Renforcer la résilience de la forêt d’arganiers de Mesguina en favorisant les emplois verts et en autonomisant les femmes (Maroc)

août 2021

Agence pour l’Environnement et la Maîtrise de l’Energie (ADEME)

Dans la région du Souss-Massa au Maroc, la forêt d’arganiers de Mesguina — une réserve de biosphère de l’UNESCO — est confrontée à une dégradation d’origine climatique due aux sécheresses, aux inondations et aux vagues de chaleur, ainsi qu’à des pressions sociales telles que les inégalités entre les sexes et la pauvreté. Depuis 1996, l’association Ibn Al Baytar promeut un modèle participatif visant à restaurer la forêt et à autonomiser les femmes grâce à des coopératives produisant de l’huile d’argan à forte valeur ajoutée (désormais certifiée IGP).

En associant la préservation de l’environnement à des opportunités économiques, le projet a permis de replanter 25 hectares d’arganiers, de lancer un circuit d’écotourisme et d’améliorer les revenus des femmes rurales. Cette approche inclusive en matière d’égalité des sexes démontre que l’adaptation doit prendre en compte à la fois les vulnérabilités environnementales et sociales pour renforcer la résilience à long terme.

À télécharger : capitalisation-cc-adaptation-practices-mediterranean-011449b-projectfolio-en.pdf (3,2 Mio)

En quoi cette initiative contribue-t-elle à l’adaptation du territoire au changement climatique ?

Les phénomènes météorologiques extrêmes réduisent le couvert forestier et mettent les populations en danger

Les signes suivants montrent que diverses parties du territoire de Mesguina sont menacées par le changement climatique :

Des inégalités sociales et de genre croissantes

Les ressources en eau sont réparties de manière inégale sur l’ensemble du territoire, tant en termes de période de disponibilité que de localisation. Parallèlement, les réserves d’eau potable et l’eau disponible pour l’irrigation sont en baisse. De plus, les phénomènes météorologiques extrêmes tels que les sécheresses et les inondations ont des effets différents selon les catégories de population. Les femmes sont ainsi plus exposées à ces risques que les hommes, qui quittent la région pour aller travailler dans l’agglomération d’Agadir.

La forêt d’arganiers, une solution pour s’adapter au changement climatique

L’adaptation au changement climatique passe par le reboisement. L’arganier, espèce endémique du Maroc, joue un rôle socio-économique et environnemental très important. L’écosystème de la forêt d’arganiers peut non seulement servir d’instrument de lutte contre la désertification et le changement climatique, car il forme une barrière naturelle contre le désert et permet de stocker le carbone, mais il présente également une grande valeur en termes de biodiversité.

La forêt d’arganiers, une solution pour le développement local

La valeur économique des arganiers a sensibilisé la population locale à la nécessité de les protéger. Les produits à forte valeur ajoutée à base d’argan peuvent en effet être utilisés dans les cosmétiques ou les produits pharmaceutiques. Cependant, pour développer la forêt d’arganiers et mettre en œuvre avec succès des mesures d’adaptation, il est essentiel de prendre en compte les questions de genre, en particulier au sein des communautés locales. Le projet a apporté les bénéfices suivants à la population locale :

Pleins feux sur le projet

Objectif

Préserver la forêt d’arganiers de Mesguina en impliquant les populations locales et en autonomisant les femmes.

Contexte

Le territoire de Mesguina est situé dans la région du Souss-Massa, à environ 5 km d’Agadir, dans les contreforts du Haut Atlas occidental, dans la vallée de Taghzout. Mesguina fait partie de la réserve de biosphère de l’Arganeraie.

Ce site montagneux, avec ses paysages et ses écosystèmes variés, est précieux. Son patrimoine naturel, culturel et architectural l’est tout autant.

Les problèmes majeurs de ce territoire sont l’avancée du désert et les effets du changement climatique. Il existe également des problèmes sociaux, principalement dus aux inégalités entre les sexes, notamment en matière d’accès à l’éducation et à la propriété.

La forêt d’arganiers de Mesguina couvre 30 000 hectares dans les environs d’Agadir. Cet écosystème subit actuellement une forte pression anthropique et doit faire face à des défis importants pour parvenir à un développement durable :

Description technique

Le projet consistait à soutenir la création de coopératives de femmes pour promouvoir les produits à base d’argan, puis à regrouper ces coopératives au sein de Groupements d’intérêt économique (GIE). L’association veille à ce que les coopératives reçoivent les outils nécessaires (système de suivi, formation, activités de monitoring, intermédiation) pour améliorer leur chiffre d’affaires et pérenniser leur activité.

Par ailleurs, l’association mène des initiatives visant à promouvoir le développement territorial local et à protéger l’environnement, par exemple :

Territoire concerné  : Mesguina, comprenant 13 douars et la forêt d’arganiers

Porteurs de l’initiative : Association Ibn Al Baytar

Partenaires :

  • Haut-Commissariat marocain aux eaux et aux forêts

  • Agence allemande de développement (GIZ)

  • Etc. (voir page suivante)

Chronologie :

  • 1996 : Création de l’association Ibn Al Baytar

  • 2003 : Premier GIE

  • 2011 : Obtention du label « IGP Argane »

  • 2014 : Lancement du projet de circuit écotouristique de Mesguina

Ressources humaines : Entre 5 et 25 collaborateurs selon le projet, ainsi que les bénévoles, stagiaires et doctorants participants de l’association

Ressources financières  : Plusieurs agences internationales de développement ont financé divers volets de ce projet

Quels sont les résultats concrets ?

Organiser le territoire autour de projets de développement résilients et du reboisement de la forêt d’arganiers

Quelques résultats sont mis en avant ici, par ordre chronologique :

Poursuite du développement touristique

L’association poursuit son action sur le terrain, notamment sur les chantiers prévus pour le circuit écotouristique autour de la forêt d’arganiers et des sites patrimoniaux du territoire :

Risques ou difficultés à surmonter

Malgré les résultats globalement positifs du projet, certains problèmes persistent, tels que le patriarcat bien ancré, l’analphabétisme au sein de la population locale, la gestion des déchets et le traitement des eaux usées. Ces problèmes limitent certaines perspectives de développement.

De plus, à l’échelle nationale, le secteur de l’argan reste opaque et mal organisé. Cela signifie que, bien que le succès commercial de l’huile d’argan ait eu un effet positif, la hausse des prix de l’huile d’argan ne semble pas avoir profité à la population locale ni aux producteurs (principalement en raison de la présence de multiples intermédiaires et de l’achat des amandons sur les marchés locaux).

Par ailleurs, on ne dispose d’aucune information sur le taux de réussite des campagnes de reboisement (certains arbres nouvellement plantés meurent à cause de la sécheresse).

Enfin, la gestion des pâturages pose également problème, car la région souffre de surpâturage, ce qui perturbe l’environnement naturel. Il est donc préférable d’éloigner les chèvres des zones récemment reboisées, afin de protéger les jeunes plants.

Témoignage d’un participant  :  « Nous sommes membres de l’un des GIE les plus récents. Grâce à l’implication de l’association Ibn Al Baytar et de la GIZ, nous avons réussi à nouer un partenariat avec le Haut-Commissariat à l’Eau et aux Forêts pour régénérer la forêt. L’arganier est notre patrimoine, nous devons le protéger. Lorsque vous adhérez à une coopérative qui fait partie de notre GIE, il y a une condition sans équivoque : vous devez vous engager à replanter la forêt d’arganiers.}«  Khadija, membre du GIE « Ethical Women »

Durabilité de l’initiative

En préservant les savoir-faire locaux, en organisant le secteur de l’argan, en menant des actions de reboisement, en assurant un revenu décent et en autonomisant les femmes, ces initiatives garantissent la durabilité des activités liées à l’argan, ce qui contribue à renforcer la capacité des communautés locales à s’adapter au changement climatique.

Quelles sont les conditions de réussite ?

Facteurs clés de réussite

La recherche scientifique sur l’arganier et son écosystème est un élément crucial de ce processus de développement. En étudiant et en mettant en lumière des aspects encore méconnus de cet arbre, elle permet d’élaborer des solutions techniques, institutionnelles, politiques et organisationnelles pour gérer l’écosystème de manière durable.

La clé du succès du projet réside donc dans l’implication de ses bénéficiaires. Le siège de l’association Ibn Al Baytar se trouvant à Rabat, celle-ci compte sur leur implication pour mener à bien ses projets. De manière générale, les communautés locales se sont très rapidement approprié ces initiatives.

Un autre élément essentiel est la capacité à lever des fonds, afin de permettre aux projets d’avancer.

Domaines critiques

Le manque de structuration du secteur de l’argan entraîne une aggravation des inégalités. Un monopole sur ces produits est actuellement en train de se mettre en place.

Pour développer le tourisme dans cette région, il est nécessaire de mettre à disposition des visiteurs des installations sanitaires et de gérer les déchets. Actuellement, la beauté du paysage est gâchée par les déchets. En matière d’assainissement, un projet d’assainissement liquide écologique utilisant du charbon d’argan sera bientôt testé, ce qui devrait éliminer les odeurs et la coloration de l’eau. Cette eau pourra ensuite être utilisée pour l’irrigation.

Arguments en faveur de l’adaptation

Le changement climatique va exacerber les mécanismes négatifs qui affaiblissent progressivement le territoire : désertification, accès à l’eau, inégalités sociales et de genre.

Il est important d’anticiper ces enjeux dès à présent, afin de renforcer la résilience du territoire et de ses communautés, tout en préservant leurs richesses et ressources naturelles.

Enseignements utiles pour des initiatives similaires

Les coopératives doivent faire l’objet d’un suivi rigoureux (par exemple en demandant des rapports réguliers pour faciliter le suivi à distance).

Il est important de veiller à ce que des personnes issues de toutes les catégories de la population participent à ces projets, afin d’ancrer les savoir-faire traditionnels au sein de la société. Cela vaut particulièrement pour les femmes, qui participent rarement aux activités communautaires sans y être encouragées.

La mobilisation d’une importante équipe d’experts contribue à faire avancer les projets et confère une légitimité à leurs résultats (tout en favorisant le retour d’expérience sur le terrain).

Références

Étude réalisée par Zhor Lebbar, AGROCONCEPT

Document de l’ADEME : Capitalisation on climate change adaptation practices in the mediterranean area. Project portfolio - Capitalisation sur les pratiques d’adaptation au changement climatique dans la région méditerranéenne. Portefeuille de projets

En savoir plus

Contacts

  • Zoubida Charrouf, présidente de l’association Ibn Al Baytar

  • Hassan Aboutayeb, Atlas Kasbah Ecolodge

  • Khadija Saye, présidente du groupement d’intérêt économique (GIE) Ethical Women