Adapter la ville de Ramallah au changement climatique

août 2021

Agence pour l’Environnement et la Maîtrise de l’Energie (ADEME)

Ramallah, capitale politique et économique de facto de la Palestine, est confrontée à des menaces climatiques de plus en plus graves, notamment des vagues de chaleur extrêmes, des tempêtes violentes, des crues soudaines et des sècheresses prolongées. Ces risques exacerbent les vulnérabilités urbaines, mettant à rude épreuve les ressources en eau, les infrastructures essentielles et la santé publique.

En réponse, la municipalité a lancé la stratégie « Ramallah résiliente 2050 », qui intègre l’adaptation au changement climatique dans l’urbanisme. Cette initiative donne la priorité aux énergies renouvelables, à la gestion des eaux usées, au recyclage des déchets solides et à l’extension des espaces verts afin de renforcer la résilience.

En impliquant un large éventail de parties prenantes – des écoliers aux autorités locales –, elle favorise des solutions inclusives et portées par la communauté. Ce projet montre comment un urbanisme adaptatif peut concilier développement socio-économique et action climatique dans un contexte de conflit.

À télécharger : capitalisation-cc-adaptation-practices-mediterranean-011449b-projectfolio-en.pdf (3,2 Mio)

En quoi cette action contribue-t-elle à l’adaptation du territoire au changement climatique ?

La ville de Ramallah est exposée à divers risques liés au changement climatique

La ville de Ramallah est de plus en plus touchée par des conditions météorologiques extrêmes, notamment des vents violents, des pluies torrentielles, des vagues de chaleur, des inondations et des sécheresses. Des phénomènes à évolution lente, tels que la modification des régimes de précipitations et l’augmentation des températures, devraient également affecter la ville. Dans l’ensemble, les risques induits par le changement climatique sur la ville de Ramallah sont les suivants :

Impacts attendus du changement climatique sur les activités socio-économiques de Ramallah

Les conditions météorologiques extrêmes ont un impact sur la santé humaine et la productivité en affectant négativement les secteurs dépendants de l’économie, notamment l’agriculture, le tourisme et les transports. Cela est particulièrement vrai à Ramallah, capitale administrative et économique de la Cisjordanie. Les conditions extrêmes peuvent également endommager les biens et les infrastructures essentielles, réduire le nombre d’heures de travail effectives et perturber le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement. De plus, la demande en énergie augmentera également à mesure que la production d’électricité deviendra moins fiable et que l’eau potable se fera plus rare. La rareté des ressources en eau, conjuguée à l’insécurité alimentaire croissante, entraînera une hausse sensible des prix des denrées alimentaires.

De plus, les précipitations irrégulières aggraveront le risque de maladies d’origine hydrique et alimentaire ainsi que d’allergies, et favoriseront la propagation de vecteurs de maladies touchant les populations vulnérables (personnes âgées, enfants et communautés à faibles revenus). Sans oublier que les phénomènes météorologiques extrêmes et les catastrophes naturelles liées au climat peuvent également exacerber les problèmes de santé mentale.

Planifier l’adaptation au changement climatique pour renforcer la résilience socio-économique

La stratégie « Ramallah 2050 résiliente » constitue un programme ambitieux mais concret. Elle comprend des actions permettant à la municipalité et à ses partenaires d’obtenir des bénéfices immédiats, ainsi que d’autres mesures à plus long terme susceptibles d’entraîner de véritables transformations.

Le Plan stratégique de résilience de la ville, dont l’adaptation au changement climatique est une composante essentielle, souligne l’interdépendance entre la résilience climatique et la résilience socio-économique, ainsi que l’importance des avantages connexes des mesures d’adaptation et d’atténuation mises en œuvre.

La mise en œuvre de ce programme a débuté en 2012. Sa contribution à la résilience socio-économique de la ville est jugée évidente et significative, en particulier au cours des cinq dernières années, durant lesquelles la plupart des volets du projet (énergie, eaux usées, extension des espaces verts…) ont donné lieu à des résultats concrets sur le terrain, améliorant ainsi la qualité de vie grâce à la création d’emplois directs et indirects.

Pleins feux sur le projet

Objectif

Mettre en œuvre le Plan stratégique de résilience de la ville, dont l’adaptation au changement climatique est une composante essentielle. La mise en œuvre de ce plan vise à :

Contexte

Ramallah est une ville vallonnée qui s’étend sur une superficie de 19 km². Elle fait office de principale capitale politique, économique et culturelle de la Palestine. Sa population double chaque jour, car les gens y affluent pour faire leurs achats et travailler. Les principaux problèmes environnementaux de la ville peuvent être résumés comme suit :

En 2008, la ville a célébré son centenaire en lançant une série de festivités et de projets issus d’un plan stratégique, dont l’une des principales priorités était l’amélioration de la situation environnementale de la ville. Ce projet en particulier en fait partie.

Description

Le projet visait les secteurs de l’énergie, des eaux usées et des déchets solides, ainsi que l’extension des espaces verts.

Le financement de cette initiative a pris la forme d’un financement externe, chaque volet étant financé par une ou plusieurs sources différentes. L’autonomisation de chaque secteur a été au cœur de la mise en œuvre du plan : chaque secteur disposait de sa propre source de financement, était chargé de la gestion de l’équipe de projet et de la livraison des résultats du projet, notamment par le biais d’un système de suivi et de contrôle qui dépendait principalement du secteur concerné. L’avancement et l’achèvement des travaux ont été évalués directement par la municipalité elle-même ou par le bénéficiaire du projet.

L’une des faiblesses de cette initiative réside dans l’absence de données chiffrées centralisées permettant d’avoir une vue d’ensemble claire des résultats. Cela s’explique notamment par le fait que la mise en œuvre de la stratégie repose sur de nombreux petits projets financés par différentes sources et soumis à des critères variés dans les systèmes de reporting.

Territoire concerné : Ville de Ramallah (zone urbaine)

Porteurs de l’initiative : Municipalité de Ramallah

Partenaires :

  • Fondation Rockefeller,

  • Anera (American Near East Refugee Aid),

  • Fonds d’investissement palestinien,

  • Banque de Palestine,

  • Organisation Taawon

Calendrier :

  • Année de lancement : 2012

  • Durée : 7 ans

Ressources humaines : Le nombre total de bénéficiaires s’élève à environ 24 600 (population de la ville)

Ressources financières : Le budget total estimé s’élève à environ 1 million d’euros

Quels sont les résultats concrets ?

Principaux résultats découlant directement et indirectement de la mise en œuvre du Plan stratégique de résilience de la ville

Énergies renouvelables :

Réseau d’assainissement :

Promotion d’un système pilote de recyclage des déchets solides :

Espaces verts

Cette stratégie permettra à la communauté locale de faire face plus efficacement à un large éventail de défis liés à la croissance rapide des villes, ainsi que de renforcer sa résilience face aux pressions externes (notamment le changement climatique) qui compromettent la stabilité de la Palestine et peuvent entraîner des migrations internes, aggravant ainsi la surpopulation et les inégalités socio-économiques.

Une approche inclusive et participative

En 2014, la ville de Ramallah a été la première ville palestinienne à rejoindre un réseau international intitulé « 100 Resilient Cities », lancé à l’initiative de la Fondation Rockefeller.

Tout au long du processus d’élaboration de la stratégie de résilience de Ramallah à l’horizon 2050, un large éventail de parties prenantes a participé à la définition de la vision « Ramallah 2050 », considérée comme un engagement institutionnel des pouvoirs publics. Il convient notamment de souligner que les enfants ont été consultés et associés au choix des actions environnementales, dans le cadre d’ateliers de réflexion organisés dans certaines écoles.

Cette stratégie témoigne de la réussite de la municipalité dans la planification et le développement d’une nouvelle approche non traditionnelle et respectueuse de l’environnement.

Obstacles rencontrés et leviers mobilisés

Au cours de la mise en œuvre opérationnelle des mesures d’adaptation au changement climatique, de nombreux facteurs se sont avérés entraver la planification ou l’adaptation aux enjeux liés au changement climatique. Il s’agit notamment du manque de ressources (telles que les financements, les technologies ou les connaissances), de caractéristiques institutionnelles défaillantes, ou encore du manque de connectivité et de qualité environnementale des écosystèmes.

Une évaluation plus détaillée suit

Témoignage d’un participant : « La force de la communication avec les écoliers réside dans leur capacité à sortir des sentiers battus. Ils proposent des idées originales qui échappent généralement aux adultes. L’implication des écoliers a commencé dès le début de la planification, à travers des ateliers de réflexion. Ces élèves ont partagé leurs idées et contribué au choix des thèmes et des sujets abordés dans les programmes de protection de l’environnement menés dans leurs écoles. Le projet a réussi à impliquer la jeune génération sur des enjeux vitaux et cruciaux tels que le changement climatique et l’importance de trouver les solutions d’adaptation les plus adaptées pour un avenir meilleur. L’explosion des réseaux sociaux, en particulier, a contribué à sensibiliser la nouvelle génération à ces enjeux.  » Rula Hayek, enseignante du PP

Quelles sont les conditions de réussite ?

Facteurs clés de réussite

Domaines critiques

Fort de l’expérience acquise au fil du temps dans la mise en œuvre de projets liés aux questions environnementales et au changement climatique, les points suivants sont jugés critiques et méritent une attention particulière au niveau local :

Enseignements utiles pour des initiatives similaires

La sensibilisation de la communauté, des employés et des décideurs est une étape clé pour la réussite et la pérennité de tout projet d’adaptation au changement climatique ou d’atténuation de ses effets. À cette fin, la municipalité a créé des postes dédiés et embauché des agents permanents au sein de son service de sensibilisation.

Avec le recul, des mesures d’adaptation moins coûteuses auraient pu être mises en œuvre. C’est le cas notamment du transfert des déchets solides du gouvernorat de Ramallah vers celui de Jénine, qui a débuté il y a sept ans. Par exemple, cette opération coûte un million de dollars par an, ce qui représente jusqu’à sept millions de dollars de dépenses totales pour le transfert des déchets solides vers une décharge située dans une autre province. Cette somme pourrait, par exemple, couvrir le coût d’un projet d’élimination des déchets solides capable d’assurer la gestion des déchets dans la zone cible pendant la même période.

Arguments en faveur de l’adaptation

Les effets locaux du changement climatique s’accélèrent et semblent devenir plus dangereux. Si elle est négligée, la situation s’aggravera considérablement et les impacts deviendront bientôt ingérables. Les solutions d’adaptation offrent des possibilités d’atténuer l’inévitable. La ville de Ramallah souffre déjà de moussons défaillantes, avec des saisons des pluies instables et fluctuantes en hiver, et des températures plus élevées et plus longues en été. Si les solutions d’adaptation sont négligées, les premiers et les plus touchés seront les personnes vulnérables, les pauvres et les marginalisés.

Les ressources en eau douce, déjà rares, continueront de s’amenuiser tandis que les besoins augmenteront. De plus, les prix de l’énergie et des denrées alimentaires deviendront inabordables au regard du faible revenu par habitant.

Trouver des sources d’eau supplémentaires (eaux usées recyclées), lutter contre la pollution des sources existantes (qui contamine les nappes phréatiques), créer des sources d’énergie renouvelables viables et gérables, et sensibiliser la communauté constituent les principaux objectifs de cette initiative.

Durabilité de l’initiative

En proposant une plateforme d’échange et en s’appuyant sur les ressources financières disponibles, l’idée est que le gouvernement, le secteur privé et les agences nationales et internationales actives travaillent désormais main dans la main avec les membres de la communauté pour mettre en œuvre les solutions d’adaptation actuelles et futures prévues dans la ville.

La mise en œuvre de cette stratégie contribuera à ouvrir une nouvelle phase d’investissements accrus pour faire face aux chocs et pressions d’origine naturelle, climatique ou humaine, et pour garantir le bien-être et la sécurité de la population en toutes circonstances en matière d’adaptation au changement climatique.

Références

Document de l’ADEME  : Capitalisation on climate change adaptation practices in the mediterranean area. Project portfolio - Capitalisation des pratiques d’adaptation au changement climatique dans la région méditerranéenne. Portefeuille de projets

En savoir plus

Contacts

  • Malveena Al Jamal, directrice du département Santé et Environnement, chef de projet.

  • Mairie de Ramallah E-mail : m.aljamal[@]ramallah.ps - Tél. : 00970 2 294 5555 - Fax : 00970 2 296 3214 - Site web : www.ramallah.ps E-mail : info@ramallah.ps - Réseaux sociaux : www.facebook.com/R.Municipality