Strasbourg (FR) - Des fonctionnaires aux entrepreneurs institutionnels

2019

URBACT Programme

Depuis 2002, Urbact est le programme de coopération territoriale européen visant à encourager le développement urbain intégré et durable dans les villes des États membres de l’Union européenne, de Norvège et de Suisse. Urbact est un instrument de la politique de cohésion, financé par le Feder (Fonds européen de développement régional) et les États membres.

Urbact est un programme européen d’échanges et d’apprentissage entre villes dont l’objectif est d’élaborer des solutions pour faire face aux grands enjeux urbains. Par la mise en réseau des villes européennes, le renforcement des compétences et la capitalisation des bonnes pratiques, il soutient les décideurs publics et les acteurs de terrain, pour faire émerger des solutions durables intégrant les dimensions économiques, sociales et environnementales du développement urbain.

Faisant suite aux programmes Urbact I et II, Urbact III continue de promouvoir le développement urbain intégré et durable et contribue aux objectifs de la stratégie Europe 2020.

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La municipalité de Strasbourg travaille depuis des années à s’établir comme un courtier en innovation sociale. Dans le cadre du réseau URBACT BoostInno, la ville a découvert des outils qui l’ont aidée à construire une plate-forme unifiée pour soutenir les start-ups des secteurs privé et public.

Des systèmes de covoiturage aux initiatives de logiciels libres, Strasbourg s’est imposée au cours de la dernière décennie comme un foyer d’expérimentation sociale. Il ne s’agit pas seulement de nouveaux produits et services, mais aussi de nouvelles façons de faire les choses. Au centre de tout cela se trouve l’adoption par la municipalité de méthodologies de co-construction, conçues pour combler le fossé entre les secteurs public et privé. La ville dispose même d’un Conseil de la solidarité sociale chargé d’assurer la médiation de ce processus. Créé en 2010, cet organisme, qui réunit des acteurs de la municipalité, des entreprises et des ONG, est une tentative unique de remplacer les politiques publiques managériales par un modèle plus collaboratif : « Nous y travaillons depuis longtemps, et nous avons beaucoup progressé », explique Sandra Guilmin, responsable de l’économie sociale et solidaire à la municipalité, « mais si la co-création est forte, nous devons encore travailler à encourager une culture de la participation publique, qui n’est malheureusement pas aussi avancée en France ». Alors que la ville s’efforce d’intégrer des mesures de lutte contre les silos (silo-busting) dans sa stratégie de développement économique, « Strasbourg éco 2030 », elle cherche également de nouvelles façons de responsabiliser les citoyens dans ce processus. Le réseau URBACT BoostInno a donc été conçu dans le cadre de ce vaste mouvement - une expérience visant à débloquer l’énergie économique latente de la ville.

Stimuler, et non gérer, la participation

Malgré leur point de départ relativement avancé, les praticiens de Strasbourg ont beaucoup appris des villes partenaires. « Notre principal avantage est venu du réseau international », explique Mme Guilmin. « Travailler ensemble nous a permis d’obtenir de nombreux exemples, non seulement sur la façon dont les villes sont différentes, mais aussi sur la façon dont nous sommes similaires ». Strasbourg a été particulièrement surprise, par exemple, de découvrir que la municipalité de Turin (IT) travaillait également sur un projet visant à intégrer les fonctionnaires dans l’écosystème entrepreneurial de leur ville. Aujourd’hui, grâce à BoostInno, les deux villes échangent leurs réflexions sur la manière d’éviter de surcontrôler le public. Des villes comme Milan (IT), quant à elles, ont apporté des nouveautés. Strasbourg a été tellement impressionnée par sa campagne de crowdfunding civique - dans laquelle la municipalité a cofinancé 400 000 euros pour soutenir des initiatives sociales - qu’elle a inclus un objectif à long terme équivalent dans le plan d’action intégré qu’elle a défini dans le cadre de son travail avec BoostInno. Ce plan a été approuvé par les autorités de la ville et l’Eurométropole à l’automne 2018. Au-delà des nouvelles relations, la ville a également découvert des outils utiles grâce à URBACT. L’un des plus réussis a été Kumu, une plate-forme de visualisation de données qui avait été utilisée lors des réunions transnationales pour comparer et contraster les défis des villes partenaires. Strasbourg a utilisé sa capacité à tracer des synergies entre les espaces physiques et mentaux afin de visualiser les relations entre les acteurs d’une nouvelle manière. Ainsi, le Groupe local URBACT de la ville, qui était composé d’hommes d’affaires et de militants locaux ainsi que de fonctionnaires municipaux, a pu identifier comment les activités d’un groupe de réflexion appelé « Appuiculteurs », par exemple, pourraient être liées plus efficacement à « KaléidosCOOP », un espace de travail créatif, entrepreneurial et communautaire qui devrait ouvrir en 2020. En utilisant des dessins professionnels et des bandes dessinées, le Groupe local URBACT a également travaillé pour communiquer les conclusions de ces réunions à un public plus large.

Lier les économies circulaires et les économies solidaires

Le succès local le plus tangible de BoostInno a toutefois été le soutien apporté lors de la création d’une plateforme de communication dédiée aux nouvelles entreprises à fort impact social, appelée « Start-up des Territoires ». L’objectif de cette initiative, déjà prévue en 2015, était de lier les principes de l’économie circulaire à ceux de l’économie sociale et solidaire. L’initiative a également marqué un changement dans le paradigme de gouvernance de la ville qui avait été établi avec le Conseil de la solidarité sociale : au sein de la plateforme, les projets publics étaient considérés comme faisant partie du même écosystème innovant que les projets privés. En suivant les lignes directrices détaillées du plan d’action intégré, Start-up des Territoires a pu se développer pour attirer la participation de plus de 1000 personnes. A l’automne 2018, la plateforme a donné naissance à 15 projets dans des domaines variés, de l’agriculture au tourisme. Plus de 200 emplois seront ainsi créés : « Strasbourg n’a pas seulement partagé et appris, mais a activement créé de nouveaux outils », s’enthousiasme Peter Wolkowinski, expert principal de BoostInno. « Ce fut l’un des plus grands succès du réseau ». Si, au début du projet, le Groupe local URBACT s’est montré si soucieux de communiquer clairement aux non-spécialistes, à la fin, il a également tenu à laisser un héritage aux praticiens professionnels d’autres villes. Au-delà des cartes, des bandes dessinées et des diagrammes, la ville a également produit un manuel technique sur la co-création, qui explique la théorie et la pratique du courtage. Le processus de développement de ce manuel a fourni une occasion utile à la municipalité d’évaluer son implication dans BoostInno. L’accueil positif que lui a réservé le public a également constitué une reconnaissance précieuse des années de travail dans ce domaine nouveau et risqué.

Références