Le logement en Europe. Délogeons la crise

2012

Collection Passerelle

A travers une analyse critique de la crise, en l’abordant à la fois sous l’angle du logement et sous l’angle européen, nous espérons avoir évité l’écueil du poncif – alors que le terme est omniprésent dans les discours médiatique et politique – et relevé le double pari que nous nous étions donné, à savoir : mettre la question du logement au centre de l’analyse sur la crise et déconstruire le discours dominant sur les raisons de la crise.

L’étymologie latine de ce mot nous montre qu’il y a crise quand il y existe un tournant, un instant de décision entre plusieurs possibilités. En effet, en médecine le mot « crise » signifie le paroxysme de la maladie, le point décisif, la phase aiguë. Il n’y a guère que deux issues pour l’organisme atteint : guérir ou dégénérer voire mourir. Cette notion de mort, de souffrance généralisée est très présente dans le discours politique, médiatique et même des citoyens qui – sous le tapage média- tique – n’ont eu d’autre choix que de l’intégrer. Ce discours de la crise engendre des sentiments et réactions de peur face à un futur incertain. Cette souffrance et cette peur généralisées, sont un outil au service des dominants pour légitimer, conforter et même renforcer le système tel qu’il existe. C’est ainsi que nos dirigeants justifient les mesures d’austérité que subissent les peuples d’Europe, engendrant baisse de salaire, pertes d’emploi, démantèlement des services publics, etc. Le tour de force est accompli : alors que la crise multidimensionnelle a clairement montré l’échec du système capitaliste néolibéral pour assurer le bien–être de la majorité de la population, nos responsables politiques utilisent la crise même. Ce faisant, ils évitent le débat qui amènerait à la remise en cause de ce système, tout en enfermant les citoyens dans des situations d’urgence et de peur où la question de survie au quotidien prend le dessus sur toute autre questionnement. Un véritable tour de passe leur permettant de dissocier crise et capitalisme, phénomènes pourtant intimement liés.

Cependant, il semblerait que cette situation de crise arrive aujourd’hui à son paroxysme. Pourquoi est–on en droit de se poser sérieusement cette question? Parce que l’on perçoit un fort mouvement social populaire capable de renverser ce système et proposer des alternatives viables? Parce que les citoyens se sont réveillés et peuvent faire tomber ce système ?

Chercher des éléments de réponse appelle un petit retour au XIXème siècle où l’on parlait déjà de crise du logement. Engels, en 1872, analysait le fait que la crise du logement était présente depuis longtemps mais que cette situation ne s’était fait connaitre, entraînant des conséquences concrètes dans l’amélioration de vie des habitants, que lorsqu’elle touchât les classes moyennes. C’est aussi, en 2012, le constat que fait la Fondation Abbé Pierre dans son 17ème rapport du mal logement : les classes moyennes sont les plus touchées par la crise du logement1.

Si l’on ne peut que déplorer le sursaut tardif – seulement une fois que les couches moyennes sont touchées alors que des millions d’autres personnes ont été frappées par cette crise de manière plus dramatique et depuis bien longtemps – cette prise de conscience sur la crise du logement, reste néanmoins un point important pour le futur.

En effet, la crise c’est aussi la capacité collective d’inventer du nouveau dans une situation par définition atypique et imprévisible. C’est ainsi que l’on voit émerger de nouvelles alliances entre les classes moyennes touchées durement par la crise, et les classes populaires qui subissent encore plus les impacts de cette crise. Cette nouvelle alliance va permettre aux classes populaires de s’appuyer sur le pouvoir symbolique, le capital socio–culturel, un certain pouvoir de diffusion et de mobilisation des classes moyennes pour porter leur revendications jusque–là restées totalement marginalisées. Cette convergence des forces sera un levier essentiel pour bousculer le système actuel et pousser à la mise en place de politiques de logement plus justes…

Ce dossier, coordonné par l’Aitec, tente d’expliquer, de contextualiser, de donner des pistes pour mieux appréhender cette complexité. Les auteur–e–s qui y ont contribué viennent d’horizons, de pays, de parcours variés, et nous montre toutes les similitudes qu’il existe dans les différents pays européens en terme de mal logement, de difficultés toujours plus fortes d’accès au logement, mais aussi de résistances et de propositions d’alternatives.

Les thèmes traités ici sont loin d’être exhaustifs et ne prétendent pas faire un catalogue de toutes les expériences et situations européennes. L’objectif est d’apporter quelques éléments d’analyse dont les mouvements sociaux, dans leurs luttes et revendications, pourront s’inspirer.

1 L’état du mal logement en France, 17e rapport, Fondation Abbé Pierre, 2012

Références

9 analyses

10 études de cas

2 propositions

2 ressources