Développer une économie territoriale durable grâce aux Pôles Territoriaux de Coopération Économique (PTCE)

Thomas-André Podlewski, 2014

Le Labo de l’économie sociale et solidaire (Labo ESS)

A travers 11 études de cas de Pôles Territoriaux de Coopération Économique (PTCE), ce dossier propose d’analyser la genèse, les dynamiques, les obstacles et les opportunités locales qu’impliquent la mise en place de PTCE.

Ce dossier a été réalisé dans le cadre de la démarche nationale PTCE, axe transversal du plan d’action 2013-2014 «Analyser et caractériser les PTCE», grâce au soutien de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme et en partenariat avec l’Institut de recherche NOVETAT.

Méthodologie

Les études de cas ont été réalisées à partir d’entretiens téléphoniques approfondis et semi-directifs, ayant donné lieu à une relecture par le LABO de l’ESS ainsi qu’une validation des informations par les responsables des PTCE.

Typologie des PTCE

A travers la réalisation de 11 études de cas de Pôles Territoriaux de Coopération Économique, nous pouvons dresser une première typologie permettant de mieux cerner leurs dimensions communes par-delà leur diversité et leur complexité dans un environnement territorial distinct.

Des initiatives locales anciennes

L’ensemble des pôles témoins est la résultante d’initiatives locales d’acteurs de l’économie sociale et solidaire engagés sur plusieurs années. En effet, l’origine de ces regroupements d’acteurs, devenus pôles témoins en 2011, a entre 7 à 20 ans d’ancienneté. Neuf d’entre eux ont plus de 10 ans d’expérience de regroupement, de coopération et de mutualisation.

Des dynamiques associatives

Une majorité de PTCE est issue de dynamiques associatives. Deux relèvent de groupements d’entreprises sociales (Pôle Sud Archer) et d’économie sociale et solidaires (Initiatives et Cité) et un d’un Comité de bassin d’emploi (Pôle Sud Aquitain).

Les 11 PTCE rassemblent en moyenne une vingtaine de structures. La majorité d’entre elles sont des organisations relevant de l’ESS. Quelques entreprises traditionnelles socialement responsables sont repérables comme parties prenantes actives.

Des situations géographiques souvent enclavées

Les pôles se situent majoritairement sur un territoire soit désindustrialisé (Pôle Sud Aquitain et Pole Sud Archer, Culture et Coopération, Initiatives et Cité) ; périurbain (Domb’Innov) ; ruraux (Eco-domaine de Bouquetot, De fil en réseaux, les Articulteurs, Eoliennes en Pays de Vilaine) ou dans des quartiers populaires urbains (Coursive Boutaric, Paris Mix et Fontaine O Livres). C’est aussi en réaction à ces situations d’enclavement que se mettent en place des regroupements coopératifs à même de favoriser et insuffler le développement local de ces territoires.

Une diversité de types d’activité

Trois types d’activités sont repérables :

  • Activités de production

Agriculture & agroalimentaire ; énergies renouvelables ; artisanat ; construction et habitat ; récupération et recyclage.

  • Activités d’ingénierie de développement économique local

Développement local ; entrepreneuriat ; service aux entreprises ; gestion des dispositifs sociaux ; formation ; service à la personne ; investissement citoyen ; tourisme vert.

  • Activités de types artisanales

Arts et Culture ; Musique ; filière livre ; animation de réseaux professionnels.

Des leaders coopératifs, moteurs du pôle au service d’un collectif d’acteurs

On retrouve à la tête d’une grande partie des PTCE des figures emblématiques, voire charismatiques, qui ont su fédérer un ensemble d’acteurs privés et publics pour porter un projet de coopération économique territoriale. Il est à noter que l’ensemble des pôles est piloté par des hommes.

Un lieu commun, point de départ ou moment structurant de la coopération

Plus de la moitié des pôles témoins disposent d’un lieu où sont regroupés une partie des structures le composant. Si le lieu est le point de départ de certains PTCE, il est souvent une étape structurante d’une coopération visible et reconnue localement comme légitime par les partenaires du territoire.

Des logiques de coopération

Elles sont la base de tous les pôles et leur raison d’être. Ces coopérations sont hétéroclites et très nombreuses. Elles peuvent être regroupées en trois types :

  • Logiques de mutualisation

On retrouve sur l’ensemble des pôles un partage des locaux, des services et des compétences variées et croisées pour le projet global. A noter que sur cinq pôles, des regroupements d’employeurs1 ont été mis en place pour sécuriser les emplois créés.

  • Logiques d’interactions et de créations

Des outils et des processus facilitant la coopération sont réfléchis, inventés afin d’instaurer le mode coopératif dans la logique de construction de projets.

Sur l’ensemble des pôles, des groupes de travail thématiques conjuguent les compétences pour favoriser les réflexions communes et les actions concrètes. Cela génère la création d’activités nouvelles et une offre de services commune relevant de la coopération.

De nombreux outils collectifs ont été créés comme par exemple la Mix Box et la Citizen Box (Paris Mix) ; le Mixeur (Culture et Coopération) : la « fagoteuse sarmenteuse » (Domb’Innov). L’interdépendance des activités sur l’éco-domaine de Bouquetot permet à chaque membre d’en retirer des ressources par leur proximité. C’est grâce au maillage des compétences de structures de Fil en Réseaux que des porteurs de projets peuvent s’installer durablement sur son territoire rural. L’initiative citoyenne est la base de la création d’un parc éolien sur le PTCE Eoliennes en Pays de Vilaine.

  • Logiques d’animation

L’organisation d’évènements conviviaux regroupant tous les membres des pôles sous des formes multiples (petit-déjeuner, repas thématique, marché solidaire, fête populaire, etc.) consolident les relations inter structures et favorisent les rencontres inter individuelles qui sont propices aux coopérations présentes et futures sur la base d’un terreau de confiance solide. Cette bienveillance et cet esprit de convivialité est nécessaire pour favoriser l’intelligence collective.

Les formations thématiques organisées par une majorité de PTCE sont propices au développement de compétences, aux rencontres entre PTCE et permettent d’instaurer une culture commune.

Dynamiques de projets et d’activités innovantes et durables facilitées par la Recherche et Développement

La force de ces pôles est d’entreprendre et de créer continuellement. La force du collectif de structures est propice à l’émergence et à la consolidation de projets d’envergure. A titre d’exemple, Domb’Innov crée une entreprise sociale par an et Pôle Sud Archer favorise la reprise de la fabrication industrielle.

L’appui de la Recherche et développement pour développer la construction de projets collectifs est présent sur une majorité de pôles. Ainsi, une recherche action menée sur le PTCE des Articulteurs a permis de développer le pôle autour de la notion de ressource territoriale et des impacts économiques et sociaux de la démarche. Une apprentie en Master 2 commercialisation du livre sur Fontaine O livres a permis la création d’un catalogue de valorisation de l’édition indépendante en bibliothèque.

D’une animation collective informelle à une coordination structurée

L’émergence des PTCE repose souvent sur des engagements volontaires et sur une coordination informelle souvent assurée par des dirigeants d’entreprise déjà très pris par leur propre fonction.

Plus le pôle se développe, plus la structuration de fonctions autonome d’animation, de coordination, de développement et de communication se manifeste, supposant des investissements conséquents en ressources humaines dont la soutenabilité économique est un enjeu majeur.

Un Soutien inégal des collectivités territoriales et de l’État

Les collectivités territoriales, qui ont largement soutenu et même, pour certaines, impulsé les initiatives, prônent la pérennisation de ces pôles au regard de leur utilité sociétale et économique sur le territoire. Si les aides au financement de matériel, sur un projet spécifique et même sur l’achat d’un lieu sont effectives, elles ne financent que partiellement (Contrats tremplin ou aidés) les moyens humains nécessaires pour permettre au pôle de se développer.

L’appel à projet national lancé par l’État fin 2013 pour soutenir le développement des PTCE permet de répondre pour partie à ce besoin de financement.

Mais au-delà des 23 PTCE lauréats qui disposent désormais d’une aide triennale et d’une reconnaissance nationale, nombre de PTCE aux dynamiques prometteuses méritent une mise en visibilité et un soutien des pouvoirs publics nationaux et locaux mobilisant d’autres politiques et lignes de financements. Sans démarche inclusive d’accompagnement, l’appel à expérimentation risque d’avoir des effets d’entrainement limités pour l’ensemble des coopérations économiques territoriales initiées par l’ESS.

Un modèle économique hybride à consolider

Le modèle économique de tous ces pôles n’est pas sécurisé et reste fragile. Sur l’ensemble des pôles on constate la diversité de ressources mobilisées (hybridation des ressources). L’apport des cotisations des membres, les ressources propres dégagées par les multiples projets coopératifs, l’engagement bénévole et le mécénat en termes d’ingénierie et de fonctionnement représentent globalement un autofinancement inférieur à 50 %. Les financements publics nationaux et européens restent une ressource prépondérante sur la majorité des pôles. Le défi restant à relever est de consolider l’existant en assurant leur développement.

Les restrictions budgétaires publiques récurrentes fragilisent leur développement et leur pérennité. Le soutien apporté par les pouvoirs publics doit se poursuivre et s’amplifier afin de favoriser le développement durable des territoires initié par ces PTCE.

1 Groupement d’employeur : on les retrouve sur plusieurs PTCE : Pole Sud Aquitain, Eco domaine de Bouquetot, Culture et coopération, Paris Mix.

2 Cette initiative a été étudiée mais la fiche expérience n’est pas retranscrite dans ce dossier.

Références

Les PTCE étudiés et les personnes interviewées

1) Pôle Sud Aquitain à Tarnos (Aquitaine) : Stéphane MONTUZET, directeur

2) Eco-Domaine de Bouquetot dans le Calvados (Basse Normandie) : Laurent LESCEVE, co-président

3) La Coursive Boutaric à Dijon (Bourgogne) : Frédéric MENARD, président2

4) Les Articulteurs, Ille-et-Vilaine (Bretagne) : Marco FELEZ, directeur, et Alban COGREL, coordinateur

5) Eoliennes en Pays de Vilaine, Ille-et-Vilaine (Bretagne) : Pierre JOUDAIN, coordinateur

6) De Fil en Réseaux dans la Creuse (Limousin) : Frédéric THOMAS, coordinateur

7) InitiativesETcité - Lille MétroPôle Solidaire (Nord-Pas-de-Calais) : Elena FERNANDES, coordinatrice

8) Fontaine O Livres à Paris Nord Est (Ile-de-France) : Yann CHAPIN, directeur

9) Paris Mix à Paris Est (Ile-de-France) : Marjorie CAVAYE, coordinatrice

10) Pôle Sud Archer à Romans (Rhône-Alpes) : Christophe CHEVALLIER, directeur

11) Culture et Coopération à Saint-Etienne (Rhône-Alpes) : Colin LEMAITRE, coordinateur

12) Domb’Innov dans l’Ain (Rhône-Alpes) : Armand ROSENBERG, directeur/coordinateur

Une analyse

11 études de cas