A retenir : les monnaies complémentaires en dix points

Séquence 4.5 du MOOC

novembre 2017

L’Institut Veblen pour les réformes économiques (Veblen)

Cette séquence conclusive propose un résumé de ce MOOC en dix points. Il s’agit des principaux éléments à retenir pour la compréhension des monnaies complémentaires.

La video sera disponible à partir du 23 avril 2018 (à l’issue de la diffusion sur la plateforme FUN)

À télécharger : 4.5_conclusion.pdf (380 Kio)

1. La monnaie, c’est fondamental.

D’abord est surtout, la monnaie, c’est fondamental. Elle est fondamentale pour l’organisation de l’économie mais c’est aussi fondamental pour la société dans son ensemble (voir La monnaie dans les théories et Comment penser le rôle de la monnaie à l’échelle locale ?). La monnaie, ce n’est pas uniquement un outil financier, c’est aussi un lien social. Ce rôle de lien social passe souvent inaperçu, mais il apparaît avec chaque crise financière et monétaire. Et il est central dans la plupart des projets de monnaies complémentaires dont nous avons parlé ici.

2. La monnaie est mal comprise par la théorie économique

Deuxièmement, la monnaie est mal comprise par les théories économiques qui dominent aujourd’hui (voir La monnaie dans les théories). Dans la théorie économique standard, la pluralité monétaire n’existe pas, ou bien elle est considérée comme une anomalie. Alors qu’à travers l’histoire, la pluralité des monnaies et de modes d’émission est plutôt la règle et non l’exception. En réalité, le système monétaire centré sur les banques tel que nous le connaissons aujourd’hui est d’origine récente. Il s’est formé au XIXe siècle. Une fois mis en place, il s’est imposé avec une telle force qu’aujourd’hui il apparaît comme le seul modèle possible. Et il semble impossible de penser autre chose. Autrement dit, ce n’est pas un hasard si les initiatives dont nous avons parlé ici restent largement ignorées des économistes universitaires.

3. La monnaie intéresse les acteurs de terrain

Troisième point de résumé, ces initiatives intéressent en revanche de nombreux acteurs de terrain, notamment ceux chargés du développement territorial : des élus, des collectifs de citoyens, des entreprises, des réseaux d’économie sociale et solidaire, etc. Les collectivités locales paraissent de plus en plus mobilisées dans ce domaine, comme en témoigne leur soutien et leur intérêt pour le fonctionnement et le développement des monnaies complémentaires.

Ici, nous avons identifié et développé 3 types de potentiel en lien avec ces défis : la territorialisation des activités, la dynamisation des échanges et la transformation des pratiques et des représentations sociales.

4. Les crises à répétition

Quatrième point, la recherche de solutions alternatives au système actuel s’intensifie après chaque grande crise monétaire ou financière (voir Les enjeux territoriaux : vers un nouveau modèle territorial ?). C’était déjà le cas à l’époque de la Grande dépression, et c’est le cas aujourd’hui. La vague la plus récente de monnaies complémentaires a pris son essor dans les années 2010, dans le sillage de la crise financière mondiale éclatée dans les années 2008-2009.

5. Des nouveaux défis exigent de nouvelles réponses

Cinquième point, les monnaies complémentaires ne représentent pas uniquement une recherche d’alternatives face aux crises bancaires et financières. De façon plus fondamentale, elles veulent répondre aux grands défis sociaux et environnementaux de notre époque. Ces défis ne sont plus les mêmes qu’au XIXe siècle, lorsque le système bancaire et monétaire actuel se mettait en place. Résumons les principaux objectifs poursuivis par les monnaies dont nous avons parlé ici :

6. Ce sont des innovations sociales souvent fragiles

Sixième point, ces objectifs sont remplis de façon très partielle pour le moment. N’oublions pas qu’il s’agit d’innovations sociales : elles foisonnent, mais elles sont souvent fragiles. Globalement, les monnaies complémentaires sont des outils de sensibilisation citoyenne et de lien social. Le rôle proprement économique est encore secondaire, simplement parce que les projets restent de taille limitée. Les cas les plus prometteurs montrent néanmoins le potentiel de ces monnaies pour renforcer les échanges locaux et la production locale.

Face à ce constat, nous avons exploré des leviers pour changer d’échelle : par exemple donner un rôle accru aux collectivités locales au sein du réseau monétaire ; mieux articuler les monnaies locales avec d’autres initiatives, autrement dit inscrire la monnaie dans une stratégie de développement territorial plus large, etc. N’oublions pas que ces monnaies sont des outils de transformation économique et sociale. Avant même de lancer la monnaie, il faut donc mobiliser les adhérents et les parties prenantes, pour définir collectivement les valeurs et les objectifs du projet. Ensuite, il faudra définir les modalités concrètes, le fonctionnement du circuit. Là aussi, les décisions doivent être prises de façon collective. Associer l’ensemble des acteurs du territoire est la meilleure façon de fédérer les alternatives. (Voir par exemple : Développer le projet et L’expérimentation des monnaies complémentaires: le rôle des élus locaux et des collectivités territoriales).

7. Un cadre légal trop contraignant

En France, les monnaies complémentaires possèdent déjà un cadre légal qui leur permet de se développer. Mais ce cadre reste très contraignant et mériterait d’être modifié sur plusieurs points. Il s’agit notamment de donner aux collectivités et aux régies publiques plus de possibilités de participer aux échanges. Par exemple, les impôts locaux et certains services publics pourraient être payés en monnaie locale. Aussi, la monnaie locale collectée par une collectivité pourrait être réinjectée directement dans le circuit, au lieu d’être reconvertie en euro, comme c’est le cas aujourd’hui.

8. Quatre modèles de monnaies complémentaires

Nous avons vu que les circuits monétaires complémentaires s’organisent autour de différents modèles. Nous avons parlé de quatre modèles :

  • Les monnaies locales : ces monnaies impliquent tous les acteurs du territoire et organisent une partie de la sphère marchande locale.

  • Les monnaies-temps : ces monnaies organisent des échanges de services et de savoirs en dehors de la sphère marchande.

  • Monnaies de crédit interentreprises : ces monnaies s’adressent aux entreprises et notamment aux PME.

  • Des monnaies « hybrides », c’est-à-dire des projets qui combinent deux modèles voire plus au sein d’un dispositif. L’hybridation des modèles fait partie de l’expérimentation actuelle.

A ces quatre modèles, on peut ajouter des monnaies à vocation environnementale. Mais nous avons vu que ce n’est pas un type de monnaie particulier : la dimension écologique peut en principe s’appuyer sur tous les modèles. Elle est très importante au sein de la récente génération des monnaies complémentaires.

9. Un fort potentiel de développement

L’état actuel des monnaies complémentaires montre un fort potentiel de développement. Mais les obstacles sont également nombreux : le cadre légal évidemment, mais aussi des freins culturels, comme la difficulté de penser d’autres formes de monnaie que la monnaie bancaire. Les expériences actuelles doivent prendre assez d’ampleur pour briser les obstacles culturels. Mais pour qu’elles puissent prendre de l’ampleur, il faudra d’abord faire évoluer le cadre légal actuel.

10. La monnaie n’est pas tout

Pour terminer, les monnaies complémentaires veulent changer notre modèle économique et social, mais elles ne pourront pas le faire toute seules. En revanche, elles peuvent venir renforcer d’autres pratiques locales et d’autres politiques publiques. Il faut donc les inscrire plus clairement dans un projet économique et social global, notamment à l’échelle des territoires.

Références

Alternatives Economiques, 2016, Réinventons la monnaie, Dossier d’Alternatives Economiques en partenariat avec l’Institut Veblen. Accès au dossier

Blanc, J., et Fare, M., 2010, « Quel rôle pour les pouvoirs publics dans la mise en œuvre de projets de monnaies sociales? », In XXXes Journées de l’Association d’Economie Sociale. Septembre 2010. Accès à l’article

Fare M., 2016, Repenser la monnaie, transformer les territoires, faire société. Paris : ECLM. Accès à l’ouvrage