Un processus inclusif et participatif visant à planifier un développement territorial résilient face au changement climatique dans le bassin versant de la Douimis
août 2021
Agence pour l’Environnement et la Maîtrise de l’Energie (ADEME)
Le bassin versant du Douimis, une zone rurale de 9 000 hectares située dans le nord de la Tunisie, est confronté à de graves pressions climatiques, notamment le stress hydrique, les inondations, la sécheresse et l’érosion des sols.
L’agriculture, pilier économique de la région, est de plus en plus vulnérable à la baisse des précipitations, à la hausse des températures et à l’apparition de maladies fongiques. Pour relever ces défis, un processus participatif d’aménagement du territoire a été lancé dans le cadre du Programme « Eau, climat et développement » (WACDEP). Cette initiative a réuni des ministères nationaux, des autorités locales et des communautés afin de concevoir conjointement un plan de développement résilient au changement climatique pour Douimis.
En intégrant les risques climatiques dans les politiques locales, le projet montre comment une collaboration ascendante peut renforcer les capacités d’adaptation dans les zones rurales vulnérables.
À télécharger : capitalisation-cc-adaptation-practices-mediterranean-011449b-projectfolio-en.pdf (3,2 Mio)
En quoi cette initiative contribue-t-elle à l’adaptation du territoire au changement climatique ?
L’impact du changement climatique sur les ressources naturelles et les habitats
Le bassin du Douimis présente un climat principalement semi-aride, caractérisé par d’importantes fluctuations saisonnières des précipitations, qui varient également d’une année à l’autre. De plus, les ressources en eau sont actuellement soumises à des pressions tant sur le plan quantitatif (demande croissante, possibilités limitées de ressources en eau de surface supplémentaires, surexploitation des nappes phréatiques, etc.) que qualitatif (pollution, intrusion d’eau salée, etc.). La hausse des températures favorise également l’évapotranspiration et assèche les sols et la végétation. Le changement climatique entraîne ainsi une augmentation des risques météorologiques liés aux feux de forêt. De nombreux feux de forêt ont été enregistrés dans la région de Douimis. Le changement climatique est donc susceptible d’exacerber les variations climatiques actuelles et leurs effets sur les systèmes socio-économiques et les écosystèmes.
L’impact du changement climatique sur les activités économiques de la région
Douimis n’est pas la région la plus touchée de Tunisie en termes de pénurie d’eau ; cependant, l’agriculture y constitue une activité importante, tout comme les espaces naturels qui nécessitent une protection. Hausse des températures, baisse des précipitations, augmentation de l’évapotranspiration et diminution des ressources en eau : tous ces facteurs sont susceptibles de compromettre les rendements des cultures irriguées (cultures annuelles et vergers) et des cultures pluviales à Douimis d’ici la fin du siècle, menaçant ainsi la viabilité économique du secteur agricole.
Au cours des dernières années, les récoltes ont eu tendance à être moins abondantes, tandis que de nouvelles maladies fongiques sont apparues, affectant l’ensemble des terres cultivées. Parallèlement à ces changements, les agriculteurs ont constaté une baisse de la productivité des terres, ce qui accroît la vulnérabilité économique du secteur agricole.
Une approche participative pour intégrer le changement climatique dans l’aménagement du territoire
La troisième stratégie visant à développer et à préserver les terres agricoles en Tunisie repose sur une approche territoriale axée sur le développement socio-économique et l’inclusion. Cette approche cible les populations les plus vulnérables, prend en compte les questions de genre et intègre les pressions supplémentaires liées au changement climatique. Dans le cadre de la mise en œuvre concrète de cette stratégie, une étude pilote fondée sur une approche participative a été menée dans le bassin versant de la Douimis, dans le gouvernorat de Bizerte. Ce projet joue un rôle pionnier, non seulement en élaborant un document d’aménagement, mais aussi en développant une méthodologie visant à guider l’intégration de l’adaptation au changement climatique dans l’aménagement du territoire à l’échelle d’un bassin versant entier.
Pleins feux sur le projet
Objectif
Le programme vise à intégrer des mesures de protection des ressources en eau et de résilience climatique dans le processus de développement. Il vise également à promouvoir des stratégies d’investissement et à accroître les financements alloués au secteur de l’eau et à l’adaptation au changement climatique.
Contexte
Le bassin versant de la Douimis s’étend sur 9 000 hectares et abrite une population rurale d’environ 2 000 personnes. Le bassin a été sélectionné comme site pilote en raison de ses atouts et de son potentiel économiques, ainsi que de sa vulnérabilité environnementale. La zone se caractérise par une érosion sévère et un recul du couvert forestier, ce qui a conduit la Commission de développement rural de Bizerte (CRDA) à la classer comme zone d’intervention prioritaire pour les travaux de conservation des sols et de l’eau. Cette situation est aggravée par les conditions socio-économiques précaires de la région et son équilibre écologique fragile.
Sur ce territoire, le barrage de Douimis est actuellement en cours de construction ; il aura une capacité de 45 millions de m³ et servira de réservoir tampon pour le système de transfert d’eau entre le nord, le centre et le sud de la Tunisie.
D’un point de vue national, la décentralisation des institutions tunisiennes, engagée en 2014, a soulevé des problèmes spécifiques concernant les interactions entre les parties prenantes, notamment entre les ministères et les autorités locales.
Description technique
Afin de promouvoir un développement économiquement résilient et socialement durable, le Programme « Eau, Climat et Développement » (WACDEP) a lancé un processus multisectoriel (ministère de l’Agriculture, des Ressources en eau et de la Pêche, ministère de l’Équipement, ministère des Affaires locales et de l’Environnement, ministère de la Culture, etc.) et à plusieurs niveaux (central, régional et local) visant à élaborer un plan de développement territorial pour le bassin versant du Douimis.
Ce processus s’est appuyé sur une approche participative afin de garantir que toutes les parties prenantes du territoire puissent s’approprier les enjeux et les solutions en matière d’adaptation.
Le processus utilisé pour concevoir le plan de développement du bassin du Douimis a suivi les quatre phases du cadre stratégique du Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW) pour la sécurité de l’eau et un développement résilient au changement climatique.
Territoire concerné : bassin versant du Douimis
Porteurs de l’initiative : Global Water Partnership Méditerranée (GWP-Med)
Partenaires :
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Ministère tunisien de l’Agriculture,
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des Ressources en eau et de la Pêche,
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Collectivités locales de Bizerte.
Calendrier : 2014-2017
Ressources humaines : Acteurs publics et privés, associations, citoyens.
Ressources financières : Financement non consolidé provenant de multiples sources. Budget estimé : 300 000 € – 350 000 €
Quels sont les résultats concrets ?
Élaboration d’un plan de développement résilient au changement climatique pour Douimis
Ce projet a permis l’élaboration d’un plan de développement résilient au changement climatique pour Douimis. Ce plan à long terme comprend également des actions d’adaptation à court terme et représente un budget d’environ 7 millions d’euros.
Le plan s’articule autour de trois axes d’action :
1. Réduire la vulnérabilité des ressources naturelles au changement climatique et préserver les services écosystémiques
2. Adapter les infrastructures et les conditions de vie au changement climatique
3. Intégrer l’adaptation au changement climatique dans les activités de développement
Intégration dans le Plan quinquennal national de développement 2016-2020
L’une des réussites du programme est que ce plan a été entériné dans des documents de planification de haut niveau. Le plan a été approuvé par la CRDA de Bizerte en 2016 et a également été intégré au Plan national de développement quinquennal 2016-2020, adopté par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) en 2017.
Mise en application des connaissances et des enseignements tirés du modèle d’intégration du changement climatique du bassin de la Douimis
Les connaissances et les enseignements tirés du modèle d’intégration du changement climatique dans le bassin versant de Douimis ont été mis à profit dans les politiques de planification décentralisées en faveur d’un développement durable et résilient. Ces connaissances ont déjà commencé à être réutilisées. À cette fin, la Conférence de Bizerte a été organisée en mars 2017, sous l’égide du gouvernorat de Bizerte, du ministère de l’Agriculture, des Ressources en eau et de la Pêche et du ministère des Affaires locales et de l’Environnement, en partenariat avec GWP-Med. Plus de 120 personnes ont participé à cette conférence, représentant les services ministériels régionaux et nationaux, les autorités locales et régionales, les organisations professionnelles et de la société civile, la population de Douimis, les partenaires techniques et financiers, les universitaires, les experts indépendants et les médias.
Élaboration d’une méthodologie participative réutilisable à l’échelle nationale
Le programme s’est appuyé sur une approche participative : tout au long du processus de planification, les représentants locaux ont été associés à des groupes de travail destinés à faciliter le dialogue. Outre le fait qu’elle a favorisé une implication et une appropriation accrues des plans, cette méthode a également permis de sensibiliser les habitants et les acteurs économiques aux enjeux locaux et régionaux liés au changement climatique. Elle démontre efficacement les avantages d’une approche participative, et la méthodologie qui en résulte (types de parties prenantes impliquées, organisation des réunions) peut être transposée à d’autres territoires.
Reconnaissance accrue de la coopération régionale et locale
Ce programme met en évidence l’importance et l’efficacité d’une approche à plusieurs niveaux. En effet, les pouvoirs publics reconnaissent de plus en plus les avantages de la coopération régionale pour lutter contre le changement climatique, et ce point a été souligné à l’issue du programme.
| Témoignage d’une participante : « L’élaboration d’un plan de développement intégré, avec la participation locale, qui tienne compte de l’adaptation au changement climatique, est une initiative pertinente, utile et essentielle. Les enseignements tirés de cette expérience devraient être analysés afin de pouvoir être réutilisés dans d’autres localités et territoires à travers le pays ». Sarra Touzi, responsable de programme senior, GWP-Med |
Quelles sont les conditions de réussite ?
Une approche sociale est un facteur clé
Ce programme a volontairement adopté une approche sociale, en faisant appel à un sociologue pour constituer des groupes de travail et animer le dialogue lors des réunions. L’acceptation sociale et la sensibilisation accrue ont joué un rôle clé dans la réussite du projet.
Au cours de la phase d’évaluation initiale, les habitants ont exprimé certaines réserves : les aléas climatiques existent depuis longtemps et la population ne comprenait pas nécessairement la nécessité de s’adapter au changement climatique. Cela a soulevé la question de la compréhension et de l’appropriation du programme par les acteurs locaux.
L’implication et l’intérêt constant de divers acteurs locaux et nationaux lors des ateliers participatifs ont démontré une prise de conscience croissante parmi les différentes parties prenantes du bassin de la rivière Douimis. Une fois ce processus de sensibilisation achevé, l’attachement des parties prenantes à leur territoire est devenu l’un des atouts du projet. De plus, le fait que le projet soit géré par des personnes étroitement liées au territoire et à l’approche, plutôt que par des agences internationales de développement, constitue également un facteur de réussite.
Points critiques : un besoin important de renforcement des capacités institutionnelles
En Tunisie, la planification de l’adaptation au changement climatique relève généralement de la compétence du gouvernement national ; elle est donc centralisée. Cette approche inhabituelle nécessite donc de nombreuses interactions entre les partenaires locaux et l’administration nationale.
Cette approche inhabituelle nécessite donc de nombreuses interactions entre les partenaires locaux et l’administration nationale. Les acteurs locaux n’étant pas familiarisés avec les politiques nationales, cela peut se traduire par un cadre incomplet sur lequel fonder les politiques locales.
Cette observation met en évidence la nécessité de développer les capacités sous-jacentes requises pour ce type de programme, même si ce renforcement des capacités ne relève pas du champ d’application de ce programme, ni de ses ressources financières. Aux niveaux local et régional, ce processus de planification nécessite des connaissances institutionnelles et techniques, ainsi que la capacité d’organiser des réunions et de faciliter la concertation et le dialogue. Dans l’ensemble, il s’agit d’une entreprise assez lourde, qui requiert des facilitateurs, des modérateurs, des coordinateurs formés et des formateurs. Ce processus long et méticuleux porte toutefois ses fruits, comme l’a démontré le développement d’une nouvelle méthodologie d’aménagement du territoire tenant compte du changement climatique.
Les obstacles financiers ont été surmontés, mais une réflexion préalable s’impose
Ce programme étant une initiative conjointe entre le GWP-Med, les ministères nationaux et les collectivités locales, il n’a pas bénéficié d’un financement provenant d’une seule source, mais a plutôt bénéficié d’un soutien sous forme de journées-homme fournies par diverses entités. Les coordinateurs estiment qu’un budget total d’environ 300 000 à 350 000 € serait nécessaire pour reproduire ce programme.
L’un des enseignements tirés est l’importance d’identifier – dès le lancement du projet – les sources de financement susceptibles de couvrir les phases ultérieures de sa mise en œuvre ; c’est la raison pour laquelle il a été inscrit dans le plan quinquennal. S’il n’avait pas été officiellement inscrit de cette manière, cela aurait pu compromettre la mise en œuvre des activités, dans le contexte tunisien.
L’un des espoirs liés à ce programme était de mobiliser le Fonds vert pour le climat (FVC). Cependant, les actions sont hiérarchisées au niveau national, et la préparation semblait faire défaut à cet égard. Il était donc difficile pour ce projet local d’accéder à ce fonds, en raison de la complexité des procédures de candidature et des connaissances spécifiques requises.
Thèmes secondaires à inclure dans les futurs projets
Ce projet étant le premier du genre et en raison de contraintes budgétaires, le plan n’aborde pas spécifiquement les questions de genre et l’emploi des jeunes, qui constituent pourtant des préoccupations majeures dans cette région.
L’une des façons d’améliorer les futurs projets serait de prendre ces thèmes en compte lors du processus participatif.
Références
Étude réalisée par Blandine Arvis, Ramboll
Document de l’ADEME : Capitalisation on climate change adaptation practices in the mediterranean area. Project portfolio - Capitalisation sur les pratiques d’adaptation au changement climatique dans la région méditerranéenne. Portefeuille de projets
En savoir plus
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Regardez la [vidéo de présentation de cette approche [a(« https://www.youtube.com/watch?v=u28C5P_Ned0 »)]
Contacts
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Sarra Touzi, responsable de programme senior, Global Water Partnership - Méditerranée (GWP-Med), coordinatrice de l’approche d’aménagement du territoire
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Commission régionale de développement agricole de Bizerte (CRDA) - Point de contact de la CRDA pour l’élaboration des plans d’aménagement du territoire