d’héritages inscrits dans l’espace mais aussi dans le temps (mode de coopération, représentations, organisation des groupes sociaux...)
  • Organisation de l’espace  : Un territoire est la dimension spatiale d’une société qui l’organise en quartiers, espaces publics, friches… et qui fait l’objet d’un aménagement, d’une planification...
  • Flux : Un territoire est toujours dynamique puisque le lieu de relations matérielles et immatérielles (flux de personnes, de matières brutes, de travail, d’informations, d’argent...)
  • Institutions : Un territoire est un espace politique, siège d’institutions publiques et privées dont le dessin, les compétences, les rôles attribués seront déterminants sur son organisation.
  • Relations entre le territoire et le monde : Un territoire est en relation permanente avec d’autres territoires proches ou lointains, à des échelles supérieures ou inférieures (organisation des flux, usage généralisé d’une même monnaie sur des territoires nationaux différents...)

Angles d’approche (un symbole par angle d’approche)

  • Éléments constitutifs : description globale d’un territoire depuis la description de la société à sa composition sociale.
  • Types de territoires : permet de caractériser la multitude de territoires et d’en décrire la diversité (villages, métropoles, territoires à dominante rurale, ville touristique, ville industrielle...)
  • Dynamique des territoires : cette catégorie s’intéresse aux mouvements des territoires en termes culturels, démographiques, économiques, écologiques… sous l’influence de facteurs comme les modes de vie ou les mutations des systèmes techniques.
  • Acteurs du territoire : individus et groupes sociaux qui sont à la fois protagonistes de la gouvernance et bénéficiaires des politiques publiques
  • Domaines de la gouvernance : ils regroupent les politiques menées et leur gestion (politiques sociales, sanitaires, économiques...)
  • Moyens de la gouvernance : c’est la palette des moyens dont disposent les collectivités territoriales (fiscalité, réglementations, normes, planification...)
  • Principes de gouvernance : ils sont au nombre de 5 - la légitimité de l’exercice du pouvoir ; la démocratie et de la citoyenneté ; la pertinence des régimes de gouvernance ; le partenariat entre acteurs et la capacité à gérer les relations ; l’articulation des niveaux de gouvernance.

L’atlas, un outil du cycle de médiation

L’atlas est un outil de :

  • Navigation entre les ressources documentaires du site :
    Pour s’informer, trouver de l’information complémentaire, élargir les thématiques recherchées...
  • Pédagogie sur une thématique donnée :
    Pour visualiser/se représenter la complexité, lier, se nourrir de l’expérience des autres
  • Méthodologie pour accompagner les acteurs territoriaux :
    Pour créer avec un partenaire une carte locale d’une problématique sur un territoire, faciliter la lecture du territoire et donc l’action