ADméd : Agriculture durable en Méditerranée (France)

août 2021

Agence pour l’Environnement et la Maîtrise de l’Energie (ADEME)

Dans les paysages brûlés par le soleil de Provence et d’Occitanie, où la terre se fissure sous le poids de la sécheresse et où les vents transportent le parfum de la lavande et du désespoir, l’agriculture se trouve à la croisée des chemins. Les rendements stagnent, les sols se dégradent et les agriculteurs – gardiens d’un savoir ancestral – voient leurs moyens de subsistance se flétrir sous le soleil méditerranéen implacable. Au cœur de cette crise, le réseau ADméd (Agriculture durable en Méditerranée), porté par les CIVAM (Centres d’initiatives pour la valorisation de l’agriculture et des zones rurales), s’est imposé comme une lueur d’espoir. Depuis 2010, cette initiative portée par les agriculteurs a tissé une trame de résilience, où l’agroforesterie, le partage des savoirs et l’innovation collective transforment la vulnérabilité en force. Ici, les arbres ne sont pas seulement des cultures : ce sont des alliés contre l’érosion, la sécheresse et le désespoir face au changement climatique.

À télécharger : capitalisation-cc-adaptation-practices-mediterranean-011449b-projectfolio-en.pdf (3,2 Mio)

En quoi cette initiative contribue-t-elle à l’adaptation du territoire au changement climatique ?

Les systèmes agricoles s’affaiblissent

Dans les régions Midi et Occitanie, les systèmes agricoles ont fait preuve d’une fragilité croissante due au changement climatique ces dernières années. Les rendements des cultures dans certaines exploitations stagnent ou diminuent, entraînant une rentabilité nulle ou négative, notamment pendant les périodes de sécheresse, qui touchent la région de plus en plus fréquemment. Le changement climatique, qui devrait entraîner une modification des régimes pluviométriques, une hausse des températures et des sécheresses plus fréquentes et plus longues, semble donc appelé à aggraver la vulnérabilité socio-économique du secteur agricole. Aujourd’hui, certains acteurs du monde rural s’interrogent sur la pérennité des systèmes et des pratiques agricoles.

Le soutien des CIVAM pour développer et adapter les pratiques agricoles, via ADméd

Les CIVAM rassemblent des agriculteurs et des acteurs ruraux afin de favoriser l’innovation territoriale par le partage d’informations, les discussions et la dynamique de groupe. Ils œuvrent au développement et à la promotion de systèmes agricoles rentables et autonomes, adaptés à leur territoire et constituant le cœur des systèmes alimentaires locaux.

Depuis 2010, les CIVAM des régions Midi et Occitanie ont uni leurs forces au sein du pôle ADméd pour aider les exploitations agricoles à améliorer leurs pratiques. Il s’agit notamment de les rendre plus résistantes aux effets du changement climatique et d’assurer leur pérennité.

L’agroforesterie : un levier de résilience économique, sociale et environnementale

De nombreuses initiatives soutenues par les CIVAM au sein du réseau ADméd visent tout particulièrement à développer des groupes d’agriculteurs et d’agroforestiers. L’un des membres du réseau ADméd, M. Rastello, agriculteur de la commune du Plan d’Aups (Sainte-Baume), s’est lancé dans l’agroforesterie en 2016. Cette activité l’intéresse pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’agroforesterie offre un large éventail d’options techniques et permet une diversification économique. Elle présente de nombreux avantages d’un point de vue environnemental et contribue à l’atténuation du changement climatique ainsi qu’à l’adaptation à celui-ci.

Coup de projecteur sur le projet

Objectif

Promouvoir une agriculture résiliente grâce à un réseau d’échange entre agriculteurs visant à partager des pratiques innovantes.

Contexte

Le projet ADméd a été créé en 2010 par les CIVAM des régions Occitanie et Midi-Pyrénées afin de servir de structure pour des actions conjointes en matière de durabilité agricole. L’objectif était d’identifier, avec les agriculteurs de la région, les principales difficultés rencontrées dans le bassin méditerranéen, d’apporter un soutien aux groupes et de travailler avec eux sur des outils concrets d’action.

Grâce à des formations, au partage d’expériences et à des visites, les agriculteurs développent des initiatives et testent de nouvelles pratiques (initiative « campagne vivante », systèmes de production rentables et autonomes, création et maintien d’activités agricoles et rurales, etc.) tout en bénéficiant de l’aide, du soutien et des critiques constructives de leurs collègues au sein du groupe. Plusieurs thèmes de discussion ont émergé : la réutilisation des déchets verts, la gestion de la matière organique, la gestion des quantités d’eau, la durabilité des systèmes maraîchers et viticoles, etc.

Comment les CIVAM agissent-ils par le biais d’ADméd

Le projet ADméd, à l’instar de toutes les autres actions des CIVAM, vise à promouvoir le partage d’expériences entre agriculteurs et l’élaboration conjointe d’initiatives concrètes pour améliorer la résilience des systèmes agricoles au sein d’un territoire.

ADméd met en œuvre trois outils d’action :

Zoom sur une initiative agroforestière

M. Rastello, agriculteur installé à Plan d’Aups (83), a constaté que les rendements des prairies et des céréales étaient en baisse constante depuis plusieurs années.

Ces pertes de productivité, dues en partie à la dégradation des sols et à l’aridité de la région, risquent de s’aggraver à mesure que les impacts physiques du changement climatique se font sentir. Afin d’assurer la viabilité future de son exploitation, M. Rastello a modifié son système de production en s’appuyant sur les principes de restauration des sols : réduction du travail du sol (semis direct) et réintroduction d’arbres sur son exploitation. L’agriculteur a repensé l’écosystème de ses terres agricoles selon un plan en deux étapes :

En 2017, après avoir participé à une formation organisée par le GR CIVAM PACA, il a bénéficié de l’accompagnement d’un concepteur et de plusieurs partenaires institutionnels locaux (communes, Parc naturel régional, etc.) et a créé sa première parcelle agroforestière de 1,5 hectare.

Territoire concerné :

Régions Sud et Occitanie Porteurs de l’initiative : Groupe régional CIVAM PACA, Fédération régionale CIVAM Occitanie, Réseau CIVAM (fédération nationale) Partenaires : Sources de financement multiples : ministère de l’Agriculture (DRAAF), ADEME, l’Union européenne, fondations, etc. Financé sous forme de projet.

Calendrier :

  • Date de lancement : 2010

  • Date de lancement du réseau : 2011

  • Le réseau sera maintenu sous réserve de la disponibilité des financements

Ressources humaines :

  • 2 animateurs à temps plein du CIVAM PACA

  • 1,5 animateur à temps plein du CIVAM OCCITANIE

Ressources financières :

Variables en fonction de chaque initiative, des compétences techniques mobilisées et des modalités de financement convenues.

Quels sont les résultats concrets ?

Adaptation progressive du secteur agricole pour assurer une résilience à long terme

La promotion de l’agriculture durable dans la région méditerranéenne par les CIVAM, notamment par la création de réseaux entre les acteurs agricoles, vise à renforcer progressivement la résilience à long terme des systèmes de production face à la pression croissante exercée par des facteurs socio-économiques, environnementaux et climatiques.

Plus précisément, en mettant en œuvre des pratiques agroforestières, M. Rastello cherche à atteindre les résultats suivants : minimiser l’érosion des sols fragiles exposés à des événements météorologiques potentiellement violents (sécheresses et inondations), améliorer la production fourragère et céréalière en renforçant l’ombrage fourni par les arbres agissant comme des « abris climatiques », réduire les pertes d’eau et stocker durablement le carbone dans le sol, protéger et préserver la biodiversité, augmenter la production de nectar et de pollen (en choisissant principalement des espèces mellifères) pour soutenir les activités apicoles du village, développer des organismes bénéfiques pour les cultures et réduire l’utilisation de produits phytosanitaires. Dans ce cas, l’utilisation et la préservation des services écosystémiques sont considérées comme des vecteurs permettant d’améliorer la résilience des systèmes agricoles, notamment face au changement climatique.

Partager les bonnes pratiques en créant des réseaux d’agriculteurs

Depuis 2010, des journées de partage d’expériences, des formations, des visites et des ateliers organisés dans des exploitations agricoles sur des thèmes d’intérêt (notamment l’agroforesterie) ont permis de constituer un vaste réseau soudé d’agriculteurs et d’initiateurs de projets. Ces ateliers thématiques rassemblent diverses entités impliquées dans le développement agricole, l’expérimentation et la recherche, ainsi qu’un grand nombre d’exploitations participantes. Des évaluations de durabilité sont également réalisées et présentées lors de séances de groupe. Ces séances de discussion offrent un cadre propice à la création de nouveaux partenariats et au lancement de nouveaux projets.

Les CIVAM mettent en avant des initiatives porteuses et promeuvent des pratiques exemplaires

Un site web a été créé pour mettre en lumière des initiatives porteuses dans la région méditerranéenne.

Il comprend notamment une série de fiches d’expérience qui mettent en avant des pratiques exemplaires. On compte actuellement 33 fiches, promouvant diverses activités innovantes. Des vidéos et des brochures sont également produites et diffusées, par exemple : « Pourquoi et comment réutiliser les déchets verts dans une exploitation agricole.  » De nombreux autres événements (séminaires, sessions de formation, etc.) et documents (rapports d’étude, évaluations, etc.) contribuent également à améliorer les pratiques agricoles en promouvant des initiatives porteuses.

Renforcer la coopération avec la communauté scientifique

L’expérimentation est un autre enjeu important pour les agriculteurs qui s’engagent dans des pratiques agricoles alternatives ou de nouvelles méthodes d’exploitation. Il est souvent difficile pour les agriculteurs d’assumer seuls la charge financière d’une expérimentation « en conditions réelles », et encore plus difficile d’en partager les résultats. Par exemple, lors de la mise en place d’une parcelle agroforestière, de nombreuses options s’offrent à eux pour le choix des essences (arbres à bois d’œuvre ou à bois-énergie, arbres fruitiers, arbres mellifères, etc.). Ces choix dépendent de facteurs techniques et économiques, et il n’existe pas toujours de documents de référence sur ces sujets. C’est pourquoi les agriculteurs réclament une plus grande coopération avec la communauté scientifique. Le CIVAM de la région Sud prend donc actuellement des mesures pour renforcer sa coopération avec l’INRAE d’Avignon afin de concevoir des outils d’aide à la décision qui seront testés auprès de groupes d’agriculteurs. D’autres projets communs pourraient également être envisagés, en s’inspirant du large éventail de thèmes de recherche dans ce domaine : les interactions entre les arbres et les cultures en matière de lumière, d’eau ou de nutriments ; l’impact des arbres sur la biodiversité utile et le stockage du carbone en conditions tempérées ; les obstacles sociologiques au développement de l’agroforesterie, etc.

Quelles sont les conditions de réussite ?

S’engager dans un cofinancement public-privé

Certaines pratiques agroforestières sont trop coûteuses pour que les agriculteurs puissent les autofinancer sans apport financier externe supplémentaire (en particulier lorsqu’un agriculteur souhaite étendre l’agroforesterie à une grande partie de la surface utile de son exploitation). Dans ce cas, les investissements doivent couvrir la planification du projet (étude de faisabilité, mise à l’échelle, etc.), l’achat d’arbres et de matériel, ainsi que le suivi et la gestion des arbres (notamment pour le bois d’œuvre) et l’acquisition de compétences. Ce dernier aspect implique soit de recourir à des services de conseil technique, soit d’employer du personnel spécialisé. Dans la région Sud, les financements publics consacrés à l’agroforesterie sont limités. Pour pallier ce manque de financements publics, il est essentiel de saisir les opportunités de cofinancement associant des fonds publics et privés, ou de solliciter des fondations. La dépendance vis-à-vis des financements publics (principalement régionaux, départementaux, du ministère de l’Agriculture ou européens) constitue actuellement un frein majeur pour les agriculteurs.

Améliorer l’accompagnement technique, en agroforesterie et dans d’autres domaines

La réintroduction des systèmes agricoles traditionnels — désormais modernisés grâce à des équipements agricoles contemporains — ne doit pas se limiter aux réseaux alternatifs ; les agriculteurs doivent également bénéficier d’un soutien généralisé de la part des réseaux techniques traditionnels (chambres d’agriculture, instituts techniques, etc.).

Soutenir l’expérimentation par le biais d’une coopération avec les instituts de recherche

Idéalement, une expertise solide et une période d’expérimentation sont nécessaires avant d’investir dans une nouvelle pratique agricole, en raison des conditions agricoles, climatiques et pédologiques spécifiques à chaque parcelle. La création de réseaux avec des agriculteurs ayant déjà testé de nouvelles pratiques, qui ont une vision claire de leurs performances agronomiques et économiques et dont les terres présentent des caractéristiques similaires, peut aider d’autres agriculteurs à adopter ces nouvelles pratiques.

Combiner les initiatives concrètes avec des campagnes de plaidoyer ciblant diverses autorités politiques

Bien que les élus et autres décideurs publics (aux niveaux départemental, régional et national) manifestent un intérêt croissant pour l’innovation et l’évolution des pratiques agricoles — notamment en raison de leur lien direct avec l’atténuation et l’adaptation au changement climatique —, les organisations actives dans ce secteur estiment qu’il existe encore un « fossé » en matière de sensibilisation, qu’il convient de combler par le biais du plaidoyer.

Les représentants régionaux du CIVAM ont donc pour mission d’entretenir des liens avec les autorités publiques qui jouent un rôle dans la définition de la politique agricole (DRAAF, DDTM, DREAL, etc.). Ils veillent également à ce que les évolutions des politiques publiques, notamment celles relatives aux pratiques durables, soient communiquées aux membres du réseau. Les enjeux concrets rencontrés sur le terrain sont considérés comme des leviers efficaces pour influencer les délibérations et les décisions budgétaires au niveau départemental, voire ministériel, selon une approche ascendante.

Maintenir une perspective dynamique sur l’adaptation

L’un des enseignements tirés du réseau d’agriculteurs est que l’adaptation des pratiques agricoles est un processus dynamique. C’est particulièrement le cas pour les projets d’agroforesterie, qui ne peuvent être conçus de manière standardisée. Il faut prévoir du temps pour l’expérimentation et la capitalisation des expériences, en recourant à des approches flexibles. Le développement des pratiques agricoles doit donc s’inscrire dans une vision et une approche à long terme visant à rétablir progressivement les services écosystémiques.

Témoignage d’un participant « Nous devons nous permettre de mettre à jour et de développer continuellement nos projets, et de mettre progressivement en place des systèmes résilients. Il y a largement de la place pour l’expérimentation. » — Christian Rastello, agriculteur

Références

En savoir plus

Plaidoyer en faveur du développement de l’agroforesterie :

Contacts

  • Maylis Carré - Coordinatrice ADméd pour le réseau CIVAM : maylis.carre[@]civam.org

  • Florian Carlet - Animateur, GR CIVAM PACA : florian.carlet[@]civampaca.org

  • Christian Rastello - Agriculteur agroforestier, Plan d’Aups Sainte Baume